Les sociaux-démocrates du Parlement européen préparent une demande officielle pour un débat public sur le TTIP (Traité transatlantique pour un partenariat pour le commerce et l'investissement). Selon eux, des documents confidentiels prévoiraient que, sur demande des autorités américaines, la Commission européenne serait prête à accepter de faire traiter chimiquement les carcasses de poulet pour combattre les intoxications alimentaires. Une concession supplémentaire inacceptable aux yeux de ces eurodéputés.
« Tremper le poulet dans des solutions acides est une concession de plus faite aux États-Unis qui utilisent le rinçage chimique à grande échelle dans leurs usines de volaille », s'insurge le socialiste belge Marc Tarabella, qui a fait un large écho de cette affaire auprès du public. Il y a quelques semaines, rappelle-t-il, le ministère de l'Agriculture américain rendait public le rapport jaugeant les bénéfices potentiels du TTIP et concluait que le secteur agricole européen en serait le grand perdant. « Aujourd'hui, on apprend dans d'autres documents confidentiels que la Commission serait officiellement prête à encourager l'Europe à nettoyer ses carcasses de poulets à l'aide de produits chimiques et justifierait cette position par sa volonté de combattre les intoxications alimentaires provoquées par le campylobacter ». Une justification peu convaincante, d'après l'eurodéputé belge, dans la mesure où, précise-t-il, d'abord cette bactérie est présente dans la majorité des cas sur des poulets vivants et non pas des carcasses et ensuite que cette façon de faire permet de déresponsabiliser les différents acteurs, éleveurs ou employés d'usines de volailles ou, à tout le moins, à faire baisser leur niveau de vigilance. Marc Tarabella fait observer par ailleurs que les rinçages chimiques des poulets n'ont qu'une faible efficacité, car combattre le campylobacter doit, selon lui, se faire en amont, dès la ferme, en utilisant toutes les mesures préventives nécessaires. Il rappelle que près de 90% des Européens ont exprimé leur refus de consommer des viandes traitées avec des produits chimiques. « Je partage totalement cet avis et compte bien le défendre » a insisté le député socialiste. Dans une lettre adressée au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker et deux autres aux commissaires européens à l'agriculture, Phil Hogan, et au commerce international, Cecilia Malmström, il a attiré leur attention sur cette affaire et a réclamé la tenue d'une audition publique sur les négociations en cours entre l'UE et les Etats-Unis. Marc Tarabella a indiqué à Agra Alimentation que la réponse du président Juncker et des deux commissaires européens « est en cours d'élaboration du côté de la Commission ». Il a précisé que « nous aviserons ensuite du format de l'audition à organiser sur les négociations du TTIP car nous tenons à un débat public sur ces questions précises ».
UN DÉBAT PUBLIC PAS AVANT FIN LE MOIS DE MARS 2016
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Un éventuel débat public, ou une audition publique, ne serait de toutes les façons pas possible avant la réunion des commissions de l'agriculture et du commerce international du Parlement européen. « Cela dépendra de la volonté des différents partis politiques de tenir ou pas un débat sur le TTIP », a indiqué le porte-parole de Marc Tarabella. Selon lui, seule une partie des sociaux-démocrates ainsi qu'une majorité des Verts et de la gauche unitaire seraient en faveur de la tenue d'un débat public sur le TTIP. En revanche, la grande majorité des membres du PPE serait en faveur de la poursuite des négociations UE/Etats-Unis dans les conditions actuelles tandis que ceux de l'ALDE (libéraux) seraient encore hésitants.