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Tina Ye, DRH de Boiron Frères : « Nos outils “rémunérations” doivent nous rendre attractifs »

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Si le marché économique du fabricant drômois de purées de fruits Boiron Frères (Drôme) est porteur, celui de l'emploi est très tendu. Pour attirer des candidats et les fidéliser, l'entreprise a donc structuré une politique de rémunération innovante. Tina Ye, la directrice des ressources humaines (DRH), explique la genèse de la mise en place de cette politique.

Pourquoi travaillez-vous particulièrement votre politique de rémunérations ?

Non seulement notre secteur économique – l'agroalimentaire – connaît une pénurie de compétences, mais notre bassin d'emplois, la Drôme, est réduit et comprend des employeurs à forte notoriété, comme Valrhona. Nous avons donc un gros enjeu de recrutement et de rétention des talents. Avant la création de mon poste, en 2017, un premier travail de benchmarking avait été réalisé afin de structurer une grille interne de rémunérations. Nous avons fait coter tous nos postes par le cabinet Mercer, selon leur typologie et leur niveau de responsabilité, pour proposer des salaires correspondant au marché.

Par ailleurs, outre l'instauration d'une part variable pour les commerciaux, une prime sur la performance collective avait été mise en place pour les salariés de la production. Celle-ci est réévaluée chaque année en NAO *. Pour éviter les dissensions et les craintes à ce sujet, les arrêts longs pour accident du travail ont été écartés du taux d'absentéisme pris en compte dans le calcul de cette prime.

Qu'avez-vous ajouté à cette organisation depuis votre arrivée, il y a deux ans ?

J'ai été chargée d’aller aussi vers une reconnaissance de la performance individuelle. La première année, en 2017, nous avons réfléchi à nos objectifs en la matière et comment les atteindre. Cela s'est concrétisé par la définition de valeurs importantes pour nous, tel que le respect, le progrès ou encore l'esprit d'équipe, et d'un référentiel de comportements associés à chacune de ces valeurs. Le respect, par exemple, est évalué par la tenue, par le salarié, de ses engagements sur des délais, sur son attitude bienveillante, sur sa capacité à gérer les priorités avec discernement, etc. Ce sont les managers qui assurent ces évaluations, mais le référentiel permet aussi d'assurer une cohérence. Depuis 2018, nous négocions chaque année, en NAO, l'enveloppe dédiée à cette reconnaissance de la performance individuelle.

Quelle est la prochaine étape ?

En créant ce lien avec les NAO, nous avons amorcé la montée d'une nouvelle marche dans nos objectifs, celle de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Ces outils d'évaluation de la performance individuelle doivent également nous permettent de repérer les salariés qui seraient en difficulté ou qui auraient besoin d'un accompagnement personnalisé dans le cadre du plan de formation. C'est aussi un moyen pour nous de sécuriser les successions sur les postes à compétences critiques pour l'entreprise, comme celui de responsable maintenance, par exemple. Cette mise en cohérence de tous ces sujets donne lieu, depuis le début de cette année à des groupes de travail paritaires.

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* négociations annuelles obligatoires

 

Nouveau conditionnement, nouvelles lignes

Boiron Frères agrandit actuellement son site, à Châteauneuf-sur-Isère, pour un investissement total de 15 millions d'euros. Aux bâtiments existants de 9000 m2 sur 6 ha, ont été ajoutés 4000 m2 d'atelier et 1000 m2 de bureaux supplémentaires sont en cours d'achèvement. L'extension de l'atelier accueille deux nouvelles lignes de conditionnement, créées à la suite de la mise au point de la « Néobarquette ». Présentée lors du dernier Sirha, « cette nouvelle barquette fait toujours 1 kg, mais elle est plus compacte, plus facile à manier, refermable et totalement étanche », assure Jean-François Granat, responsable marketing. Une équipe interne de R&D a travaillé pendant trois ans à sa mise au point.

Les premières Néobarquettes, livrées en janvier, portaient sur les saveurs les plus courantes (fraises, framboises...). Depuis, 26 autres fruits sont concernés et, d'ici la fin de l'année, les 54 saveurs proposées le seront. Mais, pour l'heure, l'ancienne ligne fonctionne toujours : « Nous devons répondre à une activité soutenue, explique Jean-François Granat, mais aussi constituer du stock pour les fruits actuellement récoltés : abricots, pêches, etc. ». Ces approvisionnements sont sécurisés par des contrats sur 17 ans passés avec les producteurs, notamment pour des variétés difficiles à trouver. La pêche Bellerime, par exemple, est cultivée par une coopérative de Mirmande, sur 1,2 ha, pour Boiron Frères, qui a financé les plants, l'irrigation et la couverture anti-grêle.

L'entreprise familiale produit 15 000 t de purées par an, vendues majoritairement aux pâtissiers (boutiques et restaurants). Elle a réalisé un chiffre d'affaires de 80 millions d'euros en 2018 (contre 83 millions d'euros en 2017 et 77 millions d'euros en 2016), dont 80% à l'export. Après s'être doté d'un bureau à Hong Kong en 2017 et d'une filiale aux États-Unis en 2018, Boiron Frères déploie ses efforts commerciaux sur ces deux continents à fort potentiel, notamment en proposant aux pâtissiers, des formations assurées par des chefs français.

V. V.-L.