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UE/États-Unis : Phil Hogan met en garde contre le peu de fiabilité d’un accord commercial avec Donald Trump

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Les responsables du commerce européen et américain ont tenté de définir la teneur exacte de l’armistice en théorie conclu en juillet à la Maison Blanche. Tout arrangement avec l’Amérique de Donald Trump est aléatoire, avertit pour sa part le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan. Tandis que l’Espagne insiste sur les risques pour la Pac que fait peser la décision des États-Unis d’appliquer des droits supplémentaires sur ses exportations d’olives.

« Il reste beaucoup de travail à faire cet automne », s’est contenté de commenter le 10 septembre à Bruxelles la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, à l’issue d’une rencontre avec son homologue américain Robert Lighthizer destinée à esquisser les contours de l’hypothétique accord commercial dont l’annonce cet été avait permis d’apaiser les tensions entre l’UE et les États-Unis. Le champ même de ces discussions est source de divergences, l’UE refusant, à l’inverse des Américains, d’y inclure l’agriculture (1).

Les deux responsables ont prévu de se retrouver à la fin du mois, le représentant américain pour le commerce précisant, dans un communiqué, que leurs équipes continueront de discuter en octobre de « l’identification et la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires aux échanges » et qu’ils se réuniront de nouveau « en novembre pour finaliser les résultats dans un certain nombre de domaines », notamment celui des « barrières techniques ».

Le vice-président de la Commission européenne chargé de l’emploi, croissance, investissement et compétitivité, Jyrki Katainen, devait recevoir le 13 septembre le secrétaire américain au commerce, Wilbur Ross.

« Clauses de révision »

Phil Hogan a lancé une mise en garde, le 7 septembre en Irlande. Donald Trump « n’est pas un agriculteur », c’est un « homme d’affaires », un « marchand de bestiaux », a-t-il déclaré, intervenant à la Kennedy Summer School, à New Ross. Le commissaire européen à l’agriculture a appelé à se méfier des traités commerciaux passés sous la pression de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Car, selon lui, si les échanges n’évoluent pas comme le souhaite le président américain, « le remède sera ‘Renégocier et rétablir la position qui convient à l’America First’." « On voit déjà des clauses de révision dans les négociations pour un nouvel Accord de libre-échange nord-américain (Nafta) avec le Mexique et le Canada », a-t-il cité comme exemple (2). « Nous n’aimons pas que l’Amérique s’éloigne d’un système commercial multilatéral fondé sur des règles, a également déclaré Phil Hogan. Nous n’aimons pas cela car nous ne pensons pas qu’un commerçant responsable adopte l’attitude de l’attaque en premier, la discussion en second. »

« Sans rapport avec le TTIP »

Le « nouveau processus » lancé par la Déclaration conjointe publiée le 25 juillet par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et Donald Trump (3) est « sans rapport avec le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) » dont la négociation a été suspendue fin 2016, souligne Cecilia Malmström dans sa réponse en date du 10 septembre à une question parlementaire. Les représentants de l’UE et des États-Unis se penchent sur « le champ d’application strictement défini (de cette déclaration), qui inclut les droits de douane industriels, une coopération réglementaire volontaire et une coopération sur la réforme de l’OMC », précise-t-elle.

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« Tout au long de ce processus, les deux parties s’engagent à ne pas prendre de mesures restrictives commerciales additionnelles et à résoudre le problème des droits (américains) sur l’acier et l’aluminium et des représailles tarifaires (de l’UE) », ajoute la commissaire européenne.

(1) et (2) Voir n° 3656-3657 du 03/09/18

(3) Voir n° 3655 du 30/07/18

(4) Voir n° 3653 du 16/07/18

Olives espagnoles : antidumping américain et fonds européens pour la promotion

L’Espagne a déploré lors de la réunion du 10 septembre des experts du Comité spécial agriculture de l’UE (CSA) les dommages subis par son secteur de l’olive du fait des droits antidumping et anti-subvention de 30,1 à 41,5 % (34,8 % en moyenne) appliqués à ses exportations sur le marché américain (4). Ces droits, qui « pourraient être maintenus pendant les cinq prochaines années », remettent en question « la Pac dans son ensemble », et « des mesures au titre de l’OMC devraient être envisagées » par Bruxelles, a-t-elle fait valoir, demandant également l’activation de mesures de soutien d’urgence.

La Commission européenne « analyse actuellement les détails de la décision des États-Unis et considère tous les options possibles, y compris une action potentielle devant l’OMC », assure la commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström dans sa réponse en date du 5 septembre à une question parlementaire. Bruxelles « examinera les moyens appropriés d’aider le secteur de l’olive dans le cadre des règles de l’OMC », souligne également Cecilia Malmström, annonçant que, « en particulier, la Commission compte réserver 2,5 millions € de fonds dans le budget 2019 pour la promotion afin d’aider le secteur à se diversifier vers d’autres marchés internationaux potentiels ».