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Restructuration/Volaille Tilly-Sabco : un reformatage du poulet export ou le néant

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Daniel Sauvaget, p.-d.g. de Tilly-Sabco, société spécialisée dans l'abattage et l’exportation de poulets congelés hors de l'Union européenne (136 millions € de CA en 2012, 340 salariés) a mis en scène, lundi, une proposition choc à l'occasion de l'inauguration de son atelier de fabrication de saucisses de poulet : un rapprochement stratégique avec Doux, l'autre exportateur de poulets dans une filière reformatée. L’ex-géant volailler, actuellement en redressement judiciaire, s’est empressé de rejeter l’idée.

L’occasion était trop belle, avec tous ces journalistes présents à Guerlesquin (Finistère), pour entendre le dirigeant de Tilly-Sabco parler (un peu) de son nouvel atelier de saucisses, et (beaucoup) du futur de l’entreprise. « J’entends partout qu’on ne donne pas cher de notre peau, et c’est vrai que nous sommes dans des difficultés graves, a expliqué Daniel Sauvaget. Pour autant, je suis convaincu que nous avons la capacité de sauver la filière. » Il a appelé à un reformatage de la filière « grand export » entre les sociétés Doux et Tilly-Sabco, et l’adaptation de l’ensemble de la filière avicole française pour négocier avec l’Europe un soutien financier dégressif de quelques années qui permettra aux opérateurs de s’inventer un nouveau modèle économique, sans restitutions à l’exportation dont le mécanisme a été mis à zéro, le 18 juillet dernier, par la Commission européenne. Autrement dit, il s’agit de rapprocher les activités de « poulet export » de Doux et Tilly-Sabco.
 
Doux rejette une alliance
La filière européenne dite du « poulet export » se résume à deux grands opérateurs, les finistériens Doux et Tilly-Sabco. Ils subissent depuis le début de l’année une baisse de 30 % de la rémunération du prix de la tonne de poulet congelé, passée de 1900 à 1300 €/t. Elle résulte de la dévaluation compétitive du real brésilien vis-à-vis du dollar, et surtout de la décision de l’Europe de mettre à zéro le mécanisme des restitutions à l’exportation. La fin de ce mécanisme était attendue depuis plusieurs années, sans que la date du clap de fin ne soit donnée. Elle vient évidemment trop tôt pour les industriels. Depuis, Doux répète à l’envi qu’il peut continuer d’exporter sans restitutions. Tilly-Sabco a décidé, lui, réduire de 40 % sa production, à compter du 1er octobre.
La main tendue par Daniel Sauvaget a été prestement écartée, dès la publication de la première dépêche d’agence. « Ce n'est pas à l'ordre du jour et une telle alliance buterait sur la différence entre les modèles d'entreprises, intégré pour Doux et externalisé pour Tilly Sabco, a indiqué le porte-parole du groupe de Châteaulin. Il convient de laisser la procédure (de redressement judiciaire avec plan de continuation NDLR) du Groupe Doux aller à son terme. Quoi qu'il en soit une telle alliance proposée par voie de presse est pour le moins curieuse pour ne pas dire brutale au moment même où le président de Tilly Sabco dit qu’il a de très graves difficultés à tous les média. La problématique de marchés est la même mais la problématique des entreprises est différente. »
Pour Daniel Sauvaget, cette fin de non-recevoir ne peut être que provisoire. Il demeure persuadé que « le problème n’est pas la volonté des acteurs, mais la survie de la filière», dit-il en écho aux propos de Doux. Il observe que le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll ne dit pas autre chose. Dans une interview donnée au Télégramme de Brest, lundi, il a déclaré « qu’il ne faut pas isoler le cas de Tilly-Sabco. Nous avons, aujourd'hui, en Bretagne, deux entreprises qui exportent des poulets congelés vers le Moyen-Orient (…). Il faut se donner les moyens de pérenniser cette activité export sans le soutien des restitutions, grâce à un plan d'investissement massif et en renforçant nos relations avec les clients du Moyen-Orient. »
 
Poursuivre la diversification
Depuis qu’il est devenu actionnaire majoritaire de Tilly-Sabco en 2008 après avoir racheté la majorité des parts de Tilly-Sabco au groupe Unicopa, démantelé depuis, Daniel Sauvaget n’a eu de cesse d’investir pour donner toujours plus de compétitivité à Tilly-Sabco. « En cinq ans, nous avons investi 14 milllions dans l’entreprise dont 4 millions aujourd’hui dans l’atelier saucisses », poursuit Daniel Sauvaget. Sans doute cette politique d’adaptation a-t-elle démarré tard. Mais la société a connu un dépôt de bilan en 2006, ce qui lui a forcément compliqué la tâche. Tilly-Sabco est cependant parvenu à réduire la part des restitutions de 23 % à 14 % du chiffre d’affaires entre 2008 et 2012 (19,5 millions l’an passé pour un CA de 136 millions en exportant essentiellement vers le Moyen-Orient 64 000 t de poulets, 7100 t de saucisses de poulet et 6000 t de co-produits, le tout congelé).
Dans la position de l’entreprise de Guerlesquin, l’inauguration de son atelier saucisses modernisé (4 millions € investis pour une capacité maximale théorique de 12 500 t/an) pourrait paraître presque anecdotique. Elle constitue toutefois une nouvelle étape vers un modèle économique non dépendant des restitutions à l’exportation. Un modèle plus compétitif qui absorbe à lui seul « 22 % des frais fixes de Tilly-Sabco », souligne Daniel Sauvaget bien qu’elle ne représente que 7 % du CA (sur une base de 7100 t/an). Et qui pourrait constituer le pivot d’un future politique industrielle entre Tilly et Doux. Le temps presse : « Nous avons trois semaines pour prendre les bonnes décisions et démarrer sur un nouveau format à partir du 1er janvier prochain », ajoute le p.-d.g. de Tilly-Sabco.

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