Dans une conférence de presse tenue le 10 janvier à Paris, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir estime que l’avantage fiscal dont bénéficient les biocarburants est trop élevé et que le gouvernement devrait envisager d’importer de l’éthanol du Brésil, au motif qu’il est moins cher et qu’il serait plus écologique à produire.
Les biocarburants fabriqués en France sont trop coûteux en défiscalisation, estiment les dirigeants de l’UFC-Que Choisir. Selon eux, l’État se privera d’une ressource fiscale de 1,2 milliard d’euros en 2010, reprenant les objections qui étaient avancées dans les années 1990 par les pétroliers. Depuis 2002-2003, les pouvoirs publics ont intégré le fait que la production de biocarburants génère une ressource fiscale supplémentaire, par l’activité nouvelle qu’elle représente.
L’argent public n’est pas mis là où il le faut
Au bout du compte, interrogés par la presse, les dirigeants de l’UFC-Que Choisir admettent que, finalement, la défiscalisation des biocarburants n’est pas une perte sèche pour les finances publiques, en raison du retour des taxes induites par l’industrie des biocarburants. Le problème est surtout, selon eux, que l’argent public est trop investi dans les biocarburants et pas assez dans d’autres secteurs, comme les transports en commun. « C’est un vrai débat keynésien », a commenté François Carlier, directeur adjoint des études. L’enveloppe de défiscalisation équivaut à un tiers de la somme nécessaire pour une « véritable » politique de transports en commun, a-t-il estimé. Pour lui il faut « déplacer le curseur», c’est-à-dire réduire l’avantage fiscal accordé aux filières de biocarburants.
L’UFC demande au gouvernement de diviser par deux cet avantage fiscal, surtout celui dont bénéficie l’éthanol à base de céréales et de betteraves. Elle s’en est pris à la TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes) sur les carburants fossiles, qui pourrait renchérir de 5 centimes par litre en 2010 le carburant à la pompe s’il ne contient pas de biocarburants.
Mais comment assurer la pérennité des industries de biocarburants, si l’incitation conçue pour les lancer est supprimée ? La politique industrielle et agricole ainsi que celle de l’emploi n’est pas la priorité de l’association. « Ce n’est pas notre casquette principale, nous sommes là avant tout pour défendre les consommateurs », a rappelé Jacques Adam, administrateur de l’UFC, chargé des biocarburants.
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L’UFC-Que Choisir demande des importations d’éthanol brésilien
Les dirigeants de l’UFC-Que Choisir ont demandé à plusieurs reprises que le gouvernement « envisage sérieusement d’importer de l’éthanol du Brésil », au motif qu’il est moins cher et qu’il serait plus écologique à produire. Ils ont assuré que les plantations brésiliennes de canne à sucre ne se font pas au détriment de la forêt. Quant à la compétitivité de l’éthanol brésilien, elle serait due en grande partie au fait que l’industrie valorise la plante entière (la bagasse sert de combustible aux usines), ce que ne fait pas (encore) l’industrie de l’éthanol de céréales et de betteraves. Les différences de salaires font le reste.
L’association appelle de ses vœux l’arrivée des biocarburants de deuxième génération, qui seront produits massivement à partir de sous-produits comme la paille et le bois, qui n’entrent pas en compétition avec les cultures alimentaires.
L’association demande un nouveau débat. « Le gouvernement doit sortir de son aveuglement», a déclaré son président Alain Bazot. Elle demande au gouvernement d’organiser une conférence scientifique « qui mette un terme à la cacophonie actuelle». Elle s’étonne que les différents bilans économiques, écologiques et énergétiques, menés entre autres par l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et l’Inra, n’aboutissent pas aux mêmes conclusions.