Abonné

Co-existence des cultures Traçabilité : les agriculteurs risquent d’en supporter le coût

- - 4 min

Les futures filières de co-existence OGM / non-OGM vont devoir se plier aux règles de la traçabilité 2005. Or, ceci va entraîner de nombreuses incidences et particulièrement des surcoûts, qui seront, si l’on en croît le docteur Rodolphe de Borchgrave, consultant chez Arcadia, pris en charge par les filières OGM et amortis par les agriculteurs eux-mêmes.

Quels vont être les coûts mis en œuvre pour la coexistence des filières OGM et non-OGM ? Quelles vont être les responsabilités engagées ? Telles étaient certaines des nombreuses questions posées durant la deuxième édition du congrès Traçabilité qui se tenait du 25 au 27 janvier à La Défense, à Paris. A cette occasion étaient réunis des professionnels de l’industrie, de l’alimentaire, de la distribution, de la logistique et de la santé.

Des responsabilités pas encore établies

Les OGM vont devoir se plier comme tous les autres maillons de l’alimentaire aux nouvelles règles européennes sur la traçabilité. Or, la coexistence entre filière OGM et filière non-OGM va créer une situation nouvelle dans le domaine agricole en France. Qui va être responsable en cas de contamination OGM ? Le docteur Rodolphe de Borchgrave, consultant chez Arcadia, explique que d’après des « principes » édictés par Bruxelles, « l a responsabilité, avec tout ce que cela entraîne en termes de conséquences environnementales et économiques, doit être supportée par celui qui introduit le changement ». « Or, ceci peut ne pas être compris de la même manière par tout le monde », indique-t-il. En effet, aux Etats-Unis, ce sont les filières non-OGM qui doivent supporter le coût de la coexistence face à l’emprise du secteur OGM. En Europe, c’est le contraire. A l’heure actuelle, chaque Etat est libre de définir ses propres normes. Si la France n’a pas encore sauté le pas, l’Allemagne a déjà défini un certain nombre de règles. Elle a établi notamment une co-responsabilité des planteurs, et la possibilité pour l’autorité locale, de refuser la plantation d’OGM, si la co-existence n’est pas possible et si le potentiel de contamination est jugé excessif.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Les agriculteurs supporteraient les surcoûts

Les conséquences économiques de la co-existence pourraient être par ailleurs importantes, sur les coûts et l’équilibre des marchés, si l’on en croît Rodolphe de Borchgrave. Qui va supporter les coûts engagés dans la co-existence pour respecter les règles de traçabilité ? Des études ont été menées par Arcadia, d’après des cas observés en Espagne, où co-existent déjà deux filières pour le maïs. Il apparaît clairement que les coûts liés à la traçabilité dans les filières de coexistence OGM/non-OGM sont supérieurs à ceux des filières classiques. L’étude a montré que même si les OGM permettent de réduire sensiblement certaines charges liées aux semences, fertilisants et pesticides, les coûts liés à leur traçabilité (management, contrôles, tests et assurances) réduisent fortement leurs avantages économiques. Le bénéfice net passe ainsi de 146,50 euros / hectare en moyenne pour une filière sans coexistence à 52,2 E / ha pour une filière avec coexistence. L’agriculture se verrait d’ailleurs contrainte par défaut, de supporter les surcoûts liés à la traçabilité de la coexistence OGM/non-OGM. Ces analyses pourraient dissuader les agriculteurs les plus téméraires de se lancer tout de suite dans les OGM. Ce sont encore eux qui décident ce qu’ils mettent dans leurs champs.