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ALLIANCE/FILIÈRE PORCINE Tönnies s'implante en France avec Avril

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Dans une filière porcine en pleine crise, Tönnies s'offre la possibilité de commercialiser de la viande 100 % française en GMS grâce à un partenariat avec Avril. Cette opération laisse les observateurs, au mieux, interrogateurs. Reste à savoir si elle augure de volumes plus importants ou si elle offre surtout une vitrine « viandes de France » aux rayons d'Aldi et Lidl, soucieux de préserver leurs relations avec les éleveurs.

Le géant allemand de la viande Tönnies et le groupe de la filière oléo-protéagineuse, Avril, ont annoncé dans un communiqué commun, le 29 octobre, la création d'une co-entreprise destinée à abriter une activité de découpe de produits élaborés (pièces de viande en barquettes, dites UVCI). Cette société, qui sera contrôlée par Tönnies (51 % du capital), va investir 6 millions d'euros dans la création d'un atelier de découpe. Ce dernier, dont l'activité devrait débuter au printemps prochain, emploiera 60 personnes. Il sera probablement situé à proximité d'Abera (Saint-Brice-en-Colgès, 35).

LA FILIÈRE PERPLEXE

Dans la filière, cette annonce laisse quelque peu perplexe. « Dans une Europe ouverte, cet investissement est logique, estime Guillaume Roué, président d'Inaporc. Mais je m'interroge sur les motivations de Tönnies. Font-ils le pari de prendre un coup d'avance par rapport à d'autres opérateurs qui pourraient s'intéresser au marché français ? Sont-ils suffisamment compétitifs pour se permettre d'investir sur un marché aux coûts d'exploitation supérieurs à ceux constatés en Allemagne ? Pour l'instant, les volumes sont faibles. Seul l'avenir dira si cette opération est une bonne nouvelle pour les producteurs. Aoste (Campofrio) n'est pas le meilleur élève en matière d'approvisionnements et d'étiquetage. Il faudra surveiller que Tönnies travaille bien avec des approvisionnements français sur le territoire. Et j'espère que cette opération suscitera une réaction de la part des pouvoirs publics en ce qui concerne les distorsions de concurrence. » D'autres sont beaucoup plus affirmatifs. « Ce nouvel entrant va faire concurrence à des industriels français. Mais le plus embêtant, ce sont les informations auxquelles Tönnies va avoir accès grâce à cette implantation, relève un connaisseur de la filière porcine, qui ne souhaite pas être nommé. En tant qu'industriel présent en France, Tönnies se verra révélés coûts d'achat, de production, de découpe… » Autant d'informations qui remonteront probablement en ligne droite en Allemagne. Mais étaient-elles si bien gardées que cela jusqu'à présent ?

LES VOLUMES SÉCURISÉS FAIBLES POUR L'INSTANT

En Bretagne, on préfère voir le bon côté des choses, ce qui amène Ouest France à parler d'« une bouffée d'optimisme pour le porc breton ». De fait, cette opération sécurise une petite partie des débouchés d'Abera. Elle concernera, la première année, 260 000 porcs, sur le million abattu dans l'année. « C'est une première étape. L'activité se développera en fonction de la réponse du marché », explique un porte-parole d'Avril. Comme la démarche « J'aime » engagée avec Fleury Michon (jambon sans antibiotiques après sevrage, Agra Alimentation du 1er octobre 2015), le partenariat avec Tönnies reposera sur une contractualisation avec des éleveurs sélectionnés en fonction d'un cahier des charges précis. « La structuration conjointe de filières associant les éleveurs aux débouchés de leurs productions est une réponse prometteuse à la conjoncture actuelle. Tout le monde y gagne, puisqu'elle offre de réelles perspectives pour permettre aux éleveurs de reconquérir des marchés faisant appel à l'import », assure Michel Beillard, président de la coopérative d'éleveurs Porc Armor Evolution, également cité dans le communiqué.

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UNE DÉMARCHE INITIÉE PAR TÖNNIES

L'initiative du rapprochement revient à Tönnies. « Nous souhaitions trouver un partenaire avec lequel nous partageons les mêmes valeurs pour développer dans la durée une offre de produits adaptée aux attentes du marché français », expliqué Karl-Heinz Schlegel, membre du comité exécutif et directeur des produits de consommation courante chez Tönnies, dans le communiqué. C'est donc le groupe allemand, pressé par des clients (Aldi et Lidl selon nos informations) de fournir une offre française, dans un contexte de grande tension dans la filière porcine, qui cherchait un partenaire. Difficile pour autant de savoir quelle sera la proportion des produits franco-français dans ventes des Tillman's (1) de l'Hexagone. « 5 000 porcs par semaine, c'est un démarrage à partir duquel nous voulons développer l'activité », nous a indiqué un porte-parole de Tönnies, sans plus de précision. « L'objectif, c'est que Tillman's propose à terme une offre 100 % française », assure-t-on chez Avril. Reste que cet accord ne couvre que la viande distribuée en GMS, et pas la RHF, très gourmande en importations. Au global, ces deux marchés représentent des volumes importés d'Allemagne du même ordre de grandeur, même si en valeur, les importations à destination de la GMS sont plus importantes, selon Culture Viande (anciennement SnivSNCP).

Cette alliance intervient dans un contexte de grandes difficultés pour la filière porcine dans de nombreux pays européens, et plus particulièrement en France. « Alors que les importations de viande de porc progressent, particulièrement dans les produits élaborés (UVCI), les exportations, qui progressaient moins vite que les importations, se sont même tassées depuis 2012. Une situation d'autant plus destructrice de valeur que la part des produits bruts dans les ventes à l'étranger augmente, au détriment des produits élaborés », explique le porte-parole d'Avril.

Tönnies, leader allemand de l'abattage annonce 5,6 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2014 et emploie 8 500 personnes. Avril a pour sa part réalisé un chiffre d'affaires de 6,5 milliards d'euros en 2014 avec 7 200 collaborateurs.

(1) Filiale de tonnies spécialisée dans les produits élaborés pour la GMS