L’ouverture de négociations sur la libéralisation des échanges agricoles entre l’UE et les États-Unis fait-elle partie de la trêve commerciale qui aurait été conclue à la Maison blanche le 25 juillet ? Oui selon Washington, non selon Bruxelles. En attendant des éclaircissements, la Commission européenne souligne que l’Union accroît nettement ses importations de soja américain, « première mesure concrète » prise en vertu de cet armistice aux contours très flous.
« Nous venons d’ouvrir l’Europe pour vous, agriculteurs », s’est exclamé Donald Trump le 26 juillet, au lendemain de la trêve commerciale qu’il aurait conclue lors de son entretien à la Maison blanche avec Jean-Claude Juncker (1). « L’agriculture est en dehors, sinon le deal aurait presque échoué », a assuré en revanche, le 27 juillet, le président de la Commission européenne. « J’étais dans la pièce et nous avons eu des conversations spécifiques sur l’agriculture et sur la nécessité d’abattre les barrières sur l’agriculture et de donner davantage d’opportunités à nos agriculteurs », déclarait deux jours après le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin.
« Faciliter les échanges commerciaux »
La déclaration conjointe euro-américaine publiée à l’issue de la rencontre du 25 juillet prévoit notamment que les deux parties vont « travailler ensemble » à la libéralisation des échanges de « biens industriels hors automobile », et « s’employer également à réduire les obstacles pour accroître le commerce de services, de produits chimiques, de produits pharmaceutiques, de produits médicaux et du soja ». Mais aussi que, « en outre », le groupe de travail chargé du suivi des résultats de la réunion « identifiera les mesures à court terme pour faciliter les échanges commerciaux et évaluer les mesures tarifaires existantes ».
Et un communiqué de la Maison blanche, daté du 27 juillet, précise que la déclaration conjointe « n’est que le début des conversations », de « nombreux autres produits et dossiers » devant être « abordés ».
Appellations d’origine : l’UE jugée « de plus en plus agressive »
« Même s’ils (les Européens) préfèrent que l’agriculture soit en dehors (des discussions), il est tout à fait dans notre intérêt d’aborder cette question avec l’UE, en particulier sur les barrières non-tarifaires qu’ils continuent de mettre en place », a insisté le 30 juillet le secrétaire américain à l’Agriculture, Sonny Perdue.
Il a soulevé également un autre point de discorde à propos de l’attitude qu’il juge « de plus en plus agressive » de l’Europe vis-à-vis des appellations d’origine protégées, comme la feta ou la mozzarella, qui sont également produites et vendues aux États-Unis depuis un siècle. Ajoutant : Bruxelles veut empêcher les autres pays d’utiliser ces appellations d’origine et « nous ne comptons pas nous y conformer ».
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Le soja, « première mesure concrète »
La Commission européenne a publié le 1er août des chiffres montrant une augmentation de 283 % des importations communautaires de graines de soja en provenance des États-Unis par rapport à juillet 2017, à 360 000 tonnes, la part de ce pays dans les importations totales de l’UE passant ainsi de 9 % à 37 %.
185 000 tonnes de tourteaux de soja américains ont été importées en juillet 2018, soit une hausse de 3 337 % sur un an, la part des États-Unis dans les importations de l’UE passant de 0,3 % à 13 %.
Un mécanisme de rapports bimestriels sur l’évolution des importations dans l’Union de graines de soja en provenance des États-Unis est désormais mis en place, annonce la Commission, précisant qu’il s’agit de « la première mesure concrète prise dans le prolongement de la déclaration conjointe UE-États-Unis adoptée à Washington ».
« Nous pouvons importer du soja américain pour des raisons de marché, parce que les contre-mesures chinoises face aux rétorsions commerciales américaines taxent ce produit, ce qui a conduit à une baisse des prix du soja américain (plus ou moins 15 %), et il y a maintenant une prime pour le soja argentin et brésilien (qui est plus cher) », avait-on expliqué en substance à la Commission le 26 juillet.
(1) Voir n° 3655 du 30/07/18