Le titre est provocateur mais le constat est sans appel : au pays de la bonne chère, le consommateur n'a plus confiance. Pourtant, affirme Bertrand Hervieu, président de l'Inra, dans l'introduction de cet ouvrage collectif publié à l'occasion de l'exposition « A table, l'alimentation en question », qui ouvrira ses portes le 29 mars au Palais de la Découverte, « on n'a jamais aussi bien mangé qu'aujourd'hui ». Afin d'en convaincre les sceptiques, les chercheurs de l'Institut font le point sur l'état des connaissances et des recherches dans leur domaine d'expertise : de l'amélioration de la qualité des viandes à l'enjeu des produits d'origine pour le développement local ; de l'intérêt, ou non, de l'agriculture bio pour la santé à la recrudescence des allergies alimentaires, ou encore aux méthodes de traque des fraudes.
Pour dure qu'elle ait été, la crise de la vache folle n'a pas ébranlé notre système alimentaire, se félicite Bertrand Hervieu, arguant de ce que « nos modes de consommation n'ont changé qu'à la marge ». Reste que si la filière agroalimentaire a bien résisté, la confiance des consommateurs, elle, a été sapée. Ce malaise trouve son origine dans l'effondrement du système de sécurité sanitaire incarné par la défaillance des vétérinaires anglais, mais y contribuent aussi d'autres facteurs. Il est amplifié par la meilleure connaissance, dont dispose désormais tout un chacun, sur les modes de production. Paradoxalement, le fait d'avoir à choisir dans une offre devenue pléthorique engendre lui aussi de l'angoisse. Enfin, le président pointe du doigt le « processus d'abstraction de l'alimentation » à l'œuvre depuis 30 ans. « Il me semble qu'en passant par la marchandisation et la standardisation, la chaîne qui fait qu'on est un vivant inclus dans le vivant qui mange du vivant s'est brisée ».
Une chaîne à reconstruire
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Pour Bertrand Hervieu, « le monde agricole est le premier acteur de l'instrumentation-abstraction de la nature ». Aux agriculteurs qui affirment rester des gens de la nature, il rétorque, à leur corps défendant, qu'ils sont devenus « des gens de la gestion du vivant ». Devant la grande incompréhension qui sépare aujourd'hui les agriculteurs et les consommateurs, il les appelle à construire un nouveau type d'alliance, de dimension européenne. Et de s'interroger « si certaines reformulations du projet scientifique sur la nature ne tracent pas une ligne d'horizon d'une possible réconciliation». En d'autres termes, la science peut-elle devenir un lieu de connaissance partagée, au lieu d'être réduite à un lieu d'instrumentalisation et d'appropriation ? A table ! Peut-on encore manger? Pascal Delannoy, Bertrand Hervieu. Editions de l'Aube/Info +. 204 p. 10 euros.