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ACQUISITION/VOLAILLE Terrena – Doux : naissance d'un solide numéro deux de la volaille française

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Avec la reprise de Doux, Terrena devient un vrai numéro deux d'envergure dans le secteur de la volaille française. Le groupe coopératif, qui se dote ainsi d'une marque connue, avec Père Dodu, reprend également une activité export fortement dépendante, par nature, des effets de change. Accompagné par Sofiprotéol, fera-t-il le pari de la reconquête du marché intérieur ?

La rumeur se faisait de plus en plus insistante, c'est désormais officiel. Terrena a annoncé le 19 mai être entré en négociations exclusives avec D&P Participations (famille Calmels) pour la reprise de sa participation majoritaire (52,5 %) dans Doux (Chateaulin, 29). Le groupe coopératif, qui a récemment cédé 49 % d'Elivia (viande bovine) à l'irlandais Dawn Meats, est accompagné par Sofiprotéol pour le financement. Le groupe saoudien Almunajem (25 %), principal client du volailler et la famille Doux (22,5 %) restent actionnaires de référence. « La restructuration financière de Doux est achevée, le groupe passe maintenant à la seconde phase de sa transformation en s'adossant à un industriel, nous a indiqué un porte-parole de Terrena. Avec cette opération, Terrena devient le cinquième acteur européen de la volaille et souhaite aller chercher la croissance là où elle est, dans un marché mondial dynamique. »

Avec cette opération, Terrena reprend la volaille export, essentiellement destinée au Moyen Orient, mais aussi la marque Père Dodu, qui signe les produits élaborés de Doux en France. Loin derrière LDC, Terrena, actuel numéro deux de la volaille en France avec sa marque Douce France, gagnera nettement en notoriété avec Père Dodu. Depuis ses difficultés retentissantes et la suppression d'un millier d'emploi, Doux, dont le plan de continuation a été validé en septembre 2013, a relevé la tête. L'entreprise a largement rationalisé sa production, comme l'a régulièrement rappelé Arnaud Marion, président du directoire de Doux. Elle a également profité de taux de change favorables à ses exportations. Les optimistes croient au redressement de Doux. Mais certains observateurs de la filière nous confiaient, ces derniers mois, avoir des interrogations sur la pérennité de l'activité dans un contexte de change moins favorable.

EXPORT ET/OU RECONQUÊTE DU MARCHÉ INTÉRIEUR ?

Reste donc à savoir dans quelle mesure la production de Doux pourrait être en partie réorientée vers le marché intérieur. Car si la France exporte beaucoup de poulet, elle en importe également beaucoup, notamment dans la restauration et l'industrie. Et Sofiprotéol n'a jamais caché sa volonté de reconquérir le marché intérieur. Du côté du ministère, on évoque déjà ouvertement ce scénario. Un communiqué du 19 mai salue l'opération qui « contribuerait à la pérennisation de la filière export » et estime que « la consolidation d'un grand acteur est l'une des conditions de la reconquête du marché intérieur de la volaille ». Alors que Terrena devient un volailler d'envergure européenne, une autre question se pose. Si des pays comme la Belgique, l'Allemagne ou la Pologne (récemment devenue premier producteur de poulet en Europe) arrivent à vendre leurs produits en France, pourquoi les Français ne pourraient-ils pas, eux aussi, vendre des produits sur le marché européen ? Pourquoi la filière export française serait-elle cantonnée au grand export et à la volatilité des devises ?

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Terrena a réalisé un chiffre d'affaires de 4,7 milliards d'euros en 2014. Le groupe coopératif, qui compte 22 000 adhérents, emploie plus de 12 000 personnes. Dans la volaille, le groupe possède Gastronome (850 millions d'euros de chiffre d'affaires) et détient 45 % de Fermiers du Sud Ouest (contrôlé par Maïsadour). 

DOUX EN CHIFFRES

– 2 317 personnes – 530 millions d'euros de chiffre d'affaires prévu en 2015, en croissance de 8 à 10 %.

– Export (Doux SA) : 390 millions d'euros pour la volaille entière et 40 millions pour les produits élaborés prévus en 2015 ; quatre sites de production en France (trois abattoirs et une usine de produits élaborés), deux couvoirs et deux usines d'aliment ; 1 765 collaborateurs (1 302 CDI et 463 CDD), précise le communiqué.