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Filière laitière > Toujours en désaccord sur le prix du lait, la filière va plancher sur sa restructuration

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Aucun accord n'est intervenu sur la fixation du prix du lait, lors de la table ronde organisée le 10 février sous l'égide du ministre de l'Agriculture, Hervé Gaymard. Celui-ci a dégagé une première aide de 20 millions d'euros destinée aux exploitants et aux transformateurs et demandé l'élaboration, d'ici juin prochain, d'un programme stratégique, comportant un volet sur la restructuration industrielle.

 

La table ronde à laquelle a été conviée la filière laitière, le 10 février, au ministère de l'Agriculture a été marquée par « une volonté de dialogue», à en croire l'un des participants, sans pour autant aboutir sur l'épineuse question du prix du lait. D'ailleurs celle-ci n'était pas inscrite à l'ordre du jour, fait-on remarquer, même si le ministre n'a pas manqué de l'évoquer à plusieurs reprises. Comme il l'a indiqué à l'issue de la réunion, il a exhorté producteurs et transformateurs à « mettre en œuvre une clause de paix»leur permettant de travailler sereinement. Il a redit son souhait de les voir parvenir à un accord provisoire sur « un prix du lait raisonnable » pour le premier semestre 2004.

Une enveloppe de 20 millions d'euros

La période devra être mise à profit pour creuser l'idée d'une caisse de péréquation en particulier, et surtout élaborer un « programme stratégique » pour la filière sur la base du rapport du Comité permanent de coordination des inspections, remis au ministre le

6 février. Sept groupes de travail seront amenés à plancher sur l'emploi dans la filière, la maîtrise de l'offre en France et dans l'Union européenne, la restructuration industrielle, les allègements de charge et les mises aux normes des exploitations, les relations avec la distribution, la promotion des produits laitiers et la recherche et l'innovation en faveur de nouveaux débouchés. Enfin, parce que la filière doit être « soutenue», Hervé Gaymard a dégagé une « aide immédiate» de 20 millions d'euros, destinée aux exploitants et aux transformateurs, sa répartition devant faire l'objet de nouvelles discussions.

Rechercher de vraies solutions

A l'issue de la table ronde, les professionnels de tous bords laissaient poindre leur déception. Gérard Budin, président du groupe coopératif Sodiaal, soulignait que la responsabilité de la crise actuelle ne revient pas à « l'inefficience des transformateurs, mais aux décisions de Berlin et de Luxembourg, qui changent le cadre général de la production laitière européenne ». Jugeant l'enveloppe de 20 millions d'euros « très faible au regard des enjeux », il confiait aussi que les chantiers proposés par le ministre prendront du temps pour porter leurs fruits et qu'ils n'apportent pas, dans l'immédiat, de solution pour une sortie de crise.

Agir sur la maîtrise de la production au niveau national et à l'échelle européenne est un point positif, reconnaît-il, mais le cœur du problème réside dans les 10 % de la collecte laitière qui sont exportés vers les pays tiers sous forme de produits industriels et de fromages de commodité. Les 28 à 30 % de la collecte française qui sont orientés vers les produits industriels engendrent de fortes pertes dans les comptes des entreprises, qui ont dès lors la tentation légitime, de reconvertir une partie de leur activité dans les produits de grande consommation, constate-t-il. C'est ainsi que la contamination se fait sur l'ensemble du marché, provoquant son déséquilibre. Trouver des solutions à ce problème est difficile, convient Gérard Budin, qui voit dans le système de péréquation un moyen éventuel d'« isoler » ces 28 à 30 % de la collecte. Et le président de Sodiaal de regretter qu'en dépit des alertes brandies dès les négociations sur le prix du lait en janvier 2003, les mois passés n'aient pas été mis à profit pour rechercher des propositions adéquates.

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Une petite fenêtre

Si donc le programme stratégique souhaité par le ministre vise une restructuration de la filière à moyen terme, le problème de la fixation du prix du lait à court terme reste posé. Atla, l'Association des transformateurs, avait recommandé pour le premier trimestre une diminution de 10,7 euros pour 1 000 litres, un niveau de baisse auquel les entreprises se sont globalement conformées puisque la fourchette a oscillé entre 9 et 15 euros sur le terrain. Mais ce n'est là qu'une solution d'attente, car les opérateurs français entendent bien d'ici la fin de l'année rejoindre le seuil de prix pratiqué par leurs concurrents européens. Ceux-ci ont pour certains, en 2003, acheté leur matière première 10 euros de moins pour 1 000 litres, et comptaient bien appliquer une nouvelle baisse sensiblement identique cette année.

S'il n'est pas prévu, pour l'heure, de nouvelle rencontre avec les producteurs de lait qui poursuivent leurs actions contre les laiteries, la Fnil (Fédération national de l'industrie laitière) devait réunir le 12 février son conseil d'administration, tandis que la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières) multiplie les consultations. Cela étant, la Fédération des producteurs ayant proposé l'idée de construire deux indicateurs distincts pour les produits de grande consommation, et pour les produits industriels, les transformateurs se disent prêts à explorer cette voie, qui pourrait constituer « une petite fenêtre » pour la reprise des discussions. D'aucuns s'aventurent même plus loin : compte tenu que la prime de compensation de 12 euros pour 1 000 litres prévue par l'Union européenne sera versée aux producteurs à la fin de 2004 seulement, ils suggèrent que l'enveloppe de 20 millions d'euros promise par le ministre de l'Agriculture puisse être utilisée pour soutenir la trésorerie des exploitants.

En tout cas, une chose semble sûre : la « clause de paix » appelée de ses vœux par Hervé Gaymard ne sera pas obtenue à n'importe quel prix, et certainement pas à un retour à l'ancien système qui aboutirait à un repli du prix du lait de 3,32 euros… une goutte au regard des 19 euros jugés nécessaires par les transformateurs.

Les opérateurs français entendent bien d'ici la fin de l'année rejoindre le seuil de prix pratiqué par leurs concurrents européens