Des producteurs français ont intercepté des tomates du Maroc à la frontière le 16 mai. Les importateurs et la filière marocaine ont réagi en plaidant notamment la « complémentarité ».
Des agriculteurs réunis à l’appel de la FDSEA des Pyrénées-Orientales et des Jeunes agriculteurs ont organisé le 16 mai un barrage filtrant à Perpignan pour protester contre les importations de tomates marocaines. Ils ont trouvé un véhicule en transportant, et déchargé sa cargaison qui était à destination du marché international Saint Charles. « Il y a une distorsion de concurrence dans les importations extra-européennes de tomates marocaines. On a un vrai souci avec le coût de main-d’œuvre avec le Maroc qui est inférieur de 14 fois au coût du travail en France », a expliqué Bruno Vila, président de la FDSEA 66 et de la coopérative Paysans de Rougeline (et co-président de Légumes de France) à l’AFP. La révision des accords entre le Maroc et l’Europe et « des règles d’importation qui ne sont pas assez strictes, sur les tomates cerises ayant une forte valeur ajoutée, en particulier » sont réclamées.
Depuis 2014, la méthode de calcul du prix d’entrée utilise comme base la valeur forfaitaire à l’importation (VFI). Pour les producteurs français, cette méthode ne prend pas en compte l’évolution variétale des importations de tomates marocaines et de l’offre désormais très importante en tomates cerises. Ils désignent aussi le rôle des enseignes de distribution : « La production française de tomates cerises est actuellement assez importante pour répondre à la demande des consommateurs, mais elle se heurte au choix délibéré des enseignes de la grande distribution de délaisser les tomates françaises au profit des tomates marocaines. »
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« Un discours récurrent »
Cette action a provoqué des réactions. Le marché international Saint Charles déplore « le discours récurrent employé pour stigmatiser l’origine Maroc en employant notamment des arguments fallacieux sur la qualité des produits ». Interrogé par l’AFP, Youssef Alaoui, secrétaire général de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural, a estimé que la tomate du Maroc faisait office de bouc émissaire : « Nous sommes dans le respect total de ce qui est édicté par l’Union européenne, sinon nos produits n’arriveraient pas sur le marché. » Pour le marché Saint Charles, « l’importation de fruits et légumes permet, en complément de la production nationale, un approvisionnement 12 mois sur 12 comme une plus grande diversité de produits à proposer aux consommateurs et surtout, l’accès pour toutes les bourses à une alimentation saine, fraîche et abordable ». De 2014 à 2023, les volumes de tomates marocaines importées en UE sont passés de 345 000 tonnes à près de 492 000 tonnes, soit plus de 40 % d’augmentation.