Abonné

Trois questions à Catherine Geslain-Lanéelle, directrice exécutive de l’Autorité européenne de sécurité des aliments

- - 4 min

Agra Alimentation : Hier un rapport de la Cour des comptes a estimé que l’EFSA disposait d’un des systèmes les plus avancés en matière de gestion des conflits d’intérêt. Cela devrait réjouir l’EFSA au moment où des préoccupations s’expriment sur un certain nombre de cas supposés relever de conflits d’intérêts qui impliqueraient des agences de l’UE ?
Catherine Geslain-Lanéelle : Aujourd’hui, l’EFSA est sur des sujets importants qui sont l’alimentation, la santé et l’environnement. Il y a un intérêt et une attention du public qui sont très importants et il est satisfaisant de voir que l’audit externe de l’EFSA par Ernst & Young, il y a quelques temps, mais aussi qu’aujourd’hui la Cour des comptes de l’UE reconnaissent qu’il y de bonnes choses qui sont faites du côté de l’EFSA. Notamment que l’on a investi beaucoup de ressources dans l’évaluation des risques de conflit d’intérêts ; cela est très positif mais il reste autant à faire ! Je pense qu’il n’y a pas de place pour l’autosatisfaction, on va lire avec attention le rapport de la Cour des comptes et y apporter nos réponses même si pas mal de travail a déjà été réalisé. L’EFSA ne doit cependant pas s’endormir sur ces bons résultats...Les sciences avancent rapidement et nous obligent à nous adapter constamment...
 
Parmi la série de recommandations préconisées par la Cour des Comptes, quelles sont à votre avis les actions que l’EFSA devrait entreprendre en priorité ?
Je pense d’abord à la question de la gestion des conflits d’intérêts mais il faudrait auparavant que nos experts puissent lire en entier (le rapport de la Cour des Comptes était sorti la veille de l’interview, ndlr) et analyser en profondeur le rapport... Je considère qu’il est nécessaire d’améliorer la transparence du processus d’évaluation des déclarations d’intérêt des experts de l’EFSA parce que, jusqu’ici, on l’a documenté en interne ; ceci afin de permettre à tout un chacun de mieux comprendre ce qui est ou pas un « conflit d’intérêts ». Puis je pense que l’on va s’efforcer de concentrer nos ressources et nos efforts sur les deux catégories de population les plus à risque au sein de l’EFSA : les experts scientifiques et le personnel scientifique. Je vous rappelle aussi que nous avons également les recommandations du Parlement européen à la suite du processus de décharge budgétaire pour l’année 2010 qui a été post-posé par les eurodéputés dans un premier temps (le Parlement a exprimé des préoccupations quant à des conflits d’intérêts concernant la participation présumée de la présidente à l’époque (Diana Banati) du conseil d’administration de l’EFSA au conseil de direction de l’International Life Science Institute (ILSI), un lobby de l’industrie, ndlr). Le Parlement européen en session plénière devrait, je l’espère, voter bientôt en faveur de la décharge budgétaire 2010 de l’EFSA (vote prévu le 23 octobre 2012, ndlr) mais il a assorti son vote d’un certain nombre de recommandations. On va prendre tout cela en compte et, à la fin de 2013, on fera une révision à nouveau de nos règles en matière de gestion des conflits d’intérêts.
 
Une question cette fois sur l’étude de Gilles-Eric Séralini : dans le cas où celui-ci ne vous fournit pas les documents que vous lui avez réclamés dans votre pré-avis sur les résultats de son étude ou bien qu’il pose des conditions difficiles, voire impossibles, à rencontrer, qu’est-ce qui pourrait se passer à votre avis ?
Je n’arrive vraiment pas à l’envisager ! Pour moi on trouvera bien une solution ! Quand on publie une étude dans un journal scientifique sérieux, cela veut dire que l’on est prêt à se soumettre à la question de ses pairs ! Comme vous, j’ai vu à la TV ou lu dans la presse que Gilles-Eric Séralini a posé des conditions et qu’il voudrait que l’EFSA rende publiques les données du maïs OGM NK 603 en contrepartie, pour nous ce n’est pas un problème ! On a déjà donné accès à ces documents à six organisations entre 2006 et 2011. Donc si monsieur Séralini souhaite ces données il suffit tout simplement qu’il en fasse la demande !

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Cour des comptes
Suivi
Suivre