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Sucre Tereos voit son avenir à l’international

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Le premier groupe sucrier français retrouve le sourire en 2016-2017 avec tous les indicateurs qui passent au vert. Après un résultat net en recul de 40 M € en 2015-2016, celui-ci s’affiche à 107 M €. Les cours mondiaux sont remontés, la stratégie d’expansion au Brésil porte ses fruits et la coopérative s’estime bien préparée pour affronter la fin des quotas européens prévus pour le 1er octobre. Dans les prochaines années, Tereos prévoit de se développer, commercialement et en production, en Europe et surtout sur les marchés émergents, là où se trouve la croissance de la consommation de sucre. 

Tereos, premier sucrier français et troisième mondial juste après l’allemand Südzucker et le brésilien Raizen, a présenté des chiffres plutôt flatteurs le 21 juin, qualifiés de « très bons résultats opérationnels » par son président du directoire Alexis Duval. Le chiffre d’affaires, à 4,819 milliards d’euros en 2016-2017 progresse de 13,7 % par rapport à l’exercice précédent, l’Ebitda de 38 % et surtout, le résultat net fait un bond, passant de -40 millions d’euros à +107 millions d’euros. Les mauvais souvenirs de l’exercice 2015-2016 semblent appartenir au passé, et Tereos affirme avoir retrouvé une situation satisfaisante. Même si le chiffre d’affaires, l’Ebitda ajusté ou le résultat net consolidé n’ont toujours pas retrouvé leur plus haut atteint en 2012-2013.

La remontée des cours mondiaux du sucre est un facteur explicatif. « Nous avons bénéficié de cours mondiaux du sucre supérieurs à la moyenne de ceux observés ces dernières années, même si nous n’avons pas retrouvé le niveau du début de la décennie », reconnaît Alexis Duval. Les conditions météorologiques ont été correctes en Europe et au Brésil, « mais un déficit de pluie en Asie a entraîné une production plus faible » poursuit-il. « Cette situation, couplée à une inversion de la position des fonds spéculatifs, qui d’acheteurs sont passés à vendeurs, alors même que la demande est en hausse, a débouché sur une hausse des cours », explique le dirigeant.

Une stratégie internationale payante

Au sujet de ses bonnes performances, Tereos met surtout l’accent sur le succès de sa stratégie qui s’avère payante sur le long terme. « 75 % du résultat sont désormais issus des activités nouvelles lancées depuis une dizaine d’années », poursuit-il. Le groupe est particulièrement satisfait de son développement au Brésil qui assure 44 % de l’Ebitda. Ces résultats, qualifiés d’historiques par Alexis Duval, ont été multipliés par 5,7 entre septembre 2005 et mars 2017. Tereos s’est d’ailleurs renforcé au capital de Guarani en rachetant 45,97 % du capital, auprès de Petrobras en décembre 2016, afin de maîtriser 100 % de la société. Au Brésil, Tereos est désormais le troisième producteur de sucre. « Investir au Brésil est très important car il permet de disposer d’un flux permanent de production de sucre entre l’hémisphère sud et l’hémisphère nord."

Plus généralement, les pays émergents sont des terres d’opportunités pour Tereos, où le groupe réalise déjà un tiers de son chiffre d’affaires. Ce développement au Sud est un « enjeu de fond pour Tereos », comme le souligne Alexis Duval. D’autant que les pays du Sud vont être à l’avenir davantage consommateurs que le Nord. Sur un marché mondial en croissance de 1,9 % par an, l’Europe connaît une croissance nulle, et même parfois négative dans certains pays, alors que les pays émergents vont voir leur consommation grimper en 2017 de 2,5 %.

Pour profiter de cette croissance, le groupe multiplie les implantations commerciales. En 2016, il a ainsi ouvert des bureaux en Inde et au Kenya, et se montre satisfait de cette stratégie qui lui permet d’adresser plusieurs marchés à partir d’un bureau, à l’image de celui de Singapour qui touche dix-huit pays du Moyen-Orient, d’Asie ainsi que l’Afrique du Sud. Autre zone d’opportunités : l’Afrique de l’Est, notamment le Kenya et la Tanzanie où le groupe est implanté. « L’Afrique de l’Est est intéressante car on constate une forte croissance de la consommation domestique, et en même temps une production pas assez importante pour couvrir les besoins de la population », estime Alexis Duval. « Il y a des enjeux très forts dans les industries agroalimentaires qui ont besoin de renouveler leurs recettes », explique Alexis Duval. Or, seul un groupe de dimension mondiale, capable de proposer une large palette de produits, sera en mesure de saisir ces opportunités partout dans le monde.

