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Tests Covid-19 : le recours aux laboratoires vétérinaires est à l’étude

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Cela fait trois semaines que les laboratoires vétérinaires et fabricants de diagnostics ont proposé leurs services pour réaliser, mais aussi produire des tests Covid-19. Ils ont les équipements et les compétences pour produire des centaines de milliers de tests par semaine. Mais les autorités sanitaires tardent à donner les autorisations. Le ministre de la Santé précise que la proposition est à l’étude « laboratoire par laboratoire ».

Certains laboratoires vétérinaires ont proposé leurs services au monde médical pour la réalisation de tests Covid-19 à grande échelle, mais cela leur a été refusé par les autorités sanitaires pour motif juridique. L’Académie vétérinaire de France (AVF) a soutenu leur offre, dans un communiqué du 28 mars. « Les producteurs français de réactifs vétérinaires ont l’expertise du diagnostic des coronaviroses chez les animaux et la capacité de produire plusieurs centaines de milliers de tests virologiques et sérologiques par mois, souligne l’AVF. Par ailleurs, les laboratoires vétérinaires sont capables d’effectuer un très grand nombre d’analyses grâce à leurs automates et outils de diagnostic ». L’Académie nationale de médecine est venue le 30 mars renforcer cette demande dans un communiqué « dans le cadre de l’urgence sanitaire actuelle ».

Des autorisations au cas par cas

Lors de l’audition, le 1er avril, de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur l’impact, la gestion, et les conséquences de l’épidémie de Coronavirus-Covid19, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a précisé que le recours aux laboratoires vétérinaires et départementaux « pour augmenter nos capacités PCR » était à l’étude « laboratoire par laboratoire ». « Cela pourrait passer, ou par un transfert d’automates PCR vers des laboratoires de biologie médicale destinés aux humains, ou par l’autorisation de la réalisation de biologie médicale au sein de laboratoires expérimentaux qu’ils soient départementaux ou vétérinaires, ou par l’autorisation des laboratoires qui ne sont pas reconnus comme des laboratoires destinés aux humains à réaliser eux-mêmes ces examens », a-t-il précisé.

Les vétérinaires ont une expérience des pandémies

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Le territoire français compte environ 80 laboratoires publics et une dizaine de groupes privés, mais aussi dizaine de sociétés qui fabriquent des diagnostics vétérinaires. Pour Jean-Luc Angot, président de l’Académie vétérinaire de France, « il est très dommage que, dans cette crise, les autorités sanitaires françaises n’utilisent pas les compétences du monde vétérinaire sur les pandémies, sur une approche par population et non par individu, et sur sa connaissance des coronavirus responsables de nombreuses maladies des animaux domestiques ». D’autres pays n’ont pas attendu. C’est le cas des États-Unis, de l’Allemagne, de la Belgique ou encore de l’Italie. « On parle beaucoup de la continuité entre santé humaine et santé animale, avec le concept ‘One health’. C’est le moment de le mettre en œuvre », poursuit Jean-Luc Angot.

Jusqu’à 300 000 tests PCR par semaine

Qu’attend donc la France pour faire sauter son carcan réglementaire ? Pour Jean-Louis Hunault, président du syndicat de l’industrie de la Santé animale (SIMV), il est normal que chaque fabricant de diagnostics disposant d’un test Covid-19 doive déposer un dossier auprès du laboratoire national de référence afin que ce kit soit validé (pour les coronavirus, c’est l’institut Pasteur). « En revanche, c’est incompréhensible que l’État tarde tant à faire appel à nos unités de production de tests PCR qui sont mobilisables immédiatement. Trois groupes ont répondu positivement (Idexx, Biosellal et IDVet) et ils peuvent produire 150 000 à 300 000 tests par semaine ! Nos kits peuvent être produits en 14 jours et ils seront utilisables par tous les laboratoires d’analyses humaines et vétérinaires », explique-t-il. À noter que la capacité actuelle de tests en France est de 20 000 par jour selon Edouard Philippe. « Nous sommes en guerre ou pas ? Nous avons le sentiment d’être sur un porte-avions et de nous occuper à refaire la peinture ! Nous attendons un message clair de l’État sur la mobilisation de nos entreprises. Il nous faut un encadrement juridique. »

« Nous sommes en guerre ou pas ? Nous avons le sentiment d’être sur un porte-avions et de nous occuper à refaire la peinture ! »