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Suspension des études HMUC dans la Vienne

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Après la mobilisation de plusieurs organisations agricoles, la préfète coordinatrice du bassin Loire-Bretagne, Sophie Brocas, a suspendu les études HMUC (hydrologie/climat), le temps d’y intégrer un volet socio-économique. Saluée par les syndicats majoritaires, la décision est jugée « inacceptable » par la Conf’ qui appelle à un nouveau modèle de partage de l’eau.

Les représentants de plusieurs organisations professionnelles agricoles de la Vienne (1) ont annoncé avoir obtenu la suspension des études HMUC (hydrologie, milieux, usages, climat) dans l’ensemble du bassin Loire-Bretagne. La décision a été prise après une rencontre avec la préfète coordinatrice dudit bassin, Sophie Brocas, le 29 octobre.

Propres au bassin Loire-Bretagne et réalisées dans chaque sous-bassin, ces études HMUC visent à mieux connaître les ressources en eau et à déterminer les volumes prélevables en périodes d’étiage. Selon les syndicats agricoles, l’autorité préfectorale se serait engagée à ne signer aucun arrêté tant que ces études n’intègreront pas de volet socio-économique.

« Il est primordial que soient respectées la loi d’orientation agricole, qui consacre l’agriculture comme d’intérêt général majeur, et la loi Duplomb, qui permet l’inscription de l’intégration des études socio-économiques dans le Code de l’environnement », indiquent les organisations dans leur communiqué commun.

Parallèlement, elles affirment avoir obtenu le lancement d’un plan d’action agricole destiné à accompagner l’adaptation au changement climatique, notamment en matière de stockage de l’eau. « Les projets de réserves et leur maillage territorial […] seront suivis de près par les organisations professionnelles agricoles », précisent-elles.

Un déséquilibre entre ressource et usages

Saluée par les organisations professionnelles à l’origine de la rencontre, la décision préfectorale a, en revanche, suscité l’indignation de la Confédération paysanne. Dans un communiqué du 3 novembre, elle dénonce une remise en cause « inacceptable » du principe selon lequel les prélèvements doivent s’adapter à la ressource disponible.

« Plutôt que de passer leur temps et leur énergie à contester des études scientifiques, ces organisations agricoles devraient se mettre au travail pour proposer un nouveau modèle de répartition et de partage de l’eau », soutient-elle. Selon elle, ce modèle suppose d’abandonner les références historiques de volume d’eau, de définir des cultures prioritaires pour répartir et plafonner les volumes, et d’accompagner la transition vers des systèmes agricoles moins consommateurs en eau.

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Coordination rurale
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En mai 2024, un rapport de mission interministérielle de l’IGEDD et du CGAAER sur la conduite des études HMUC constatait que ces analyses mettent souvent en lumière l’étendue du déséquilibre entre la ressource disponible et les usages. « Les difficultés rencontrées pour mener à bien une analyse HMUC sont en partie liées à l’effet de surprise qu’entraînent les conclusions relatives aux volumes prélevables », précise le rapport.

Les besoins agricoles ignorés

Depuis plusieurs années, le Poitou-Charentes est le théâtre de vivres tensions autour de la gestion de l’eau. La récente décision de Mme Brocas s’inscrit dans ce climat conflictuel, ravivé par une manifestation des irrigants de la Vienne, qui avaient bloqué les accès routiers du parc du Futuroscope, le 24 octobre, pour protester contre les futures répartitions de la consommation d’eau dans le département.

Répondant à l’appel commun de la Coordination rurale (CR) de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs (JA), les manifestants dénonçaient un manque de prise en considération des besoins de la profession dans le rapport HMUC du bassin du Clain. Maintes fois reporté depuis 2023, le document définit notamment la répartition des volumes prélevables par catégorie d’usages (eau potable, industrie, agriculture), et doit être soumis début novembre au vote de la Commission locale de l’eau, qui réunit État, collectivités et représentants des usagers.

Dans sa version provisoire publiée sur le site de la préfecture de la Vienne, le rapport préconise notamment une réduction moyenne d’environ un tiers des volumes d’eau dédiés à l’irrigation agricole, dans un territoire qui « connaît un déséquilibre chronique », depuis trois décennies, entre besoins en eau et ressources disponibles.

(1) Adiv (irrigants), chambre d’agriculture, CR, FDSEA et JA

JJ

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Les syndicats exigent la prise en compte du volet socio-économique