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Méditerranée Tunisie : le lait, un colosse aux pieds d'argile

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La Tunisie est auto suffisante en lait, mais au prix d'importations massives de céréales et d'un manque de développement de sa filière viande rouge.

POUR répondre à l'augmentation de la demande interne en lait, la Tunisie a réussi à augmenter sa production pour être autosuffisante. « Le pays est autosuffisant en lait, mais pas en viande », analyse Fabien Champion, chef de projet Economie à l'Institut de l'élevage. Le marché de la viande « dépend beaucoup de l'import d'animaux vivants » et « des marchés laitiers : aujourd'hui, avec un bon prix du lait, il y a une rétention des vaches », développe-t-il.

« Mais le secteur laitier est un colosse aux pieds d'argile », tempère Karim Daoud, vice-président du syndicat des agriculteurs de Tunisie. « La production est basée sur des céréales totalement importées, et il y a eu une erreur en ne développant pas du tout la filière viande bovine », argumente-t-il. Et encore, « le devenir de la filière laitière est plus qu'incertain à cause de la course à la monoculture ». Karim Daoud suggère donc de « développer une stratégie de production fourragère ambitieuse, avec une rotation des cultures », et de « se désengager de la holsteinisation », car l'utilisation massive des prim'holstein, dont le potentiel ne peut pas être exploité en Tunisie, a freiné le développement de races rustiques.

Augmenter la production et favoriser les échanges

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Jean-Pierre Langlois, président de France Export céréales, affirme que, pour exporter vers la Méditéranée, « la filière céréalière française doit développer son offre, car nous avons un problème par rapport à la teneur en protéines de nos blés ». Des importations de céréales utilisées principalement pour l'alimentation humaine, mais dont dépend aussi l'élevage. « Il faut également développer une production locale, avec un prix plus élevé que le marché mondial pour inciter les producteurs. C'est ce qu'a fait l'Union européenne avec succès », ajoute Jean-Pierre Langlois.

Pourtant, « il n'y a pas d'autonomie céréalière méditerranéenne possible, d'où l'importance des échanges », rappelle Sébastien Abis, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

« On ne peut pas imaginer nourrir la Méditerranée avec sa propre production », confirme Jean-Louis Rastoin, expert à l'institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed). « Mais il faut développer la production et favoriser les échanges », affirme-t-il. « Il n'y a que par l'agriculture familiale que l'on pourra relever le défi de l'emploi en agriculture. Si nous laissons le champ libre à l'agriculture de firme, à la moindre crise les capitaux vont se désengager et nous auront de très gros problèmes en Méditerranée », conclut Jean-Louis Rastoin.