Au premier semestre de leur exercice 2003/2004, les enseignes britanniques ont enregistré des résultats inégaux, qui confirment les grandes tendances du secteur. Tesco caracole en tête et poursuit son développement à l’international, J Sainsbury reste stable et mise sur l’achèvement de ses chantiers de modernisation, tandis que Safeway en est réduit à la gestion des affaires courantes. Une chose est sûre, l’absorption annoncée de ce dernier par Morrisons — mais que l’on attend toujours — constituera l’événement le plus marquant de la grande distribution outre-Channel depuis le rachat en juin 1999 de la chaîne Asda par le géant américain Wal-Mart.
Nul doute que la fusion annoncée des enseignes Safeway et Morrisons va considérablement modifier les rapports de force dans la grande distribution britannique. L’offre du groupe William Morrison est attendue « prochainement » (« shortly »), a déclaré David Webster, président de Safeway, le
20 novembre dernier. Non seulement la nouvelle entité sera en mesure de constituer un vrai concurrent face au leader Tesco et son compétiteur Asda, la filiale de l’américain Wal-Mart, mais encore environ 58 magasins situés dans de bons emplacements seront mis sur le marché. En attendant, l’évolution des résultats annoncés ces jours derniers par Tesco, J Sainsbury et Safeway, confirme l’évolution des tendances profondes de la grande distribution britannique : Tesco continue de parader en tête tandis que Sainsbury et Safeway s’efforcent de sortir de leurs difficultés ou de simplement se maintenir.
Internationalisation
Tesco fait figure d’exception au Royaume-Uni : la chaîne dirigée par Terry Leahy est la seule à s’être vraiment développée outre-Mer. Certes, J Sainsbury a une filiale aux Etats-Unis, Shaw’s, mais Tesco est présent dans onze pays (Royaume-Uni, Irlande, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Malaisie, Thaïlande, Corée du Sud, Taiwan et Japon) et le groupe vient d’annoncer une prise de participation majoritaire dans la chaîne turque d’hypermarchés Kipa. D’ici à la fin de l’année, le distributeur exploitera 189 hypermarchés. C’est ainsi que la chaîne peut se targuer d’une hausse plus que significative (+ 31 %) de ses ventes à l’international au troisième trimestre de son exercice (14 semaines au 15 novembre). Mais le marché national, entretenu par une consommation solide, n’a pas été en reste : dopées par le développement de la gamme non alimentaire du distributeur, les ventes au Royaume-Uni ont augmenté de 14,6 % (6,9 % à magasins comparables), dont 4,3 % imputable aux magasins issus du rachat de la chaîne T & S. Résultat, le chiffre d’affaires total du groupe a, sur la même période de 14 semaines, bondi de 17,5 %.
Chantiers
Quant à l’ex-numéro un britannique, J Sainsbury, le distributeur n’a toujours pas tiré profit des chantiers nombreux et interminables destinés à moderniser le groupe (informatique, chaîne d’approvisionnement, extension en non alimentaire, services, expérimentation de nouveaux formats) et restaurer sa capacité à générer de la croissance sur le long terme. Commençons par les bonnes nouvelles : George Bull, son président, qui est aussi l’ancien patron du groupe de spiritueux Diageo (né pour une part sous son impulsion de la fusion de GrandMet et de Guinness), a enfin trouvé un nouveau directeur général : Justin King, qui entrera en fonction le 29 mars prochain et succédera à Peter Davis qui lui même remplacera George Bull (jusqu’en juillet 2005). Âgé de 42 ans et actuellement directeur de la division alimentaire de Marks & Spencer et patron de sa filiale américaine de supermarchés Kings, Justin King a également passé sept ans chez Asda. Les mauvaises nouvelles : les ventes totales du groupe ont stagné à +1 % à 9,8 milliards de livres au premier semestre de son exercice 2003/2004 (28 semaines au 11 octobre 2003). Les supermarchés Sainsbury’s ont enregistré une hausse de 1,8 % de leur chiffre d’affaires (0,1 % à magasins comparables) tandis que la filiale américaine Shaw’s a vu ses ventes progresser de 2,7 % à 2,47 milliards de dollars. Notons que le rachat par Shaw’s de cinq magasins en Nouvelle Angleterre auprès de GU Markets devrait quand même permettre à la filiale d’augmenter de 12 % sa surface de vente sur l’exercice.
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Gestion au jour le jour
La situation est encore moins brillante pour Safeway, en dépit du plan de restructuration engagé il y a plusieurs années par Carlos Criados-Perez. La perspective d’une OPA sur le distributeur, voire la menace d’un dépècement du groupe, n’a pas facilité la tâche du directeur général qui a dû notamment payer le prix cher pour garder ses cadres et continuer à travailler avec ses fournisseurs dans des conditions favorables (en terme de promotions, par exemple). L’enseigne qui a renoncé à tout projet à long terme en a quasiment été réduite à une gestion au jour le jour. Dans ce contexte, le numéro quatre britannique s’attendait à un niveau de vente « stable » au premier semestre de l’exercice 2003/2004 (28 semaines au 11 octobre). Elles ont en fait baissé de 1 % à 4,903 milliards de livres. Qui plus est, le bénéfice avant impôts, éléments exceptionnels et amortissement des survaleurs de 173,2 millions de livres (247,4 millions d’euros) a chuté de 7 % par rapport à la même période de l’exercice précédent. L’enseigne n’en a pas moins ouvert deux nouveaux magasins (Sidcup et Newcastle) au cours du premier semestre. Un autre est en construction à Bangor, en Irlande du Nord. Au total, les projets du distributeur représentent l’équivalent de 11 % de son actuelle surface de vente.
Mais de toute façon, à terme, Safeway devra céder 58 magasins – estimés par le groupe à 660 000 livres – pour répondre aux exigences des autorités britanniques de la concurrence, si tant est qu’il fusionne avec Morrisons (Safeway aurait reçu des offres d’une valeur totale de 543 millions de livres pour 39 magasins).
Les autorités britanniques de la concurrence ayant donné leur accord le 26 septembre dernier, la balle est toujours dans le camp de Ken Morrison. Le p.-d.g. du groupe William Morrison
(2,48 milliards de livres de CA au premier semestre clos au 10 août, en hausse de 8 % à magasins comparables et hors carburants) avait fait une première offre en janvier dernier, imité par la suite – quoi que moins formellement – par ses concurrents Tesco, Asda et Sainsbury. Mais ces derniers ont été écartés par les autorités britanniques. Seul Morrisons reste en lice. L’annonce de son offre sera le coup d’envoi de la nouvelle donne de la grande distribution au Royaume-Uni. Elle aura également pour mérite de permettre aux cadres de Safeway de se lancer dans un nouveau projet soutenu par la dynamique du groupe de Bradford.