Le Brésil a de nouveau autorisé la reprise des exportations vers l’UE de volaille provenant d’unités de production soumises à embargo, mais redoute une interdiction d’importation européenne. En attendant, les industriels et le négoce de la volaille de l’UE s’indignent que les eurodéputés partis au Brésil début avril pour s’informer sur les conditions de production et le contrôle de la viande dans ce pays n’aient pas pris en considération leur secteur. Un « malentendu », selon le Parlement européen.
Le ministère brésilien de l’agriculture a annoncé le 18 avril que le plus important transformateur de volaille du pays, BRF, objet d’une enquête pour fraude, était autorisé à reprendre ses activités dans neuf établissements dont il avait suspendu mi-mars la certification pour l’exportation dans l’UE. Une décision prise, a-t-il précisé, alors que « l’Europe a fait état d’un retrait d’autorisation pour ces abattoirs, mais manque de raisons techniques pour agir ainsi » (1).
Le Brésil s’efforcera de faire appel devant l’OMC si ce retrait devait être confirmé par Bruxelles, a averti le ministre de l’agriculture, Blairo Maggi. L’État de Santa Catarina, dans le sud du pays, où se trouvent trois des établissements concernés, dirige 15 % de ses exportations de poulet vers l’UE, pour un montant qui, selon lui, a atteint 365 millions $ en 2017.
Les transformateurs et le commerce européens « stupéfaits »
La volaille brésilienne a aussi provoqué des tensions entre le Parlement européen et l’Association des transformateurs et du commerce de la volaille de l’UE (a.v.e.c.). Celle-ci est « stupéfaite » que son secteur, contrairement à celui de la viande bovine, ait été, selon elle, « exclu » du programme de visites des onze eurodéputés de la commission de l’agriculture partis début avril au Brésil pour s’informer sur le fonctionnement et le contrôle sanitaire du secteur de la viande dans ce pays, théâtre de plusieurs scandales (2).
Dans une lettre signée de son président, Paul Lopez, et adressée au président de l’Assemblée européenne, Antonio Tajani, aux chefs des groupes politiques et au président de la commission parlementaire concernée, Czesław Adam Siekierski, l’a.v.e.c. en tire « la conclusion que le Parlement, de même que la Commission (de Bruxelles), ne fait pas grand cas de l’aviculture européenne, dans le contexte des négociations bilatérales avec le Mercosur et de la gestion des licences d’importation ». Et elle va jusqu’à se demander « quels sont les intérêts, à l’exclusion de ceux du secteur de la volaille et des citoyens consommateurs, que défendent (les deux institutions) », alors que, rappelle-t-elle, dans ces négociations, Bruxelles a offert un contingent tarifaire d’importation de 90 000 tonnes de volaille qui viendrait s’ajouter aux 500 000 t déjà importés du Brésil par le biais de quotas.
« Termes excessifs » et « malentendus »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Dans sa réponse, Czesław Adam Siekierski souligne notamment que la demande d’autorisation de la mission parlementaire insistait surtout le secteur du bœuf, après le scandale de la viande avariée de mars 2017, qu’il ne s’agissait pas d’une commission d’enquête, que la courte présence des eurodéputés sur place ne leur permettait pas de se rendre dans des régions productrices de volaille – leurs visites sur le terrain étaient seulement prévues dans le Mato Grosso (3) –, et que ce secteur a fait aussi l’objet de discussions entre les eurodéputés et les autorités brésiliennes.
« Je déplore les termes excessifs de (votre) lettre de même que les malentendus sur lesquels elle semble être basée », tient toutefois à ajouter le président de la commission parlementaire de l’agriculture.
(1) Voir n° 3635 du 12/03/18
(2) Voir n° 3640 du 16/04/18
(3) Voir n° 3638 du 02/04/18