Si la législation européenne sur l’utilisation durable des pesticides va formaliser les mesures à prendre, un certain nombre de pays se sont déjà lancés dans des programmes de réduction des pesticides. C’est le cas de l’Allemagne ou des Pays-Bas, mais également du Danemark, qui a particulièrement réfléchi à la question des indicateurs.
Des mesures pour « réduire l’impact des pesticides sur la santé humaine et sur l’environnement tout en assurant la protection nécessaire des cultures ». Voilà ce que propose la directive relative à l’utilisation durable des pesticides. Concrètement, « les Etats membres devront établir des plans d’actions nationaux adaptés à leur situation », a expliqué Dimitri Giotakos, membre du cabinet du commissaire européen à l’Environnement, le 25 novembre lors du colloque sur l’agriculture durable et les pesticides organisé à Paris par la présidence française de l’union. « Ces plans seront la pierre angulaire de la directive cadre ». Le plan Ecophyto 2018 produit par la France dans le prolongement du Grenelle de l’environnement s’inscrit complètement dans cette logique. « Il nous semble être un bon exemple de plan national », confirme Dimitri Giotakos. Rappelons qu’il se donne un objectif chiffré de 50 % de réduction des utilisations de produits phytos sur dix ans « si possible », qu’il s’intéresse, entre autres, à la formation des agriculteurs et des conseillers, à la recherche et à l’épidémio-surveillance.
Diminuer les volumes ne suffit pas
Mais d’autres pays ont mis les pieds dans les starting-blocks bien avant la France. Entre 1987 et 1993, l’Allemagne a cherché une première fois à réduire de moitié les ventes de produits phytos. « Nous avons constaté que les quantités ont diminué mais que les risques ont augmenté », observe Wolfgang Zornbach, directeur adjoint de la protection des végétaux au ministère de l’Agriculture allemand, le 25 novembre. L’épineuse question des indicateurs, que la France n’a pas encore su résoudre, s’est posée. Le pays a travaillé sur le Synops, basé sur des travaux de l’OCDE. Grâce à des modèles, il permet de mesurer les changements concernant les risques pour les systèmes aquatiques et terrestres. « Il faut réduire les utilisations mais surtout diminuer les risques,signale Wolfgang Zornbach. Baisser de moitié les volumes n’est pas l’objectif essentiel ». En 2002, l’Allemagne a lancé une réflexion qui a abouti, en 2004, à la mise au point d’un « programme de réduction des produits de protection des plantes ». Elle l’a révisé depuis, pour publier le 10 avril dernier « un plan d’action national pour une utilisation durable des produits de protection des plantes ».
Mesures particulières pour les « points chauds »
Le gouvernement allemand mise notamment sur la création de zones tampons, sur la réduction des applications et sur la diminution des produits qui laissent beaucoup de résidus. Il propose d’utiliser l’indice de fréquence de traitement (IFT) comme un « indicateur de déclenchement ». « Si un agriculteur dépasse la moyenne, il faut qu’il demande conseil à son agent de vulgarisation », note Wolfgang Zornbach. Même chose s’il passe sous cette moyenne, d’ailleurs, estime le spécialiste. Pour les « points chauds », comme la zone agricole située près de Hambourg, où la production fruitière est importante de même que les ressources en eau, des mesures spécifiques sont mises en place avec les pouvoirs locaux. Plus généralement, l’Allemagne envisage un dispositif de communication : « Nous allons lancer une page web qui montrera les résultats de ce plan d’action et les tendances, sur la réduction des pesticides, les LMR,précise Wolfgang Zornbach. Cette page sera très complète et les informations importantes seront accessibles à tous ».
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Miser sur la concertation
Aux Pays-Bas également, le sujet ne date pas d’hier. Un premier plan d’action national a été mis en place entre 1990 et 2000. « Dans un pays où l’eau est très importante, on s’est intéressé au problème des agents de désinfection des sols, très utilisés par les agriculteurs en fleurs et en pommes de terre », explique Cees Veerman, professeur à l’université de Wageningen. Un demi-échec : si les agriculteurs ont réussi à réduire de 50 % leurs utilisations, cela n’a pas suffit à convaincre les ONG, qui ont redoublé leurs pressions. « Le gouvernement a compris qu’imposer une réglementation n’était pas efficace », explique le professeur. Précurseur du Grenelle de l’environnement français, un grand débat s’est organisé entre les ONG, les pouvoirs publics et les agriculteurs. Et en 2004, le pays s’est donné l’objectif ambitieux de réduire de 95 % les effets des pesticides sur l’environnement d’ici 2010. Un programme de recherche sur les cultures intégrées s’est monté, financé par le ministère de l’Agriculture et des organismes privés, et dirigé par les associations d’agriculteurs.
Une directive applicable en 2014
« Le fondement de notre approche était la confiance dans la coopération », analyse Cees Veerman, qui était ministre de l’Agriculture à l’époque. Il est plutôt satisfait : « C’est une stratégie où chacun a pu assumer sa part de responsabilité et cela a donné de bons résultats ».
La diversité de ces expériences montre bien que les Vingt-sept pays sont loin d’en être tous au même point. « Nous n’avons pas encore de plan d’action », remarque par exemple Artur Laczynski, du service national de santé du végétal et d’inspection des graines en Pologne. La directive laissera du temps aux uns et aux autres : ce n’est qu’en 2014 qu’elle devra être été adoptée dans toute l’Europe.