La filière Chia de France vient d’être lancée. Surfant sur la vague des super-aliments et l’essor du made in France, la filière compte passer, à moyen terme, de petite graine à grande filière exportatrice.
Venue d’Amérique du Sud, la graine de chia, aussi appelée « graines des dieux » du fait de ses vertus nutritionnelles, était l’un des aliments de base des Amérindiens, aux environs de 2 500 avant J.-C. Oubliée pendant des siècles, la graine a été redécouverte il y a quelques années et est devenue l’un des aliments fétiches des adeptes de l’alimentation « healthy » (bonne pour la santé) du fait de sa haute teneur en oméga-3. Importée jusqu’à présent d’Amérique de Sud, la graine de chia a désormais sa filière française. Officiellement lancée le 27 juin, « Chia de France », qui ne compte pour l’heure qu’une centaine d’agriculteurs, envisage de devenir une grande filière, et même à terme d’exporter. Car pour les fondateurs de la filière, le marché potentiel est énorme.
Oruro, issue de la sélection variétale
Il aura fallu dix ans d’étude et de tests à la société semencière franco-chilienne Panam pour mettre au point la graine de chia Oruro : une graine adaptée au climat tempéré européen. Lorsqu’elle est semée en France, la graine amérindienne fleurissait trop tardivement (octobre-novembre) et était de fait sujette au gel. Grâce à une méthode de sélection généalogique (qui permet de fixer les caractères en réalisant des croisements sur plusieurs générations selon le Gnis), la société Panam a réussi à créer une variété à floraison précoce, qui peut être récoltée en septembre et octobre, avant les risques de gel. Elle a obtenu l’autorisation européenne de mise en marché en mars 2016.
Bio ou sans résidus de pesticides
Aujourd’hui, une centaine d’agriculteurs produisent des graines de chia, principalement dans les régions de Tours et de Toulouse, pour un rendement moyen d’une tonne par hectare, et une production nationale annuelle de 500 tonnes. La plupart des producteurs sont en bio, et chez les conventionnels, on peut espérer une production de graines de chia sans résidus de pesticides, estime le directeur général de Panam, Frédéric Poujaud. Car la plante, sensible ni aux ravageurs ni aux maladies, ne nécessite pas de traitements. De fait, les agriculteurs en conventionnel n’ont besoin de produits phyto que pour le désherbage avant de semer. La filière compte cependant miser en majorité sur du bio, car la demande des consommateurs, particulièrement pour les « super-aliments », tend définitivement vers le bio.
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L’argument « made in France »
« L’origine France est très demandée », a expliqué Diego Garcia, p.-d.g. de la société Bonabio et administrateur de l’Agence bio. Il estime d’ailleurs que les producteurs français pourraient certainement vendre leurs graines « 2 à 3 fois plus cher que les graines importées ». Les graines en vente sur le marché européen viennt actuellement en majorité du Paraguay, de Bolivie, du Pérou et d’Argentine. Depuis 2016, l’Afrique s’est également mise à la production de chia, l’Ouganda et le Kenya notamment. Les cours restent encore assez volatils, peut-être du fait du caractère récent, et encore un peu rare, du produit. En 2013, le kilo de graines conventionnelles se vendait 10 €, celui de graines bio 14 €. Aujourd’hui, on est passé à 2 €/kg en conventionnel et 3,50 € en bio, selon Diego Garcia. « La production française pourrait favoriser la stabilité des cours », estime-t-il.
Un marché exponentiel ?
La France a tout intérêt à s’imposer comme le producteur de chia européen, pense la filière française. L’Europe importe actuellement 20 000 tonnes de graines chaque année et la demande suit une courbe ascendante. « Si chaque Français consommait 10 grammes de graines chaque jour – soit l’équivalent de 100 % des apports en oméga 3 recommandés –, il faudrait 244 000 tonnes de graines de chia chaque année », selon les calculs de Frédéric Poujaud. Le directeur général de Panam envisage aussi d’exporter dans les pays voisins. Avec un tel raisonnement, il est évident que « la graine de chia ne restera pas un produit de niche ! », conclut-il. La filière « Chia de France », qui a déjà son logo tricolore, compte bien jouer un rôle prépondérant sur le marché.
« La graine de chia ne restera pas un produit de niche ! »