Les start-up agricoles et agroalimentaires font partie des cibles visées par Ambition Industrie, le nouveau fonds d’investissement de la société de gestion Supernova Invest. Sponsorisé par le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) et le Groupe Crédit Agricole, Supernova Invest veut répondre au fort besoin de financement des jeunes entreprises prometteuses ayant déjà réalisé quelques millions d’euros de chiffre d’affaires et voulant changer de dimension. Les détails avec Pierre-Emmanuel Struyven, président et Managing Partner de Supernova Invest et Julien Cristiani, General Partner de Supernova Invest et en charge des fonds croissance.
Pourquoi Supernova lance-t-il le fonds Ambition Industrie ?
PES : Il y a aujourd’hui un immense besoin de financement en France comme en Europe de la part des start-up qui se situent au croisement de la technologie et de l’industrie, et qui ont déjà commencé à réaliser un chiffre d’affaires de plusieurs millions d’euros. Ce ne sont pas des jeunes pousses qui font leurs premiers pas mais plutôt des sociétés qui ont besoin d’être accompagnées pour prendre leur envol. Or, les besoins de financement sont très importants à ce stade de la croissance. C’est ce qui nous a amenés à participer à la levée de fonds d’Ÿnsect, qui a mobilisé 372 millions de dollars. Par ailleurs, nous nous intéressons depuis plusieurs années à la transition agricole et alimentaire, aux biotechnologies, aux sciences de la vie et nous accompagnons déjà plusieurs entreprises de ces secteurs. Mais aujourd’hui, nous voulons aller bien plus loin.
Pourquoi Supernova s’intéresse-t-il aux secteurs agricole et alimentaire ?
JC : L’agrifoodtech est un secteur en plein essor. Les levées de fonds connaissent une croissance très importante : rien qu’en 2019, 400 levées de fonds ont atteint 3,2 milliards d’euros en Europe, contre 200 millions d’euros en 2012 et 40 opérations. Nous participons déjà à cette dynamique en ayant pris part aux dernières opérations importantes comme Ÿnsect, Microphyt ou Afyren.
Quels vont être les contours de ce nouveau fonds Ambition Industrie ?
PES : Supernova, via Ambition Industrie, va mobiliser plusieurs centaines de millions d’euros, de l’ordre de 250 à 300 M€ pour les start-up voulant changer d’échelle. Ces fonds vont être mobilisés en premier par nos sponsors, le CEA et le Groupe Crédit Agricole, mais aussi par des compagnies d’assurance et des fonds de pension qui vont être au cœur de notre démarche de levée de fonds. Mais nous sommes ouverts aux autres souscripteurs comme par exemple les family offices. Nous avons pour objectif de réaliser le premier closing au cours du premier trimestre 2021, puis le second neuf mois plus tard. Les premiers investissements seront concrétisés dans les mois suivant ce premier closing.
Quel profil d’entreprise va bénéficier des fonds mobilisés par Ambition Industrie ?
JC : Le fonds Ambition Industrie, pour ce qui concerne l’agri-agro, va s’adresser aux jeunes entreprises de la bioscience (biostimulants, bioplastiques…), du digital (ERP, traçabilité…), de l’automatisation (fermes digitales) ou encore de l’économie circulaire (recyclage, biométhanisation…). Ces entreprises doivent avoir déjà un produit ou un service mature et avoir commencé sa commercialisation. Et des besoins de financement importants, comme c’est le cas pour Ÿnsect qui doit construire une usine. Nous visons donc les entreprises ayant déjà réalisé 5 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, mais moins dans le cas de celles opérant dans le secteur de la bioscience.
Comment prévoyez-vous d’allouer les fonds d’Ambition Industrie ?
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JC : Nous allons investir toujours en tant qu’actionnaire minoritaire dans ces entreprises, mais nous souhaitons avoir le lead dans chaque opération et à chaque fois un siège au conseil d’administration. Nous allons aussi nous ouvrir aux entreprises européennes, alors que ce n’était pas le cas avec nos autres fonds. Ainsi, nous allons allouer 25 % de nos investissements à des entreprises basées en Europe. Nous sommes déjà en discussions avec une dizaine de sociétés avec qui nous échangeons quasiment chaque semaine. Certaines cibles d’Ambition Industrie sont déjà dans le portefeuille de Supernova – une dizaine répondent aux caractéristiques – mais la majorité seront de nouvelles participations.
Outre le financement, que pouvez-vous apporter aux entreprises ?
JC : Supernova se situe au croisement de l’opérationnel et du financier. Nous accompagnons déjà les entreprises de notre portefeuille sur plusieurs thématiques comme le management, la croissance organique, l’entrée de nouveaux actionnaires, le développement commercial ou encore le marketing. C’est notamment le cas pour Algaia que nous accompagnons depuis 2013, ou encore Microphyt et Afyren, toutes deux présentes dans le classement French Tech 120 regroupant les 120 start-up les plus prometteuses en France, ou Naskeo.
PES : Notre équipe rassemble les compétences financières, opérationnelles et sectorielles très précieuses pour les entreprises de notre portefeuille. En outre, nous sommes en train de renforcer nos équipes pour justement suivre les entreprises qui vont nous rejoindre dans le cadre d’Ambition Industrie : quatre ou cinq collaborateurs vont nous rejoindre au premier semestre 2021, ce qui portera notre effectif à une vingtaine de personnes.
6 Mrd€ pour les sociétés en phase d’accélération industrielle et commerciale
Le fonds Ambition Industrie de Supernova Invest a rejoint le 6 juillet 2020 le groupe des investisseurs mobilisés par le gouvernement pour financer les jeunes entreprises en phase d’accélération industrielle et commerciale. Cette qualification de Bercy en faveur du nouveau fonds late stage de Supernova Invest est un « nouvelle positive pour la société de gestion elle-même, qui voit la pertinence et le fort potentiel de sa thèse d’investissement confirmés, cette qualification ouvre aussi de nouvelles perspectives pour l’écosystème deeptech tricolore et européen » assure la société.
L’idée de mobiliser plusieurs milliards d’euros pour ces jeunes entreprises vient de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, et de Cédric O, secrétaire d’État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques, suite à la remise du rapport Tibi en 2019. Ce rapport (Financer la IVe révolution industrielle - Lever le verrou du financement des entreprises technologiques) rédigé par Philippe Tibi, président de Pergamon Campus et professeur d’économie à l’Ecole polytechnique, pointait les difficultés de financement rencontrées par les entreprises technologiques au moment de leur accélération industrielle et commerciale. En janvier 2020, les investisseurs institutionnels français s’étaient ainsi engagés à consacrer un total de plus de 6 milliards d’euros pour cet objectif d’ici le 31 décembre 2022. A ce jour, 33 fonds ont été qualifiés par le comité des investisseurs partenaires présidé par Philippe Tibi.
CB