Le leader mondial de la conserve de thon Thai Union, maison mère de Petit Navire, s’engage à se fournir auprès de pêcheries labellisées MSC. Toutefois, la crédibilité du label est écornée par plusieurs ONG après la certification d’une pêcherie d’empereurs en Nouvelle-Zélande.
Le 13 décembre 2016, Thai Union a pris la parole pour dévoiler ses engagements en faveur d’une pêche durable. « Dans le cadre de sa nouvelle stratégie pour le thon, Thai Union s’engage à acheter la totalité du thon destiné à ses marques auprès de pêcheries ayant obtenu la certification du Marine Stewardship Council (MSC) ou participant à des Fishery Improvement Projects (FIP, projets d’amélioration des pêcheries) dans le but de décrocher cette certification », peut-on lire dans un communiqué. Le leader mondial des produits de la mer et du thon en conserve « prévoit d’atteindre un taux d’au moins 75 % d’ici à fin 2020. Un investissement de 90 millions de $ dans diverses initiatives, y compris 11 nouveaux FIP, permettra d’accroître l’approvisionnement de thon durable », poursuit-il.
Pourtant, cet engagement est loin de satisfaire les ONG de défense de l’environnement et de la protection de la faune marine. Greenpeace vise depuis plusieurs mois la filiale française de Thai Union, Petit Navire, dont il dénonce la stratégie consistant à s’abriter derrière le label MSC pour assurer qu’il contribue à la préservation des ressources halieutiques. En juin, l’usine de Douarnenez a ainsi été bloquée par des militants de l’ONG. Fin novembre, un rapport du WWF est venu appuyer ses doutes sur la fiabilité et le sérieux du label MSC. « Perte de crédibilité, conflit d’intérêts, abaissement des standards, tromperie du consommateur : tout y est », selon Greenpeace pour qui « MSC revoit régulièrement ses standards à la baisse, malgré les recommandations émises par le WWF. » Selon ce rapport, de trop nombreux produits obtiennent le sésame et les liens financiers entre sociétés labellisées et gestionnaire du label posent problème. « Les marques certifiées “MSC pêche durable” reversent au label 0,5 % du résultat des ventes des produits certifiés. Cela représente trois quarts des revenus du MSC, soit près de 17 millions d’euros ! », selon Greenpeace.
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Loin de retomber, la polémique au détriment de MSC n’a fait que se renforcer avec l’attribution, le 8 décembre, du label à Deepwater, une pêcherie néo-zélandaise d’empereurs. « Elle prouve que les trois stocks d’empereur sur lesquels elle opère sont en bon état, qu’elle a un impact faible et maîtrisé sur les écosystèmes et qu’elle est gérée efficacement pour assurer sa durabilité sur le long-terme », estime MSC. « Cette pêcherie cible des poissons vivant 150 ans, se reproduisant à 30, et capturés jusqu’à 2000 mètres de profondeur par d’immenses chaluts lestés, dévastant les fonds marins et les espèces vulnérables des grandes profondeurs », selon l’ONG Bloom. « MSC est officiellement devenu une imposture », estime Frédéric Le Manach, directeur scientifique de Bloom. L’ONG dénonce les dysfonctionnements des procédures d’objection mises en place par MSC qui échouent dans 95 % des cas. Avec d’autres ONG, Bloom s’était opposé à l’attribution à Deepwater du label MSC, mais en vain. L’ONG invite les enseignes de la grande distribution à ne plus s’appuyer sur le label MSC et à développer leur propre cahier des charges. Sinon, « elles courent le risque de perdre leur crédibilité en même temps que le label. Les décisions récentes du MSC vont obliger les marques à questionner radicalement leur stratégie », prévient Claire Nouvian, fondatrice de Bloom.