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Mise en œuvre Trois points de vigilance pour les professionnels

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L’ambition affichée pour la filière forêt-bois par les pouvoirs publics est saluée par les professionnels. Leur raisonnement est compris du gouvernement et les annonces vont dans le bon sens. Mais seul le détail des outils proposés permettra de déterminer si l’action suivra. La filière forêt-bois identifie déjà deux points majeurs de vigilance. D’abord la dotation et les fonctions du fonds stratégique forêt bois. Ensuite, les professionnels craignent que la volonté gouvernementale, clairement tournée vers la transformation du bois, oublie de donner les moyens de le produire. Les écologistes, eux, estiment que le volet durable de la gestion des forêts s’est perdu.

Inquiétudes sur le fonds

Les acteurs des filières forêt et bois saluent la création annoncée d’un fonds stratégique forêt bois, sorte de résurrection du fonds forestier national. Mais tous attendent d’en savoir plus. Les interprofessions, FBF et FBIE, ont chiffré les besoins entre 100 et 200 millions d’euros. Jean-Yves Caullet, président de l’ONF, plus prudent, rappelle : « On a peu de références. Le fonds forestier national fonctionnait avec une trentaine de millions d’euros par an ». Pour lui, l’argent du fonds stratégique aurait facilement « un effet catalytique : même de faibles sommes peuvent avoir des effets importants sur la filière. » Côté ministère de l’Agriculture, l’enveloppe envisagée actuellement avoisine les 15 à 30 millions d’euros. « À peine un dixième des besoins estimés par la profession», résume Laurent Denormandie (France Bois forêt) qui redoute « un tour de passe passe ».
 
D’où viendrait l’argent ?
Opposées à ce que le fonds soit alimenté « par une simple ligne budgétaire » qui serait trop aléatoire d’année en année, les interprofessions avancent plusieurs propositions. Elles espèrent « qu’une partie de la recette des crédits carbone soit redirigée vers le fonds stratégique », au nom du captage par la forêt française de 23% des émissions de CO2 nationales. Stéphane Le Foll y semble – oralement – favorable. Mais dans les faits, aujourd’hui, seule l’agence nationale de l’habitat en bénéficie. Ne pourrait-il pas s’agir « de flécher vers la forêt d’une partie du compte d’affectation spéciale agricole et rural (CASdar), ou de créer un CAS dédié ? » suggère, en s’interrogeant, Jean-Yves Caullet, auteur d’un rapport qui préconisait justement de créer un fonds stratégique.

Mobilisation du bois : trop peu d’outils

Les projets de loi d’avenir et de finances ne proposent pas les moyens suffisants pour « sortir le bois de la forêt », estiment les propriétaires forestiers privés. C’est pourtant à leurs yeux l’enjeu n°1. Un message relativement partagé. Pour répondre à une demande croissante, la forêt française devrait produire davantage de bois. Le ministère de l’Agriculture estime que 20 millions de mètres cubes (Mm3) de bois supplémentaires pourraient être mobilisés, sur les 80 Mm3 que les arbres produisent annuellement, et en comparaison aux 45 Mm3 récoltés chaque année. Deuxième constat commun : il ne faut pas oublier de soutenir la production de bois (replantation de la forêt, aide à la coupe, création d’infrastructures...).
 
Une « contradiction problématique »
« Un plan industriel forêt-bois ne sera viable et pérenne que si un plan de mobilisation du bois l’accompagne ; pour cela, des moyens financiers sont nécessaires. C’est là qu’il y a pour l’instant une contradiction problématique », analyse Laurent Denormandie, président de France Bois forêt. Par ailleurs, « une mobilisation plus importante de bois repose essentiellement sur la forêt privée et notamment la petite propriété, avance Henri Plauche Gillon, président des forestiers privés de France. Or, selon lui, « la proposition de créer des groupements forestiers d’intérêt économique et écologique est clairement insuffisante dans le projet de loi d’avenir en l’état ». Il prévoit en effet de créer un « super-plan de gestion » commun à tous les membres d’un GIEEF. Ce que les propriétaires seraient peu enclins à accepter, au nom de leur indépendance. La fédération travaille sur une contre-proposition, pour passer par une « gestion groupée » plutôt que collectivisée. Pour aider la production en amont, le fonds stratégique est un outil essentiel, mais pour Henri Plauche Gillon, il est lui aussi, très insuffisant en l’état.

L’environnement oublié ?

Pour France Nature environnement, c’est la douche froide. « On ne peut que regretter amèrement que ce qui semble se profiler, c’est uniquement l’identification des massifs forestiers à exploiter davantage, et que la réflexion sur l’équilibre économique, social et environnemental n’apparaît pas dans les projets de loi », pose Julie Marsaud, coordinatrice du réseau Forêt de FNE. Il n’est effectivement guère fait mention de gestion durable de la forêt et en tout cas, rien n’atteste que ce soit un objectif à part entière. « La loi de 2001 avait une orientation forestière. La loi de modernisation de l’agriculture, de 2010 était économique. Cette nouvelle loi semble miser avant tout sur l’industrialisation », déplore FNE. Et ses modalités de mise en œuvre « ne correspondent pas à l’idée que nous nous faisons de la compétitivité ». Autre motif de vigilance de la fédération : le fonds stratégique devra s’accompagner de garanties sur la gouvernance et sur son utilisation, estime Julie Marsaud.

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