La coupe est pleine pour l’industrie européenne des spiritueux : après le différend commercial UE/États-Unis et les incertitudes du Brexit, c'est au tour de la Covid-19 qui a semé des ravages dont on n’a pas encore mesuré toute l’ampleur. Sans compter l’escalade attendue cet automne dans l’affaire Boeing au niveau de l’OMC…
« Alors que notre secteur lutte contre les conséquences économiques dévastatrices de la Covid-19 et la fermeture temporaire de bars, de restaurants et de magasins de détail qui l’a accompagnée, nous ne pouvons plus nous permettre de supporter une charge économique disproportionnée dans un différend commercial qui est censé concerner en premier lieu l’acier, l’aluminium et les avions civils », se plaint dans une tribune Ulrich Adam, le directeur général de SpiritsEurope, le lobby de l’industrie des spiritueux de l’UE. Selon lui, depuis plus de deux ans, le secteur des spiritueux se trouve mêlé à un différend commercial entre l’UE et les États-Unis qui n’a rien à voir avec ses activités. Une chose est sûre pour lui : les conséquences pour les distillateurs des deux côtés de l’Atlantique sont graves. Les droits de douane de 25 % imposés par l’UE sur le whisky Bourbon américain ont fait chuter les exportations de 33 % au cours de 2018 et 2019, entraînant des pertes de plus de 300 millions de dollars. De même, l’imposition d’un droit de douane américain de 25 % sur certaines boissons spiritueuses européennes depuis octobre 2019 a eu un impact considérable sur les distilleries concernées dans toute l’Europe. Pour le directeur général, les décideurs politiques de l’UE et des États-Unis doivent se concentrer sur les questions essentielles, trouver une solution négociée, revenir à des droits de douane nuls et contribuer ainsi à stimuler la reprise économique des deux côtés de l’Atlantique.
Le pire, selon lui, pour le secteur des spiritueux est l’incertitude et une nouvelle escalade dans les problèmes. Malheureusement, déplore-t-il, « il semble que ce soit la direction dans laquelle nous nous dirigeons ». Ainsi, la décision de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dans l’affaire Boeing est attendue pour septembre. À son avis, l’OMC reconnaîtra probablement – comme ce fut le cas pour Airbus en 2019 – l’existence de subventions illégales. Une telle décision risque de déclencher un nouveau cycle de mesures de rétorsion entre l’UE et les États-Unis, qui serait le quatrième depuis 2018. « Et les spiritueux pourraient, une fois de plus, faire partie de l’équation », regrette Ulrich Adam. Plus inquiétant encore : l’administration américaine a annoncé la semaine dernière le déploiement prochain de ce que l’on appelle les « représailles carrousel », qui permettent aux États-Unis de revoir et de modifier périodiquement les droits de douane sur différents groupes de marchandises. Dans le cadre de ce processus, les États-Unis envisagent d’imposer de nouveaux droits de douane sur le gin et la vodka en provenance du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la France et de l’Espagne à partir du 12 août 2020. Pour le lobby des spiritueux de l’UE, toute mesure de ce type nuirait gravement à la reprise du secteur et l’empêcherait de contribuer à la relance des économies européennes. D’où son insistance auprès des dirigeants européens et américains : « Retournez à la table de négociation, concentrez-vous sur les questions essentielles du différend et trouvez une solution politique. »
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Brexit
En ce qui concerne l’autre inquiétude commerciale que représente le Brexit, les responsables de SpiritsEurope estiment qu’il subsiste encore d’importants domaines de divergence ou des questions qui doivent être aplanies, et notamment les principes de concurrence loyale et d’égalité des conditions de concurrence, la pêche et la mise en œuvre du protocole empêchant le retour d’une frontière rigide sur l’île d’Irlande. Ils estiment que toutes ces questions devront être résolues et clarifiées comme condition préalable à un accord sur un partenariat UE/Royaume-Uni. À ce stade, souligne Ulrich Adam, « notre appel est clairement de ne pas ajouter de l’incertitude à la crise actuelle. Nous devons savoir dès que possible comment nous allons continuer à commercer avec le Royaume-Uni au quotidien. Nous avons besoin d’une clarté opérationnelle totale en ce qui concerne les tarifs, les règles d’origine, les règles relatives aux droits d’accises, les règles et procédures douanières, les règles réglementaires ainsi que l’étiquetage et la protection des indications géographiques ». Il se dit convaincu que l’UE et le Royaume-Uni feront tout leur possible pour conclure un accord ambitieux et complet à temps pour permettre sa ratification et son entrée en vigueur d’ici le 1er janvier 2021. Il a assuré que son organisation continuera à faire pression pour obtenir le meilleur accord possible pour le secteur. Un accord qui devrait comprendre : un accord douanier global pour éviter les tarifs douaniers, les retards de traitement, les évaluations de conformité et les coûts administratifs connexes ; un mécanisme efficace de règlement des litiges ; un niveau élevé de reconnaissance mutuelle et de protection des IG et un mécanisme permettant de signaler toute divergence entre les règles du Royaume-Uni ou de l’UE, soutenu par un comité conjoint avec la participation de l’industrie, permettant aux deux pays de faire part de leurs préoccupations officielles.