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Taxe farine : les meuniers se plaignent de distorsions de concurrence

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La meunerie française (ANMF) a dénoncé le 16 juin des distorsions de concurrence liées à la taxe farine, dont elle demande la suppression. Pour rendre le secteur « plus lisible », une nouvelle stratégie est engagée notamment dans l’innovation et les investissements.

« La taxe farine crée un problème de distorsion », a souligné le président Lionel Deloingce. « On sait que pour des produits transformés (d’importation), aucun déclaratif n’est fait » en vue de son acquittement, a-t-il ajouté, établissant un parallèle avec le doublement des flux de farine venant d’Allemagne ces dernières années.

Une taxe de 15,24 euros/t est appliquée depuis 1993 sur les farines destinées au marché intérieur. Elle rapporte entre 62 et 64 millions d’euros à la Mutualité sociale agricole, d’après la meunerie française.

« Tout une partie des importateurs ne paye pas la taxe farine », a déclaré le président délégué Bernard Valluis, y voyant une « concurrence déloyale ». « C’est un obstacle à la compétitivité de notre filière » pour laquelle la cotisation entraîne un EBE (Excédent brut d’exploitation) « pratiquement divisé par deux », à moins de 60 millions d’euros, d’après lui.

Erosion des marchés

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Des importations de farine allemande multipliées par deux

L’industrie de la meunerie connaît une érosion de ses marchés. À 4,17 millions de tonnes, la production de farine affiche une baisse de quelque 200 000 tonnes en deux ans. La consommation de pain s’érode, provoquant sur 2015 un recul des tonnages en boulangerie industrielle (-1,1 %) et artisanale (-2,3 %). Dans le même temps, les exportations s’amenuisent : elles sont passées en cinq ans de plus de 600 000 tonnes à moins de 400 000 tonnes. « La Turquie exerce une concurrence déloyale » à coup de subventions, a déploré Bernard Valluis, regrettant que Bruxelles ne soit « pas très actif » sur le dossier et que la plainte à l’OMC progresse « très lentement ». Quant aux importations, leurs volumes ne cessent de grimper sous l’impulsion de l’Allemagne, qui entre 2012 et 2014 est passée d’environ 100 000 tonnes à près de 200 000 tonnes.

De nouvelles ambitions

En réaction, l’ANMF a détaillé un programme « Meunerie : nouvelles ambitions ». L’association entend soutenir la recherche & développement, l’innovation pour créer de nouvelles farines en lien avec les évolutions sociétales, comportementales et alimentaires. Il s’agit aussi d’augmenter les investissements pour optimiser l’outil industriel et la logistique. Cela passe par les nouvelles technologies numériques, avec l’utilisation de capteurs intégrés dans les systèmes d’analyse des matières premières et des produits finis, ainsi que dans les équipements de production. Des actions sont par ailleurs engagées afin de revaloriser l’image de la meunerie, comme des opérations portes-ouvertes.