Abonné

COOPERATIVE/RAPPROCHEMENT  Triskalia/UKL-Arrée, un mariage de raison

- - 4 min

Le géant coopératif breton Triskalia vient d'officialiser son rapprochement avec UKL-Arrée, une petite coopérative morbihannaise spécialisée en production de volaille de chair. L'opération participe de la restructuration de la volaille-chair en cours en Bretagne.

Le groupe coopératif Triskalia (2,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2014) et la coopérative UKL-Arrée (101 millions d'euros de CA ont officialisé leur rapprochement, la semaine dernière. Les deux entreprises étaient entrées en négociation exclusive en septembre dernier. UKL-Arrée produit uniquement des volailles (dindes, poulets et canards) qu'elle écoule auprès de différents industriels : Doux en poulet export, LDC en poulet métro (marché français) et poulet lourd, différents découpeurs en dinde, etc. À partir du 1er février, UKL-Arrée adhèrera à Triskalia tout en conservant ses structures (142 producteurs sur 255 000 mètres carrés de surface de production et ses débouchés. riskalia disposait dé à d'une filière de production puissante répartie en trois groupements comptant 570 producteurs sur près de 1 million de mètres carrés. Pour le groupe coopératif, l'entrée d'UKL-Arrée revêt différents intérêts stratégiques : pérennité du potentiel de production, débouchés en nutrition animale, développement de l'activité d'accouvage pour l'approvisionnement des élevages en volaille de chair, complémentarité des débouchés industriels.

La filière volaille-chair bretonne connaît depuis de longues années une restructuration continue sous le coup d'épisodes sanitaires comme l'influença aviaire (milieu des années 2000), économiques (fin des restitutions à l'exportation, embargo) ou monétaires. Avec 32,7 % de la volaille-chair française, elle reste puissante bien qu'elle ait perdu le quart de ses exploitations depuis 2006. Aujourd'hui, le nombre d'acteurs industriels majeurs se réduit à Doux, Tilly-Sabco (poulet export), Terrena, LDC et Avril (sachant que Doux est en passe d'être repris par Terrena).

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Triskalia exploite en association avec Euralis l'abattoir-découpe Ronsard (180 millions d'euros de chiffre d'affaires) dans le Morbihan. Mais l'intérêt du rapprochement avec UKL-Arrée se situe avant tout dans la capacité des producteurs bretons de maîtriser leur destin. « Triskalia veut participer à la restructuration en cours dans la filière volaille, explique Dominique Ciccone, directeur-général de Triskalia. Nous poursuivrons cette stratégie s'il y a un intérêt partagé. » Pour le président du groupe coopératif basé à Landerneau (Finistère), « c'est en se regroupant qu'on s'en sortira face à la volatilité des prix des matières premières ».

Avec UKL-Arrée, Triskalia va naturellement bénéficier de débouchés supplémentaires pour son aliment volaille qui représente déjà plus du quart de ses fabrications d'aliments (611 000 tonnes sur 2 millions de tonnes fabriquées dans dix-sept usines). Le groupe va également renforcer ses capacités de production de poussins et canetons d'un jour nécessaires au renouvellement des bandes dans les élevages. Il rachète les couvoirs d'UKL-Arrée et les intègre aux côtés de ses propres couvoirs dans deux structures spécialement créées, Couvéo Poussin et Couvéo Caneton. Triskalia a d'ores et déjà budgété 1 million d'euros de travaux dans le couvoir poussin apporté par UKL-Arrée pour porter sa production de 800 000 poussins à 1,2 million de poussins par semaine. Triskalia Volaille « cherchera des éleveurs de poules reproductrices pour approvisionner le couvoir », précise le groupe. Il s'agit là d'une intégration verticale qui lui permettra de renforcer son sourcing interne et sa capacité à produire dès le démarrage une volaille répondant à la demande. Qu'UKL-Arrée s'adosse à riskalia n'a finalement étonné personne dans le landerneau avicole. Les difficultés de la coopérative morbihannaise, qui travaille beaucoup avec Doux, étaient connues. Le placement en redressement judiciaire de Doux en 2013 avait en effet mis en péril UKL-Arrée dont le passif atteignait 16 millions d'euros. Un accord avec les créanciers a été trouvé et validé devant le tribunal de commerce. « Tout sera soldé au moment de l'entrée de la coopérative dans Triskalia », souligne d'ailleurs le directeur-général de la coopérative.