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Tereos veut « retrouver de la profitabilité »

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Coup de tonnerre chez Tereos : les « frondeurs » ont pris les commandes. Alexis Duval, petit-fils du fondateur et fils de Philippe Duval, son prédécesseur à la tête du directoire, a été débarqué. Le conseil de surveillance a aussi élu Gérard Clay président. Sa priorité est de gagner en profitabilité.

« Redresser les comptes de Tereos pour que le groupe redevienne rentable » : Gérard Clay, dans une lettre aux coopérateurs, a annoncé la couleur dès le lendemain de son élection à la tête du conseil de surveillance le 18 décembre. Il s’agit de « ramener de la performance en obtenant des résultats dignes de ce nom ». Car aux yeux du nouveau patron de Tereos, le compte n’y est pas. « Depuis cinq à six ans », les résultats du groupe sucrier sont « en-deçà des niveaux qu’on peut attendre », explique-t-il à Agra Presse. Sa volonté est de « retrouver de la profitabilité ». Interrogé sur l'hypothèse de fermetures d'usines, Gérard Clay a affirmé que ce n'était « absolument pas » à l'ordre du jour. « L'enjeu du moment, c'est d'arriver à trouver les surfaces de betteraves pour saturer nos usines », selon lui. Avec une promesse : « Nous nous engageons, avec le conseil de surveillance et le directoire, à assurer la pérennité économique et humaine de Tereos. La performance et la compétence de la coopérative seront renforcées », d’après un communiqué.

Maintenir les trois « piliers »

Gérard Clay est une figure historique du secteur sucrier. C’est lui qui, en 2006, avait apporté trois usines à Tereos. Il était alors président des Sucreries-distilleries des Hauts de France (SDHF). La fusion des deux groupes coopératifs s’est faite « parce que Tereos présentait un atout : la diversification. Aujourd’hui, je ne vais pas renier cet atout ». Le deuxième groupe sucrier mondial repose sur trois piliers. « Notre pilier historique c’est la betterave-sucre, c’est pourquoi nous devons nous engager pour garantir l’efficacité opérationnelle et économique de Tereos sur son coeur de métier », affirme Gérard Clay. « Nos activités de diversification sont tout aussi essentielles » – canne, amidon – « elles font partie intégrante de l’ADN de Tereos : nous serons attachés à préserver leur rentabilité dans les années à venir », poursuit-il. Pas question donc de toucher à l’édifice, ces « trois piliers » constituant « la force du groupe ». Même si les résultats tirés de la diversification sont « insuffisants ». « L'objectif est de ramener de la profitabilité dans toutes les branches. » Celles de la diversification doivent « apporter des compléments de revenu aux coopérateurs ».

Un audit financier et industriel

S’il écarte toute hypothèse de restructuration ou de rapprochement avec le concurrent français Cristal Union – « ça fait partie des fausses rumeurs » –, Gérard Clay souligne qu’« aucune décision n’est prise ». Un audit financier et industriel est prévu, d’ici à fin mars, pour éclairer le conseil de surveillance. Avant ses conclusions, quelques activités « mineures » paraissent déjà sur la sellette : « Un ou deux investissements n’ont pas répondu correctement aux attentes », d’après lui. Le nouveau patron de Tereos s’interroge par exemple sur l’intérêt de garder de la canne à sucre au Mozambique. Philippe de Raynal, ancien d’Axéréal et désormais président du directoire, dresse pour sa part une feuille de route. « Améliorer l’efficacité opérationnelle du groupe sur tous ses métiers est notre priorité, déclare-t-il. Cela passe par une meilleure performance commerciale ainsi qu’une grande maîtrise des coûts de production et des frais généraux. Nous devrions ainsi accroître notre rentabilité opérationnelle. Nos investissements seront prioritairement consacrés à la productivité. »

Vigilance sur l’endettement

Des efforts vont être aussi consacrés à réduire l’endettement. Malgré une baisse de 253 millions d'euros, selon les résultats du premier semestre de son exercice décalé 2020-21, publiés à la mi-novembre, la dette nette s'élevait encore à près de 2,5 milliards d'euros, soit l'équivalent de plus de la moitié du chiffre d'affaires du groupe coopératif. « L’endettement ne sera plus un problème quand on aura retrouvé de la profitabilité », avance Gérard Clay. Outre des économies, il évoque « une politique commerciale mieux adaptée et qui réponde mieux à nos clients, une restauration des marges au niveau de l'amidonnerie, il y a un tas de pistes qui doivent être étudiées ». « On ne va pas restreindre les activités », a-t-il toutefois assuré : « Tereos est aujourd'hui un beau groupe. Son seul handicap, c'est que par rapport à ses concurrents, la profitabilité a nettement diminué. On veut se retrouver à hauteur des concurrents en termes de profitabilité pour assurer un revenu à nos coopérateurs, c'est tout. » Le message se veut rassurant à plus d’un titre. D’accord sur la diversification, Gérard Clay n’entend pas la mener à n’importe quel prix. « ll ne s’agit pas de subir une ouverture du capital, nous voulons rester maître de notre avenir. »

Des élus dans chaque filiale

Une nouvelle équipe étant désormais en place, Tereos veut faire table rase des querelles passées au sein de la coopérative. « La crise de gouvernance est définitivement terminée », considère Gérard Clay. « Notre objectif, c'est de rassembler tous les coopérateurs et tous les élus. » Pour ne pas revivre les mêmes tensions, l’ex-« frondeur » dit vouloir adapter le fonctionnement de la coopérative. « Toutes les informations au sein de Tereos doivent être portées à la connaissance du conseil de surveillance », soutient-il. Des comités d’audit et de rémunération sont déjà en place, mais « il faut élargir leur action ». L’idée est « d’avoir par exemple des tableaux de bord sur des résultats trimestriels qui soient mis à disposition, cela pour chaque filiale ». Gérard Clay souhaite « pour la transparence » que « dans les filiales de diversification, il y ait des élus » présents au sein des conseils d’administration.

La diversification, « c’est la force de Tereos »