Le premier semestre était mauvais pour les producteurs de porc. Le deuxième semestre s'annonçait meilleur et pouvait même laisser espérer la fin de la crise. Il s'est en fait montré pire que le premier et les cours de fin d'année ont renoué avec les plus bas de la crise précédente qui s'était achevée en 2000. Principalement mis en cause, l'Espagne avait annoncé une forte baisse de production en fin d'année, qui s'est avérée être une forte hausse. Cette incertitude dans les statistiques pose un problème majeur car en privant les éleveurs de perspective, elle peut aussi les priver d'espoir.
La première cotation de l'année, juste au dessus de un euro le kilo, n'était pas satisfaisante pour les éleveurs. Celle de la fin d'année, à 85 centimes, est tout simplement déprimante. La presque totalité de l'année, exceptée la période estivale, a été marquée par des cours bas. Quant aux espoirs de reprise en fin d'année, ils ont été douchés par un plongeon catastrophique pour les éleveurs déjà en difficulté. A ce niveau de prix, plus aucun éleveur ne peut espérer équilibrer ses comptes. Si on considère un prix de revient moyen de 1,35 euro par kilo, les producteurs perdent en moyenne 30 euros par porc vendu. On peut comprendre leur angoisse.
Pourtant, l’embellie estivale avait pu laisser espérer que la crise était passée. Le 11 septembre, la cotation du marché du porc breton avait frôlé 1,3 euro par kilo. Pas de quoi faire bondir de joie les producteurs mais suffisant pour leur redonner espoir. D’autant que, après avoir dû se satisfaire pendant neuf mois d’un porc à un euro, ils voyaient enfin l’horizon s’éclaircir. L’Espagne, deuxième producteur européen, prévoyait une baisse de production de 7% au dernier trimestre. Les Pays-Bas, en pleine restructuration, annonçaient une baisse de 4 à 5%. Sur l’ensemble de l’Union, la baisse de production devait être de 3%. L’ambiance était donc bonne au salon Space de septembre à Rennes chez les producteurs. Jean Pierre Joly, directeur du Marché du porc breton, explique que « s’il avait à l’époque été possible de conclure des contrats à 1,15 euro pour le reste de l’année, beaucoup d’opérateurs auraient signé ».
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Les analystes se sont trompés
Mais le scénario d’une reprise ne s’est pas vérifié. Au lieu de se redresser, les cours sont repartis de plus belle à la baisse. La plancher symbolique de 1 euro a été franchi dès le 9 octobre et celui de 0,9 euro a été crevé le 11 décembre. Une journée noire pour les éleveurs, qui fut suivie d’actions aussi spectaculaires que désespérées.
En fin d’année, période traditionnellement difficile pour le porc, les vendeurs luttaient difficilement pour que les cours ne descendent pas plus bas que 0,85 euro. Un niveau qui rappelle les plus bas de la précédente crise, qui s’est achevée en 2000. Le répit aura duré peu de temps. De toute évidence, les analystes se sont trompés. Jean Pierre Joly estime que « généralement, il existe des erreurs de prévision mais elles se compensent entre pays. Cette fois, les erreurs sont toutes allées dans le sens d’une sous estimation de la production ». Au dernier trimestre, les Pays-Bas n’auraient réduit leur production que de 1%. L’Espagne, deuxième producteur européen, aurait augmenté de 6% au lieu de -7%! L’Allemagne aurait progressé de 5%. Au final, l’erreur au niveau européen serait, selon Jean Pierre Joly, supérieure à 3%. « Comment faire des prévisions dans ces conditions? », s’indigne-t-il. Difficile ainsi de croire que l’Espagne, premier fournisseur de la France, puisse baisser soudainement sa production de 5% au premier trimestre 2004. En l’absence de données fiables, le marché est dans le brouillard et les éleveurs doivent affronter la crise sans savoir combien de temps elle durera. Difficile, d’autant que les Espagnols, dont les coûts de production sont les plus bas en Europe, semblent mieux armés que les autres pour tenir longtemps.