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Trois questions à Olivier Labasse, délégué général du Conseil national de l’emballage (CNE) « Mieux concevoir et produire, mieux consommer »

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Agra Industrie : L’étude sur la prévention des déchets ménagers évoque l’arrivée à un « point critique » de la réduction des emballages à la source. Qu’en est-il ? Le CNE continue-t-il à diffuser un catalogue d’aide à la réduction des emballages pour les entreprises ?

Olivier Labasse : Tout d’abord, je voudrais dire que cette étude est une première européenne. Elle est à ce jour la seule qui permette d’identifier l’influence de tous les facteurs qui interviennent sur l’évolution des tonnages d’emballages et, partant, de mesurer l’impact de la réduction à la source des emballages. Elle porte sur huit marchés de produits de grande consommation bien connus des consommateurs, qui représentent 30 % des tonnages d’emballages utilisés par les ménages. Le décret européen de 1994 transposé en droit français en 1998 fait obligation aux industriels de réduire les emballages de leurs produits à la source, jusqu’à l’atteinte d’un point critique au-delà duquel un allègement supplémentaire remettrait en cause leurs fonctionnalités. Entre 1997 et 2000, le tonnage des emballages des huit marchés a baissé de 2 % puis s’est amenuisé de 1 % entre 2000 et 2003. Les technologies évoluent encore et les industriels continuent à faire des efforts.

Quant à notre catalogue, il est disponible en version électronique sur Internet, remise à jour régulièrement. Depuis le 1er catalogue réalisé en 1996 sous l’égide du ministère de l’Environnement, 206 cas exemplaires de réduction à la source du poids des emballages ont été analysés et sélectionnés. On pourrait considérer que ces cas sont les bons élèves de la classe et qu’ils masquent d’autres réalisations moins flatteuses. L’étude Mieux produire, mieux consommer : la prévention des déchets d’emballageconduite en partenariat avec l’Ademe, Adelphe, Eco-Emballages et une cinquantaine d’entreprises et d’organisations professionnelles, vient relativiser cette idée puisque ce sont des marchés qui ont été analysés, et non des couples produit-emballage sélectionnés. Elle montre que le découplage préconisé par l’Union européenne entre la progression du PIB et celle des quantités de déchets générés commence à être observé en France dans le domaine des emballages ménagers.

Agra Industrie : L’étude parle de responsabiliser le consommateur au problème de l’emballage. Est-ce chose facile ? Quelles sont les solutions envisagées pour le faire réagir ?

Olivier Labasse : Dans les faits, la prévention des emballages ne peut être mise en œuvre de façon durable que si l’ensemble des acteurs s’implique. Il s’agit de mieux concevoir et produire, mais aussi de mieux consommer. A titre d’exemple, les éco-recharges de lessive qui représentaient 20 % du marché en 1997 ne représentent plus que 4 % des achats en 2003. C’est peu. C’est pourquoi à la demande de ses adhérents associatifs, le CNE a engagé un travail, difficile mais prometteur, sur les meilleures pratiques de consommation. Il s’agit avant tout d’informer les consommateurs. Pour plus d’efficacité, nous privilégions les actions sur les lieux de vente autour du message : « Consommons responsable ». Nous avons travaillé avec l’enseigne Carrefour en 2003, et avec Monoprix dernièrement, lors de la semaine du développement durable, à des actions de sensibilisation.

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Agra Industrie : Lors du colloque de l’Ania sur les emballages, les industriels ont manifesté leur crainte de voir apparaître un système de gestion des déchets à l’allemande, et notamment la consigne. Cette crainte t-elle fondée ? Que pensez-vous du système allemand ?

Olivier Labasse : Je souhaite préciser que le CNE a participé à la réunion mais que je n’étais pas partie prenante dans le débat portant sur ce point. Il est vrai qu’en Allemagne, sous la pression d’élus « verts », il avait été décidé il y a plusieurs années que si l’on constatait un dérapage de la croissance des emballages « un usage » par rapport à un objectif préalablement fixé, un système de consigne serait mis en place automatiquement pour ne pas dépasser le seuil fixé. C’est ce qui s’est passé avec les conséquences négatives et la cacophonie que l’on sait, par absence totale de préparation, de concertation, de logique économique et de rationalité environnementale ; des emballages de boissons non réutilisables ont été consignés, des références ont été supprimées dans les assortiments, le choix des consommateurs a été réduit. C’est l’exemple à ne pas suivre.

Votre question fait peut-être aussi référence à la norme CEN sur la réutilisation (NF EN 13429), dans le cadre de l’évaluation de la conformité des emballages conçus pour être réutilisables. Pour mieux comprendre, je suggère à vos lecteurs de se reporter à la directive européenne 94/62/CE, transposée en droit français par le décret 98/638, aux normes CEN en vigueur, ou au guide d’application que le CNE a édité avec le Clife, en liaison avec la FCD, l’Ilec et Interfilière de matériaux.