Le règlement de la Commission de Bruxelles retirant à vingt établissements brésiliens, dont dix de transformation de la volaille et un de la viande bovine, l’autorisation pour exporter vers l’UE, en raison d’un « risque pour la santé publique », a été publié au Journal officiel de l’Union le 14 mai (1). Dans une tribune publiée le 29 avril par le quotidien Folha de S.Paulo, le ministre brésilien de l’agriculture, Blairo Maggi, avait affirmé que les Européens « utilisent des mesures sanitaires […] avec l’objectif de dresser une barrière commerciale illégale et de se soustraire à une décision de l’OMC », et appelé à l’ouverture d’une procédure devant l’organisation mondiale.
Par la voix de leur secrétaire général, Pekka Pesonen, les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont réagi, affirmant que l’Union « dispose d’un très bon dossier car de nombreux problèmes ont été détectés là-bas et des mesures devaient être prises ». Et ajoutant que « les producteurs de viande de volaille européens doivent se conformer à des normes très élevées en matière de bien-être animal, de sûreté alimentaire et de protection de l’environnement ».
Les eurodéputés qui ont effectué du 2 au 5 avril une mission au Brésil pour s’informer sur la situation sanitaire du secteur de la viande après les scandales dévoilés dans ce pays ont présenté le 16 mai leur rapport de mission – très factuel – à l’ensemble des membres de la commission de l’agriculture du Parlement européen (2).
Au Mato Grosso, ils ont visité l’abattoir de Minerva Foods à Cuiaba, qui traite plus de 1 000 têtes de bétail par jour. Cette entreprise est implantée sur 26 sites, dont 3 spécialisés dans la transformation, ainsi que 14 centres de distribution, elle produit la certification bio pour le marché européen et exporte vers une centaine de pays.
À l’issue de cette visite, les parlementaires se sont inquiétés « du suivi à chaque étape de production », souligne leur rapport. « Après avoir entendu les représentants de Minerva, il est apparu clairement que le Brésil n’a pas les mêmes normes de traçabilité que les producteurs de l’UE ».
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« Alors qu’en Europe les abattoirs doivent conserver les enregistrements de chaque animal abattu, ce n’est pas le cas chez Minerva où les enregistrements ne sont conservés que pour les animaux abattus en lots », précisent les eurodéputés. « Résultat : alors qu’ils peuvent tracer un lot de viande vers un ou plusieurs points d’abattage sur une seule journée, la viande ne peut être retracée vers l’exploitation individuelle d’où provient la viande ».
À Brasilia, la mission parlementaire a eu notamment un entretien avec Blairo Maggi. Ministre brésilien de l’agriculture depuis mai 2016 et propriétaire du groupe Amaggi, premier producteur privé mondial de soja, celui-ci a été formellement accusé le 2 mai par le parquet d’avoir orchestré un système de corruption en 2009, alors qu’il était gouverneur de l’État du Mato Grosso. Ce qu’il nie. En tant que membre du gouvernement, Blairo Maggi ne peut être jugé que si la Cour suprême donne son feu vert.
(1) Voir n° 3641 du 23/04/18 et n° 3643-3644 du 07/05/18
(2) Voir n° 3640 du 16/04/18