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Consommation Tomates transformées : Bruxelles n’envisage pas d’enquête

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La Commission n'a pas été informée par les États membres ni par les entreprises du secteur alimentaire de violations spécifiques de la législation de l'UE relative à la composition de la purée de tomates. En l'absence de toute preuve évidente, elle ne prévoit pas de prendre des mesures dans ce domaine. C’est ce qu’a répondu la Commission à une question d’un eurodéputé à propos des révélations d’un journaliste français dans son livre « l’Empire de l’Or rouge » sur le business de la tomate industrielle (1).

« La Commission compte-t-elle, via l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), mener une étude sur la composition des concentrés de tomates circulant sur le marché européen ? ». Telle est la question qui a été posée par un eurodéputé à la Commission suite à la publication du livre de Jean-Baptiste Malet, L’Empire de l’Or rouge. Selon les révélations de ce confrère, l'industrie de la tomate, principalement implantée en Californie et en Chine, exporte sa marchandise sur le marché européen en utilisant un étiquetage frauduleux. Les concentrés de tomates sont majoritairement fabriqués à bas coûts en Chine à base de tomates hybrides, mélangées parfois à plus de 50 %, avec du soja, des additifs et du colorant dont l'étiquetage du produit fini ne fait aucunement mention. « Les produits assemblés ou emballés en Europe bénéficient de l'étiquetage du pays en question, trompant le consommateur et créant un dumping vis-à-vis des producteurs de tomates du marché européen», souligne le journaliste.

Dans sa réponse à la question parlementaire, le commissaire européen à la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, se borne à détailler la réglementation en vigueur sur les denrées importées et rappelle que c’est en priorité aux Etats membres de l’UE de s’assurer de l’application conforme du droit européen dans ce domaine, lesquels Etats sont tenus de veiller à ce que les exigences soient correctement mises en œuvre par les exploitants du secteur alimentaire qui mettent des denrées alimentaires sur le marché de l'UE. Le commissaire européen précise aussi que c’est le règlement 1169/2011 (sur l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires) qui dispose que les informations sur les denrées alimentaires ne doivent pas induire en erreur, y compris sur les caractéristiques de la denrée alimentaire, et notamment sur sa nature, son identité, sa composition, son pays d'origine ou son lieu de provenance. En outre, tous les ingrédients alimentaires doivent être mentionnés sur l'emballage des aliments préemballés ou sur une étiquette.

Allant plus loin dans les détails, le commissaire lituanien explique que le pays d'origine de marchandises transformées qui n'ont pas été entièrement obtenues dans un seul pays devrait correspondre à celui du pays de la dernière transformation importante de l'aliment. Si son ingrédient primaire provient d'un lieu différent, le pays d'origine ou le lieu de provenance de cet ingrédient devrait également être indiqué. D’ailleurs, précise-t-il, l'application de cette disposition est soumise à des modalités d'exécution qui devraient être adoptées au cours du second semestre de 2017. En l'absence de toute preuve évidente ni de plainte des États membres et des entreprises du secteur alimentaire portant sur des violations spécifiques de la législation de l'UE relative à la composition de la purée de tomates importée en Europe, la Commission ne compte pas réglementer sur la question, a conclu le commissaire européen.

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(1) « L'Empire de l'or rouge, enquête mondiale sur la tomate d’industrie », de Jean-Baptiste Malet. Editions Fayard. Mai 2017.

Mainmise chinoise sur le business de la tomate

Dans son livre, Jean-Baptiste Malet révèle que la plupart des coulis de tomates qui servent à agrémenter nos pizzas et hamburgers sont en fait fabriqués à partir d'un concentré "made in China" lequel est ensuite importé en barils dans les ports du monde entier et raffiné par une multitude de marques qui n'ont – dans une majorité de pays – aucune contrainte légale les obligeant à préciser la provenance des ingrédients utilisés. Il montre aussi que les Italiens, eux-mêmes grands exportateurs de préparations à base de tomate, sauces, plats cuisinés, pizzas, importent la pâte chinoise pour la transformer en ajoutant de l’eau et du sel, et les revendent comme produits made in Italy. Et même, « Le Cabanon », jolie marque qui fleure bon la Provence française, est aux mains d’un groupe chinois depuis 2004. Plus rien n’est produit dans cette ex-coopérative française, hormis des transformations du concentré importé de Chine.