Hervé Balusson, président-fondateur de la société Olmix est l'un des trois repreneurs, via son fonds Breizh Algae Invest, de l'abattoir de volaille breton Tilly-Sabco, aux côtés du britannique MS Food et de la Chambre de commerce et d'industrie de Morlaix. Les trois actionnaires ont investi ensemble 1,5 million d'euros et détiennent chacun un tiers du capital. Hervé Balusson, également président de la nouvelle entité, fait le point sur le dossier.
Trois mois après l'annonce de la reprise de Tilly-Sabco, le projet avance comme vous voulez ?
Nous sommes même en avance sur le plan initial, je ne suis pas du tout inquiet, au contraire, mais maintenant il nous faut des algues. Nous nous sommes intéressés à Tilly-Sabco parce que le site est situé à Guerlesquin, à une dizaine de kilomètres de la plage de Plestin-les-Grèves, une zone de basse mer où flottent 40 000 tonnes d'algues. Suite au blocage exercé par certaines associations d'écologistes, nous attendons que l'Etat nous délivre les autorisations nécessaires à la récolte des algues, indispensable à la bonne marche de notre projet autour de Tilly-Sabco, qui consiste à remplacer les antibiotiques par des algues.
Nous avons redonné de l'espoir aux salariés de l'abattoir et aux éleveurs également, à toute une filière en fait, et maintenant que le concept est en train de marcher, il serait malheureux que le projet soit bloqué parce que nous ne pouvons pas récolter les algues.
Chacun doit prendre ses responsabilités, de nombreux emplois sont concernés. Une fois que tout va se mettre en route, le projet sera créateur d'emplois, au-delà des 200 personnes conservées lors de la reprise de Tilly-Sabco.
Pourquoi rencontrez-vous des freins dans la collecte, alors que vous débarrassez les plages d'algues dont personne ne veut ?
Toute l'ambiguïté du dossier est là. Les algues, ayant été classées comme des déchets, ne peuvent pas être valorisées, n'en déplaise à certains. L'entreprise est aguerrie à ce genre de débat, c'est juste qu'aujourd'hui cela ralenti la reprise de Tilly-Sabco. Outre le remplacement des antibiotiques dans la nutrition animale, il y a aussi moyen avec les algues de fabriquer des biostimulants foliaires. Les débouchés pour la filière algues sont nombreux et créateurs d'emplois pour la région. Olmix travaille depuis 20 ans sur le sujet, avec une présence dans 70 pays. Il existe un marché pour la filière algues qui intéresse les grands du secteur de la volaille. Nous sommes en train avec Tilly-Sabco de sortir la preuve du concept du remplacement des antibiotiques par les algues et nous avons déjà été contactés par des grands producteurs de poulets, français et internationaux. D'ailleurs, j'invite McDo et KFC, qui disent vouloir des poulets sans antibiotiques, à venir à Guerlesquin dans quelques semaines.
Concrètement, une fois que vous aurez reçus toutes les autorisations nécessaires…
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Nous allons monter en puissance au niveau de la collecte d'algues. De la Normandie jusqu'au sud Vendée, nous allons mettre en place une filière et ramasser le maximum d'algues, des vertes, des brunes, des rouges... Et après, nous passerons au stade de la culture. Nous allons devoir lancer la production d'algues sous serre, mais là aussi il faut des autorisations, notamment pour pomper l'eau de mer. Trois usines (1) sont en train de se mettre en place. Ces projets ont nécessité 50 millions d'euros d'investissements sur les 4 dernières années.
Et ensuite, comment voyez-vous l'avenir pour l'abattoir de Tilly-Sabco ?
En plus des algues, nous allons également avancer sur des élevages de poulets avec des antioxydants naturels à base de légumes. Au final, les poulets qui sortiront demain de Tilly Sabco seront des poulets totalement naturels, ou « organic » selon le terme anglo-saxons, à destination de l'export. Les marchés asiatiques notamment sont très friands d'alimentation « organic », mais pas seulement eux.
Je n'ai pas vocation à travers Olmix à devenir un grand acteur de la volaille, et encore moins à m'imposer sur le marché national. Je veux faire du poulet « organic » pour aller sur des marchés à haute valeur ajoutée à l'export. L'objectif est de vendre les poulets Tilly-Sabco aux clients d'Olmix, des industriels du poulet, comme le chinois Cofco, Père Dodu aux Etats-Unis, ou bientôt l'américain Cargill avec qui nous sommes en discussion, qui, eux, ne pourront pas produire de poulet sans antibiotiques avant une quinzaine d'années.
En France, contrairement à ce qui se dit, nous avons la chance d'avoir des outils, des petits élevages dans lesquels il est possible de faire du cousu main, sans antibiotiques. Le niveau de sécurité sanitaire chez les éleveurs peut le permettre.
D'ici deux ou trois ans, une fois bien repositionnés sur le marché de la volaille haut de gamme au Moyen-Orient, un marché qui est bien reparti, nous pourrons alors réinvestir dans de nouveaux produits, comme la dinde ou le cochon nourris aux algues, et nous développer vers de nouveaux marchés à l'export. Nous avons investi pour ce projet, maintenant il faut qu'on nous laisse travailler.
(1) Les trois usines sont situées à Saint-Hilaire-de-Riez en Vendée pour le traitement des algues, à Bréhan dans le Morbihan (laboratoire d'extraction moléculaire) et à Plouénan dans le Finistère en partenariat avec la Sica de St Pol de Léon (ligne de production d'antioxydants et d'anticoccidiens à base de légume et d'algues).