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UE/Mercosur : accord en vue

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Avec le voyage d’Ursula von der Leyen en Uruguay, la finalisation de l’accord UE-Mercosur apparaît plus proche que jamais. Mais le sujet reste sensible. Chez les États membres, l’Allemagne pousse tandis que la Chambre basse néerlandaise a voté son rejet et la France a rappelé son opposition. Au Parlement européen, les députés sont divisés sur la question, parfois au sein du même groupe.

« La ligne d’arrivée de l’accord UE-Mercosur est en vue. Travaillons ensemble, franchissons-la », a déclaré le 5 décembre la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à son arrivée en Uruguay où doit se tenir le Sommet du Mercosur les 5 et 6 décembre. Si aucun accord n’a été dévoilé au moment où nous publiions, il est difficile de croire que la présidente, qui est accompagnée du nouveau commissaire au Commerce international l’expérimenté Maros Sefcovic, ne ramènera rien d’Amérique du Sud après l’échec de la réunion du G20 les 18 et 19 novembre. Dans l’optique de finaliser un accord, des réunions sont prévues avec leurs homologues et les discussions ont dorénavant basculé vers le niveau politique après plusieurs semaines de pourparlers techniques.

Fracture franco-allemande

Premier des opposants à l’accord, l’Élysée a immédiatement réagi en précisant que le président Emmanuel Macron avait « redit » à Ursula von der Leyen que « le projet d’accord entre l’UE et le Mercosur est inacceptable en l’état » et que la France continuera « de défendre sans relâche [sa] souveraineté agricole ». Cependant, l’incertitude engendrée par la démission du gouvernement de Michel Barnier, après la censure votée par l’Assemblée nationale le 4 décembre, pourrait affaiblir la position de Paris. Pourtant, la Chambre des représentants des Pays-Bas a adopté le 3 décembre une motion se prononçant contre l’accord UE-Mercosur, s’ajoutant à la liste des soutiens de la France. La Chambre appelle le gouvernement néerlandais à « informer la Commission européenne et le Conseil que les Pays-Bas ne signeront pas l’accord » et « à collaborer avec la France et d’autres opposants pour empêcher l’approbation ».

Lire aussi : UE/Mercosur : les positions s’affirment

À l’opposé, l’Allemagne, via sa ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock en marge d’une réunion de l’Otan le même jour à Bruxelles, a une nouvelle fois appelé la Commission européenne à conclure les discussions à l’occasion du Sommet des pays du Mercosur. Cette rencontre « est probablement la dernière chance de le faire », indique-t-elle. Et d’ajouter que « la présidente de la Commission a un mandat pour le faire et devrait, à notre avis, l’utiliser ».

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Divisions

Parallèlement, les négociations entre l’UE et le Mercosur ont fait leur retour le 3 décembre au Parlement européen à l’occasion d’un échange en commission du Commerce international (Cominta). Un débat qui n’en était finalement pas un, la Commission européenne n’ayant pas pleinement répondu aux interrogations des parlementaires. Sabine Weyand, directrice générale de la DG Commerce, s’est contentée de présenter l’état d’avancement des discussions sans apporter d’éléments nouveaux sur les questions en suspens. Comme attendu, les eurodéputés sont apparus divisés de toutes parts sur la question. Certains soulignent l’importance économique et géostratégique de l’accord dans un contexte international incertain tandis que de nombreuses inquiétudes ont été mentionnées en particulier pour le secteur agricole, la sécurité sanitaire ou la durabilité. « Il y a des expressions politiques divergentes, parfois au sein d’un seul et même groupe », a justement indiqué la Française Marie-Pierre Vedrenne dont le groupe (les centristes de Renew) n’est pas exempt.

Chez les Verts, on met en avant le manque de transparence de Bruxelles. « Nous n’en avons pas appris davantage et nous espérons des réponses car les monologues ne servent à rien », a regretté la Belge Saskia Bricmont. « Cette obstruction du travail parlementaire devient ridicule », affirme même Majdouline Sbai (France) sur le réseau social X. Et la Française Manon Aubry (gauche radicale) de déclarer : « Nous en apprenons plus en lisant les médias qu’en siégeant au Parlement européen ».

En cas d’accord, le Parlement européen (et la Cominta en particulier) aura à se prononcer. Et à ce titre, le président de la Cominta, le social-démocrate allemand Bernd Lange, prévient : « Si nous parvenons [à conclure les discussions], la raison devra l’emporter sur l’émotion. J’invite donc tout le monde à s’engager dans une discussion fondée sur les faits ». De nouvelles batailles en perspective.