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Questions à Xavier Riescher, directeur général du Groupe Panzani « Trouver un équilibre entre la préservation du pouvoir d’achat et celle du tissu industriel »

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L’Etat a une grande responsabilité, estime Xavier Riescher, directeur général du Groupe Panzani : « Trouver un équilibre entre la préservation du pouvoir d’achat et celle du tissu industriel. » Faut-il payer plus cher les salariés pour maintenir les pouvoirs d’achat ou au contraire privilégier les investissements des entreprises ? Un enjeu d’autant plus grand pour une entreprise comme Panzani dont le DG affirme que le principal levier de croissance est l’innovation. Suite des interviews préparées dans le cadre du prochain rendez-vous de l’agro-alimentaire Agrofinance le 26 novembre.

Agra Alimentation : Panzani investit 36 millions d’euros dans la construction de sa neuvième usine en France. Il y a donc encore des opportunités de croissance pour l’industrie alimentaire française ?
Il s’agit d’une usine de fabrication de plats cuisinés frais qui complètera nos deux sites de pâtes fraîches de la région lyonnaise. Le frais est un marché porteur et soutenu par des innovations de rupture, telles les boîtes-repas. Il a très bonne image auprès des consommateurs, en termes gustatifs, de praticité et de rapport qualité-prix, ce qui explique qu’il prenne à la fois sur le fait-maison et sur la consommation hors-domicile. De plus, c’est un marché de PME très atomisé. Les « entreprises de taille intermédiaire », catégorie à laquelle nous appartenons, y ont donc leur carte à jouer. Avec nos 650 millions d’euros de chiffre d’affaires, nous avons les moyens d’innover et d’être efficaces en marketing et communication. D’une manière générale, l’innovation – avec un focus sur le frais – est notre premier levier de croissance. Sans révolutionner le marché, nous développons nos concepts transversalement. Par exemple, après le riz puis les gnocchis à poêler, nous lancerons prochainement des pommes noisette au rayon frais.

L’export est-il un autre relais de croissance ?
L’export représente pour Panzani un volume limité – 25 000 tonnes sur un total de 500 000 – mais nous y connaissons une hausse à deux chiffres. Nous avons une présence internationale un peu « ciselée » car nous privilégions les pays où nous sommes numéro un, comme la République tchèque, l’Estonie ou le Maroc. Nous devons rester sélectifs car le marché mondial des pâtes est en surcapacité.
Quels sont les risques les plus importants pour votre activité ?
Les volumes étant en berne, la menace d’une guerre des prix dans la distribution est réelle et elle pourrait entraîner une réduction des investissements industriels. La Loi de modernisation de l’économie accentue le risque d’une spirale négative car elle agit comme un accélérateur : de croissance, quand la consommation progresse, de décroissance quand elle régresse. L’autre grand danger vient des énormes fluctuations et de l’absence totale de lisibilité sur les cours des matières premières. Quand l’équivalent de 90 % de la récolte nationale de blé dur s’échange en une semaine sur le marché à terme français, ce n’est pas gérable ! Face à ces incertitudes, les réponses résident d’une part dans la force de la marque, d’autre part dans la diversification géographique et de métiers, pour contrebalancer les risques.

Qu’attendez-vous des pouvoirs publics ?
Il leur revient de mener un vrai débat sur l’équilibre entre pouvoir d’achat et investissements industriels, et sur les mesures permettant de concilier les deux. Le consommateur est d’abord un salarié. Qu’est-ce qui est préférable, payer un peu plus cher et préserver son emploi, ou l’inverse ? L’enjeu est énorme. Concernant l’alimentaire, il a non seulement des conséquences en matière d’exportation et d’emplois, mais aussi sur le maillage du territoire.

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