Sylvie Brunel est l’auteur d’un ouvrage « Plaidoyer pour nos agriculteurs, il faudra demain nourrir le monde »… ( Buchet Chastel). Ancienne présidente d’Action contre la faim, professeur des universités en géographie à Paris-Sorbonne, elle n'exclut pas que de nouvelles crises sanitaires apparaissent, et veut tirer la sonnette d'alarme.
Vous êtes connue pour défendre une « agriculture compétitive ». Comment la définissez-vous ?
Nous avons besoin d'une agriculture qui réponde aux besoins alimentaires et non alimentaires de notre pays en assurant notre souveraineté et notre indépendance. Ce qui veut dire qu'elle doit être capable de résister face à la concurrence croissante d'un marché mondialisé, de maintenir ses parts de marché en France et dans le monde, tout en rémunérant correctement ceux qui la pratiquent. Et bien évidemment, sans sacrifier l'environnement, bien au contraire.
Craignez-vous de nouveaux risques sanitaires et dans quels secteurs ?
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Pour moi, les risques sanitaires majeurs seront liés à la conjonction : changement climatique et mondialisation, l’arrivée de virus et de bactéries. Il y aura un désarmement des protections lié à la baisse des vaccinations et à la vogue du "naturel" dans l'alimentation. L'Académie d'agriculture de France souligne le risque de contamination fongique, parasitaire, bactériologique, accrue en alimentation biologique (ne parlons même pas de "naturelle", c'est-à-dire bannissant tous produits de traitement qu'ils soient naturels ou de synthèse). Les Français pensent que tout péril est écarté, ils ont oublié les grandes crises alimentaires et sanitaires du passé (mildiou, phylloxera, ergot du seigle...). Il est urgent de redonner une culture historique, géographique (les pays pauvres nous montrent à quel point le risque reste entier) mais aussi sanitaire aux Français et peut-être aussi à certains médias qui propagent de fausses assertions. Malheureusement, ces cultures ont précisément tendance à disparaître.
Avec la mondialisation, la petite paysannerie ou les exploitations familiales de petites tailles sont elles vouées à disparaître comme le soulignent certains experts?
C'est une question essentielle car le maintien de la petite agriculture familiale paysanne est la condition du maintien de territoires vivants, de l'emploi et des services dans les campagnes, de l'existence aussi d'un marché intérieur (sans revenus, les pauvres partent vers les villes où ils dépendent des importations alimentaires). L'inflation des normes et des contrôles pousse à l'industrialisation de l'agriculture car seules les grosses structures ont les moyens de la mise en conformité et des certifications. Paradoxalement, le citadin toujours plus suspicieux pousse ainsi à cette industrialisation de l'agriculture qu'il redoute ! Je crois au contraire qu'il y a une place pour cette agriculture familiale à condition qu'elle soit soutenue, protégée de la concurrence, et que sa pérennité soit considérée comme une priorité stratégique. Des filières efficaces, une garantie de rémunération, la bienveillance des pouvoirs publics à son égard, voilà la trilogie indispensable !