Depuis que l’UE a décidé d’inscrire le 29 mars le fromage chypriote halloumi au registre des appellations d’origine protégées, l’industrie laitière australienne a exprimé ses plus vives inquiétudes de voir ce produit être répertorié comme IG dans le cadre de l’accord commercial en cours de négociation entre l’UE et l’Australie.
Alors que les négociations commerciales entre l’UE et l’Australie avancent de façon constructive sur de nombreux chapitres, l’industrie laitière australienne tire la sonnette d’alarme depuis que Bruxelles a décidé le 29 mars d’inscrire le fromage chypriote halloumi au registre des appellations d’origine protégées de l’UE. « Son adoption officielle et sa publication sont attendues pour la mi-avril », précise l’UE. Cette démarche qui confère maintenant à Chypre l’exclusivité de sa production, interdit aux producteurs de fromage situés en dehors de l’île de commercialiser leurs produits sous ce nom. Une décision qui selon le Conseil australien de l’industrie laitière (ADIC) pourrait coûter aux produits locaux plus de 650 Mio $, sur la base de la valeur globale de leurs ventes. Des conséquences pour le secteur qui pourront être encore plus importantes dans le cas où l’UE décide d’intégrer le fromage halloumi dans la liste des indications protégées dans le cadre de l’accord commercial UE/Australie en cours de négociations. Ce qui n’est pas le cas pour l’instant.
Opposition de l’industrie laitière australienne
Pour Terry Richardson, président du Conseil australien de l’industrie laitière, « l’UE avait déjà dressé une liste de demandes déraisonnables visant à empêcher les fabricants de fromage australiens d’utiliser des noms de fromage courants. Maintenant, ils ont ouvert la possibilité d’ajouter le halloumi à cette liste une fois l’accord finalisé et cela va tout simplement trop loin. Nous devons empêcher cet accord de libre-échange de permettre à l’UE de s’emparer de nos noms de fromage ». De son côté, le directeur général de la Fédération nationale des agriculteurs, Tony Mahar, a indiqué qu’« il s’agissait d’un résultat négatif pour les agriculteurs, les transformateurs et les consommateurs australiens qui risquent désormais de voir leurs choix de consommation inutilement limités par la bureaucratie européenne ». Au regard de ces inquiétudes, le ministre du Commerce australien, Dan Tehan, a confirmé que « l’UE n’avait pas demandé à l’Australie de protéger le nom du fromage dans le cadre des négociations ». Et il précise qu’« aucune mesure ne sera prise pour toute demande future d’indication géographique sans que le gouvernement ne travaille d’abord avec l’industrie laitière ».
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Des négociations constructives et en progrès
Malgré cette opposition manifeste, les négociateurs de l’UE et de l’Australie ont réalisé lors du 10e cycle des négociations (du 9 au 19 mars) des avancées majeures sur différents chapitres, indique dans son compte rendu la Commission européenne. Ils ont notamment réussi à un accord provisoire concernant les règles d’origine spécifiques par produit pour les produits agricoles et les produits agricoles transformés. Sur le sujet controversé des indications géographiques (IG), des progrès ont été enregistrés sur la question des conflits portant sur les noms des IG de l’UE en raison d’utilisations antérieures. Concernant le chapitre lié aux mesures sanitaires et phytosanitaires et bien-être animal, les discussions se sont poursuivies sur les articles encore ouverts portant à la fois sur la certification, le bien-être animal, la transparence et la robustesse de l’évaluation des risques pour les approbations, et les systèmes alimentaires durables.
En matière de recours commerciaux, les négociateurs ont discuté des quelques questions encore ouvertes, en particulier concernant la clause de sauvegarde bilatérale, qui est liée aux progrès futurs sur les offres d’accès au marché. Les négociateurs ont aussi réalisé de nombreux progrès concernant la consolidation du texte lié au chapitre sur le Commerce et développement durable. Enfin, les deux parties ont continué à discuter des propositions de l’UE sur le commerce et le climat. Les deux parties pourront approfondir leurs pourparlers à l’occasion du prochain cycle de négociations prévu provisoirement en juin prochain.