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Biogaz agricole Tâtonnements et premiers retours d’expérience

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La production de biogaz agricole est encore ultra-confidentielle en France : seules deux exploitations ont pour l’heure des installations en fonctionnement. Si l’intérêt pour cette source d’énergie croît peu à peu chez les agriculteurs, les tâtonnements sont encore nombreux, comme l’ont illustré les débats organisés le 13 avril à l’occasion de l’assemblée générale de l’association Trame.

Une vache produit 17 m3 de lisier par an. Méthanisé, ce volume de déjection peut générer 425 m3 de biogaz, soit l’équivalent de 280 litres de fioul. Telle est l’équation présentée en ouverture des débats par Nathalie Viard, chargée de mission à Trame, pour résumer le potentiel énergétique du biogaz. « La France a un potentiel évalué à trois millions de tonnes-équivalent-pétrole », ajoute-t-elle.

Offrant les témoignages de plusieurs agriculteurs engagés dans des projets de méthanisation, la table ronde organisée par l’association Trame (Tête de réseaux pour l’appui méthodologique aux entreprises) et le GDBL (Groupe de développement du biogaz Lorraine) a mis en évidence l’intérêt, mais également les difficultés, à monter des projets économiquement rentables.

Assurer une régularité de l’approvisionnement

Selon les premiers enseignements tirés des projets de méthanisation de Christian Thiébaut, éleveur en GAEC dans la Meuse, ou de Francis Claudepierre éleveur laitier en Meurthe-et-Moselle, la puissance de l’installation de biogaz doit être au minimum de 30 KW et fonctionner 365 jours par an. En deçà, la rentabilité économique n’est pas au rendez-vous.

Or, il est parfois impossible pour un agriculteur d’approvisionner toute l’année l’installation en matière organique, avec des volumes suffisants. A titre d’exemple, les volumes de fumiers sont divisés par 10 entre l’hiver et l’été sur l’exploitation de Christian Thiébaut.

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S’approvisionner alors à l’extérieur ? Pourquoi pas ?, répond Nathalie Viard. Mais à la condition que les sources de matières organiques complémentaires restent dans un rayon proche de l’exploitation. Dans le cas de l’exploitation de Christian Thiébaut, des graisses de laiterie complétées par des résidus de pommes et de mirabelles, à hauteur de 300 tonnes, semblent pouvoir faire l’affaire. Le recours à des cultures énergétiques telles que le maïs n’est, par contre, pas rentable assure Nathalie Viard. « Ce qui est important, c’est d’avoir un gisement à proximité », insiste t-elle.

Chauffer une piscine

Autre exemple intéressant, le projet de territoire de la communauté de communes de Jarnisy (Meurthe-et-Moselle). Une étude de faisabilité est actuellement en cours pour chauffer une piscine, un collège et les batiments de la mairie à partir des déjections animales de 40 exploitations agricoles, représentant 5000 UGB (unité gros bovin). Les résultats de l’étude sont attendus pour les mois de juin-juillet. L’investissement pour la réalisation du projet est pour l’heure évalué à

5 millions d’euros. Là encore, la question de la régularité de l’approvisionnement est centrale. Le bureau d’étude mandaté sur le projet devra permettre de savoir s’il sera nécessaire de valoriser des déchets organiques non-agricoles pour faire tourner à temps complet l’installation. La question de l’acceptabilité du projet par les riverains a été également été jugée primordiale.