Abonné

Tereos exclut trois betteraviers frondeurs

- - 5 min

Trois élus démissionnaires de Tereos qui contestaient sa gouvernance et sa gestion ont été exclus du groupe sucrier. La coopérative leur reproche d’avoir mené une campagne de « dénigrement public ». Eux insistent sur les « mauvais résultats » de Tereos.

Le conseil de surveillance de Tereos a décidé « à l’unanimité » le 9 août dernier « de mettre fin aux relations » entre le groupe coopératif sucrier et Gilles Bollé, Gérard Clay et Xavier Laude, trois anciens membres du conseil de surveillance démissionnaires, indique l’entreprise dans un communiqué jeudi 16 août. Les trois coopérateurs ont été exclus « pour avoir mené une campagne de diffusion d’informations fausses ou mensongères, systématique et publique », précise Tereos qui affirme ne vouloir sanctionner « ni la liberté d’expression, ni même le cours des débats internes » par cette décision.

« Cette mesure est à effet immédiat », poursuit l’entreprise, qui a proposé aux trois exclus le maintien du contrat les liant à la coopérative « jusqu’à la fin de la prochaine campagne betteravière 2018-2019 ». « Nous regrettons cette situation », a pour sa part indiqué François Leroux, le président du conseil de surveillance du groupe, cité dans le communiqué. « Mais nous ne l’avons pas créée […], il était de notre devoir de sanctionner l’inacceptable ». Il a également tenu à réaffirmer que « Tereos bénéficie d’une gestion transparente et professionnelle et de résultats solides malgré la crise que traversent tous les acteurs du secteur sucrier européen », ce que contestaient les élus démissionnaires.

Le 9 juillet, 70 élus (sur 73) de 3 parmi les 6 régions, représentant 7 500 des 12 000 coopérateurs de Tereos et 5 usines sucrières des Hauts de France, ont démissionné en bloc pour dénoncer une « gouvernance défaillante » et demander plus de transparence sur la gestion, en mettant en cause l’absence de résultat de la diversification internationale du groupe.

Une réaction « arrogante et méprisante »

« Une démission de 70 élus ne se traite pas à la légère : elle ne peut être ramenée à une question de personnes », ont indiqué le 9 août dans un communiqué sept élus démissionnaires de Tereos, dont Gérard Clay, Gilles Bollé et Xavier Laude. Ceux-ci jugent la réaction de François Leroux « arrogante et méprisante ». « La direction de Tereos souhaite banaliser nos démissions pour détourner les regards des problèmes du groupe : de mauvais résultats et une gouvernance défaillante », estiment-ils. Leur départ ne serait pas lié à « une simple élection perdue », mais à « la conséquence de deux années de questions qui gênaient le directoire ». « Depuis février 2017, nous nous inquiétons de la dette et des mauvais résultats du groupe » en respectant « la confidentialité des débats en conseil de surveillance », insistent-ils, jugeant que les AG étaient « totalement verrouillées ». Pour eux, on ne peut pas affirmer, comme François Leroux, que « Tereos va bien ». « Le président du conseil se félicite d’une marge nette inférieure à 0,5 %, cela fait rire tout financier averti », estiment-ils, indiquant vouloir « comprendre comment un groupe brillant en 2012 est devenu en 5 ans le dernier de la classe en Europe ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

coopérative
Suivi
Suivre

François Leroux avait d’abord répondu, dans un long communiqué le 2 août, que la baisse du résultat net sur le dernier exercice résulterait de la décision du conseil de surveillance de verser un complément de prix de 42 M€ aux coopérateurs, décision approuvée « y compris par ceux qui portent aujourd’hui des critiques ». Idem pour la création contestée d’une coopérative unique, validée « par un vote démocratique de l’assemblée générale ».

Interrogé par Agra Presse, Xavier Laude annonce vouloir contester, avec les deux autres coopérateurs visés, la procédure d’exclusion devant les tribunaux. Ils veulent aussi obtenir de nouvelles élections avant juin 2019, en recueillant les signatures nécessaires pour déclencher une AG extraordinaire.

La CGB déplore un manque de conciliation

La CGB (betteraviers) s’est opposée le 20 août à la décision de Tereos d’exclure les trois frondeurs, qui « met en péril les conditions de dialogue et le pluralisme des opinions au sein de la filière ». « Choisir l’exclusion plutôt que le dialogue n’est pas une solution ! », estime le syndicat. Exclus de Tereos, Gilles Bollé, Gérard Clay et Xavier Laude subissent une « injuste déstabilisation » de leur exploitation, selon un communiqué. La CGB dit vouloir tout mettre en œuvre pour « les assister et rétablir leurs droits » en tant que betteraviers. Déjà le 8 août, elle était montée au créneau appelant Tereos « à retrouver des instances de gouvernance qui représentent au mieux les planteurs de toutes les régions betteravières ». « Nous appelons à un rétablissement rapide d’une représentativité de tous les planteurs de toutes les régions de la coopérative dans les instances de décision », essentiel pour « porter un projet largement partagé dans sa conception et sa mise en œuvre », affirmait le syndicat dans un premier communiqué. Désormais, le torchon brûle avec Tereos, les deux protagonistes ayant eu des échanges tendus par communiqués de presse interposés. En cherchant à « interférer avec nos processus électifs », la CGB « se trompe de combat », a taclé le groupe sucrier le 23 août.