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Oléagineux-carburants Sur jachère ou en compétition avec l’alimentaire ?

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Le revenu des agriculteurs et la justification des aides à l’hectare ne seront pas les mêmes selon que le développement des oléagineux-carburants se fera sur jachère ou en compétition avec les oléagineux alimentaires, a exposé Jean-Claude Sourie, chercheur à l’Inra, le 1er décembre lors des rencontres du Cetiom (Centre technique interprofessionnel des oléagineux).

Sur la base d’un taux de jachère de 10%, un triplement de la production de colza énergétique est possible sans concurrence avec l’alimentaire. Une production supplémentaire de tournesol est même envisageable dans les exploitations ayant du tournesol et sans colza. Mais au-delà de ce triplement, une compétition risque de se produire, selon Jean-Claude Sourie. « Deux situations micro et macro-économiques très différentes » apparaissent, dès lors que les cultures oléagineuses énergétiques sont implantées sur la jachère ou en substitution des cultures alimentaires.

Le risque de créer un déficit d’huile alimentaire

Dans le cas de cultures oléagineuses sur jachère, on a un accroissement de la surface en culture et un accroissement de production de co-produits : tourteaux et glycérine. Dans le cas de cultures oléagineuses en substitution avec l’alimentaire, on n’observe pas d’accroissement de la surface de culture, ni de production supplémentaire de tourteaux (la production d’huile alimentaire en génère autant que l’huile à estérifier). La production de glycérine s’accroît. Autre différence notable, si l’essor des oléagineux énergétiques se fait au détriment des oléagineux alimentaires, l’UE risque de creuser un déficit d’huile alimentaire et de devoir en importer. Voilà pour les conditions macro-économiques.

Quant aux conditions micro-économiques, l’exigence est que les oléagineux énergétiques accroissent le revenu des producteurs. Tel sera le cas si leurs prix sont supérieurs à leurs coûts.

Il est plus intéressant de cultiver sur jachère

Par exemple le colza doté d’un rendement de 32 quintaux /hectare et de charges variables de 380 €/hectare, aura un coût d’opportunité autour de 130 € /tonne dans le « cas jachère », et de 172 € /tonne en compétition avec le colza alimentaire, a calculé le chercheur, sur la base d’un prix de vente du colza à 186 € /tonne (prix moyen au producteur entre 1993 et 2002). Sur cette base de 186 € /tonne, l’accroissement de revenu par hectare de colza énergétique est alors de 180 € /hectare sur jachère et égal au montant de la prime aux cultures énergétiques (45 €/hectare) dans le second cas. Dans les mêmes conditions de prix, l’impact économique de la production de tournesol-carburant sur le revenu est de 150 €/hectare dans le cas de la jachère et de 12 €/hectare en compétition avec l’alimentaire. « Ces résultats montrent qu’il est d’abord préférable de profiter de la réduction de la surface en jachère avant de réduire la surface en oléagineux alimentaires », a commenté Jean-Claude Sourie.

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Il faudra élargir le débouché du tourteau

Le chercheur a conclu ses travaux de simulation en indiquant qu’un triplement de la production de colza-ester sur jachère « est possible » si le contexte du prix du pétrole de ces dernières années (25 à 35 € par baril) perdure, si le niveau de défiscalisation reste à 33 €/hectolitre, si le taux de jachère demeure à 10% et si le prix du tourteau de colza n’est pas trop affecté par l’accroissement de l’offre.

Le prix du tourteau a justement fait l’objet d’une étude du Cetiom, présentée également le 1er décembre par Jacques Évrard, de la station du Cetiom à Pessac (Aquitaine). Du fait de la filière ester, l’offre de tourteaux de colza passerait de 940 000 tonnes cette année en France à 1,2 million de tonnes en 2007 et à 1,5 million de tonnes en 2010. L’étude montre que pour un colza valant 0,64% du prix du tourteau de soja, l’effort de prix à consentir par le tourteau de colza varierait entre -20 et -44% pour écouler le volume de 1,2 million de tonnes en 2007.

Comment écouler un million et demi de tonnes de tourteau de colza? Il faudra tenir compte d’une contrainte : au-delà de 1,3 million de tonnes à destination des industries d’aliments composés, « le modèle ne répond plus », a précisé M. Évrard. Le Cetiom mise sur l’aliment du bétail à la ferme pour élargir le débouché. Dans ces conditions, le Cetiom estime possible l’écoulement de 1,5 million de tonnes.