Le gouvernement a fixé trois enjeux agricoles majeurs pour les territoires utlramarins : atteindre l’autonomie alimentaire, régler le problème du sucre et cultiver avec moins de phytos.
Le 26 février au Salon de l’agriculture, le délégué interministériel à la transformation agricole des Outre-mer Arnaud Matrenchar a fait le point sur les enjeux de l’agriculture ultra-marine. Il a rappelé qu’une des priorités du gouvernement est de parvenir à l’autonomie alimentaire dans ces territoires. « Je pense qu’on va d’abord aller sur l’autonomie alimentaire en fruits et légumes et sur les denrées animales en produits frais. Une fois cette étape franchie, on verra comment on peut faire le reste du chemin », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse organisée par l’Odeadom. « Certains territoires sont pratiquement déjà à l’autonomie alimentaire en fruits et légumes, je pense à la Guyane et à Mayotte. La Réunion est à peu près à 70 % et les Antilles sont un peu plus loin », a précisé le délégué interministériel. Il reste en revanche « beaucoup de chemin à faire » dans l’autonomie en denrées animales. La Guyane et les Antilles sont en effet « à moins de 10 % voire 5 % » d’autonomie en produits animaux. Quant à la Réunion, si elle est « pratiquement autonome en denrées fraîches » ce n’est pas le cas en produits congelés.
Une solution à trouver pour le sucre
La deuxième priorité du gouvernement est de trouver une solution pérenne pour les producteurs de sucre. « Le marché du sucre a subi un très fort impact dû à la fin des quotas sucriers fin 2017 et les cours sont passés de 600 à 320 € la tonne », a rappelé Arnaud Matrenchard à la presse. D’après lui, trois scénarios sont envisageables. Première possibilité : le statu quo. C’est-à-dire que les exploitants de canne à sucre continuent leurs efforts actuels pour valoriser leur production en sucre, mélasse et bagasse (ndlr le résidu fibreux) et que se développent en parallèle plus d’appellations d’origine et de signes de qualité – comme la création d’une filière sucre de canne bio à la Réunion (voir notre encadré).
Le second scénario consiste à remplacer une partie de la production de canne à sucre par de la canne fibre. Le dernier scénario envisagé est d’opérer une transition totale vers la canne fibre pour que les territoires ultramarins se rapprochent de l’autonomie énergétique. Vu la « sensibilité » du dossier, Arnaud Matrenchard a indiqué que deux études d’impacts menées par l’État et par le Conseil régional de la Réunion sont attendues à ce sujet. « Aujourd’hui on a un débat qui est posé, qui a fait l’objet de comités de transformation agricole qui se sont déjà réunis deux fois à la Réunion les 28 janvier et 20 février », a précisé le délégué. « Il y aura un comité national à niveau de ministres de l’Agriculture et d’Outre-mer, en mars, pour discuter de ce sujet-là. »
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Enfin, la troisième priorité dans l’agenda agricole ultramarin est de diminuer l’utilisation de produits phytosanitaires. « Vous savez qu’il y a des attentes sociétales […] et de toute façon qu’on le veuille ou non, on voit bien que les autorisations de mise sur le marché vont être retirées », a conclu Arnaud Matrenchar en faisant référence au glyphosate, à des herbicides utilisés dans les champs de canne à sucre et à des fongicides utilisés en filière banane.
Remplacer une partie de la production de canne à sucre par de la canne fibre
Carrefour investit dans la création d’une filière sucre de canne bio à la Réunion
Carrefour et la Chambre d’agriculture de la Réunion ont signé un partenariat pour créer une filière sucre de canne bio dans le département ultramarin. Le géant de la distribution s’est engagé à investir 300 000 euros dans une étude de pré-configuration, a indiqué le directeur de marché bio de Carrefour Benoît Soury, le 25 février. Cette étude recouvre trois champs : la construction d’itinéraires de cultures prenant en compte les variations pédoclimatiques (altitude notamment), une analyse de performance économique et une étude préparatoire à la création de l’usine de transformation sucrière. Le responsable de Carrefour estime que les premiers volumes de sucre de canne bio seront produits « pas avant trois ans ». « Si déjà on arrivait à produire 250t, ce serait une première étape », a-t-il ajouté espérant par la suite « tripler ou quadrupler ce volume ». Selon le président de la chambre d’agriculture Frédéric Vienne, deux producteurs de canne à sucre mènent déjà leur culture en bio et 19 autres sont intéressés pour rejoindre le projet de filière. Un projet qui vise notamment à achalander Carrefour en sucre de canne bio pour la vente en vrac et les produits d’épicerie de la marque. La Réunion produit 200 000 t de sucre par an.