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RELATIONS COMMERCIALES/OBSERVATOIRE DES PRIX ET DES MARGES « Tous les maillons sont fragilisés », selon Philippe Chalmin

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Le rapport 2015 de l'Observatoire des prix et des marges souligne, une fois de plus, le rôle d'amortisseur joué par la transformation et la distribution pour maintenir des prix de détails stables. Philippe Chalmin, président de l'Observatoire, estime que dans ce système, tous les maillons sont fragilisés.

Quelques semaines après l'avis de l'Autorité de la concurrence qui s'inquiétait de la pression sur le prix, exercée sur l'amont, et surtout de ses conséquences, l'édition 2015 du rapport au Parlement de l'Observatoire des prix et des marges (1), présentée à la presse le 21 avril, met en évidence la fragilisation de la production agricole et de certains secteurs de l'agroalimentaire.

Dans ses commentaires (personnels, il tient à le préciser), Philippe Chalmin (1), président de l'Observatoire, estime que « derrière la stabilité des prix à la consommation, tous les maillons sont fragilisés ».

PAUPÉRISATION DES AGRICULTEURS

Philippe Chalmin estime d'ailleurs qu'au printemps 2015, hormis quelques productions, « il n'y a pas un producteur agricole qui puisse dire qu'il couvre l'intégralité de ses coûts de production ». Les difficultés chroniques de l'élevage et celles, plus récentes, des activités de grande culture, posent, à terme, la question de l'avenir du modèle de l'exploitation familiale. « Si nous ne voulons pas basculer dans une agriculture qui soit aux mains d'industriels et d'apporteurs de capitaux, il faut avoir une organisation collective de la production agricole », a d'ailleurs rappelé Stéphane Le Foll en préambule.

SOUS-INVESTISSEMENT CHRONIQUE

Dans la transformation, « des pans entiers des industries agroalimentaires sont fragilisés », estime Philippe Chalmin, qui souligne notamment la faiblesse des marges, et donc le sous-investissement qui en découle, dans le secteur de la viande. Quant à la distribution, « ses rayons alimentaires souffrent du contre-coup des difficultés sur le non-alimentaire », estime Philippe Chalmin. La marge nette négative de certains rayons fait toujours son effet. Mais les péréquations de marges ne sont pas une pratique nouvelle et en l'absence de données plus complètes, tirer des conclusions s'avère difficile. Par ailleurs, si l'année 2014 a permis aux industriels et aux distributeurs de reconstituer leurs marges brutes en 2014 grâce à la détente des matières premières, cela ne signifie pas qu'il en a été de même pour les bénéfices.

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Conclusion : « Il n'y a ni vainqueur, ni vaincu, seulement des blessés, des morts et quelques survivants », a-t-il déclaré, reprenant la formule à l'un des membres de l'Observatoire.

LE CONSOMMATEUR EST LE SEUL À PROFITER DE LA STABILITÉ DES PRIX

Le seul gagnant de la stabilité des prix à la consommation, qui varient peu, quelle que soit l'évolution des coûts à l'amont, est le consommateur. « Mais ses modes de consommation changent et finalement, il ne s'en rend pas compte », souligne Philippe Chalmin. Qui ne conteste pas que la notion de victoire est court-termiste, quand elle menace l'emploi dudit consommateur.

Pour rappel, l'Observatoire des prix et des marges étudie des produits dont le rapport avec la matière première est fort : certains morceaux de viande fraîche, jambon, lait de consommation, yaourt nature, baguette, fruits et légumes, pâtes alimentaires… Pour certains de ces produits toutefois (comme dans le yaourt et surtout le pain), la part de la matière première dans le prix de détail est minime. La coordination du rapport est assurée par FranceAgrimer

(1) Professeur d'histoire économique à l'université Paris-Dauphine

POURQUOI NOUS NE PUBLIONS PAS DE CHIFFRES ISSUS DU RAPPORT

Choisir des chiffres à extraire pour illustrer le rapport de l'Observatoire des prix et des marges n'est pas simple. Il présente l'évolution de la décomposition du prix moyen au détail de quelques produits et des coûts de production agricole associés jusqu'en 2014 (en mêlant les marges brutes de l'aval et le coût d'achat de la matière première). Mais le compte moyen des rayons en GMS est étudié jusqu'en 2013 seulement (et le compte de résultat des entreprises de transformation n'est disponible que jusqu'en 2012). D'autre part, les évolutions diffèrent selon les filières étudiées, voire à l'intérieur même de chaque filière. Nous avons donc choisi, cette année, de ne publier aucun extrait chiffré du rapport. Le rapport est disponible : https: //observatoireprixmarges.franceagrimer.fr