Prêt pour la fin des quotas

Si Tereos parie tant sur les marchés en demande croissante, à l’image d’autres sucriers européens, c’est qu’il anticipe la fin des quotas en Europe. Au 1er octobre, les volumes de production, les prix et les importations seront libéralisés. Les sucreries du Vieux Continent auront les mains libres pour produire autant qu’elles veulent, mais elles se doivent d’être compétitives. « Nous avons réalisé une baisse des coût de production de nos usines françaises de 600 millions d’euros sur les quatre dernières années, et nous prévoyons encore pour cette année une baisse de 15 % en 2017-2018 par rapport à l’exercice précédent », estime Alexis Duval.

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Tereos estime s’être bien préparé à ce grand changement, avec notamment un accroissement des volumes qui seront produits cette année en contractualisant 19 millions de tonnes de betteraves auprès des coopérateurs, en étendant les surfaces des adhérents et en accueillant de nouveaux membres. L’année 2016 marque ainsi la fin d’un programme d’investissements industriels de 600 millions d’euros destiné à s’adapter à la fin des quotas. C’est ainsi que la sucrerie de Connantre (Marne), la plus grande d’Europe, a effectué sa première campagne en fonctionnant totalement au gaz naturel. Et que l’entreprise a mis en place la première plateforme de stockage longue durée de la betterave à Lillers (Pas-de-Calais).

La production de betterave prévue à la hausse en 2017

En 2017, l’Europe devrait produire davantage avec des surfaces mises en culture en hausse de 15 %, dont des augmentations importantes dans les deux grands pays producteurs que sont l’Allemagne (+22) et la France (+18 %). Ce qui devrait se traduire par environ 3,5 millions de tonnes de volumes supplémentaires de sucre. Quant à l’isoglucose, un sucre de céréales, la hausse de production est estimée à 500 000 tonnes. Sur le marché européen, cela devrait amener des importations en retrait de 1,5 à 2 millions de tonnes, et des exportations vers les pays tiers de 1,5 à 2 millions de tonnes. Les Européens devraient donc consommer plus de sucre de betterave et moins de sucre roux, ce qui entraînera une activité ralentie pour les raffineries de sucre de canne installées en Europe.

Pour le prochain exercice 2017-2018, « les activités internationales du groupe devraient poursuivre leur contribution au résultat opérationnel, notamment grâce aux activités brésiliennes », prévoit Tereos. « Les activités de négoce de sucre et d’éthanol à l’international permettront de contribuer à la commercialisation de ces nouveaux volumes produits pour l’export », estime le groupe sucrier, qui prévoit une amélioration de ses performances avec un Ebitda ajusté estimé entre 615 et 645 millions d’euros, contre 607 en 2016-2017.

L’éthanol à partir de déchets ne pèse pas sur les surfaces agricoles

Interrogé au sujet de l’évolution des règles européennes en matière de taux d’incorporation d’éthanol dans les biocarburants de première génération, Alexis Duval a estimé que l’éthanol produit à partir de déchets de l’industrie betteravière ne devait pas être comparé à celui produit à partir de denrées agricoles brutes. L’UE souhaite en effet que le taux d’incorporation d’éthanol, fixé à 7 %, passe à 3,8 % afin de ne pas encourager les cultures dans le seul but de produire de l’éthanol, et donc l’occupation des terres pour des productions non alimentaires.

« La France, puis l’Europe, ont reconnu notre demande de différenciation en fonction de l’origine des matières premières », a expliqué Alexis Duval. Selon lui, il a été entériné que dans le nouveau cadre réglementaire, les éthanols issus de résidus ne soient pas concernés par le nouveau seuil. Par ailleurs, Tereos rappelle qu’il a mis au point un carburant, l’ED95, homologué en 2016 en France, ne produisant ni dioxyde de soufre, ni particules, et qui répond aux attentes des flottes de transport urbain.