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UE/Mercosur : Bruxelles veut, malgré tout, « renforcer le partenariat » avec le Brésil

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Bruxelles est prête à « renforcer le partenariat » avec le Brésil, y compris dans le cadre d’un accord commercial avec le Mercosur, malgré les nombreuses interrogations soulevées par les orientations de la nouvelle équipe au pouvoir à Brasilia, en matière de protection de l’environnement notamment. Le gouvernement brésilien va par ailleurs proposer que l’industrie alimentaire nationale « s’auto-contrôle », y compris celle de la viande qui vient pourtant de connaître des scandales sanitaires.

Le président brésilien Jair Bolsonaro et son homologue argentin Mauricio Macri, dont le pays assure la présidence semestrielle du Mercosur, ont convenu, lors d’un entretien le 16 janvier à Brasilia, de « revoir et perfectionner » le bloc sud-américain (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) et de faire progresser les négociations commerciales actuellement menées par ce dernier, telles celles avec l’UE dont la dernière session s’est tenue du 10 au 13 décembre à Montevideo.

Le président brésilien, qui a pris ses fonctions au début de l’année, avait pourtant critiqué le Mercosur lors de sa campagne électorale, lui reprochant d’être devenu un forum de gauche et non un instrument pour promouvoir les échanges.

« Pas au détriment de l’environnement », assure Bruxelles

Du côté européen, la commissaire au commerce Cecilia Malmström a affirmé, en réponse à une question écrite parlementaire mettant en cause les orientations de Jair Bolsonaro, que l’UE est « prête à continuer de renforcer (le) partenariat (avec le Brésil), y compris dans le cadre d’un accord d’association avec le Mercosur ». Un accord qui, ajoute-t-elle, « contiendra un chapitre sur le commerce et le développement durable, visant à garantir que les investissements et les relations commerciales ne sont pas développés au détriment de l’environnement, et à encourager la complémentarité entre croissance économique, développement social et protection de l’environnement ».

La ministre brésilienne de l’agriculture, Tereza Cristina, a défendu le 18 janvier l’idée de son président de développer l’agro-négoce sur les terres indigènes, même si, a-t-elle dit, « l’Amazonie ne se prête pas au soja » (1).

Le 14 janvier, son collègue du gouvernement chargé de l’environnement, Ricardo Salles, a déclaré que, « pour l’instant, le Brésil se maintient » dans l’accord de Paris sur le climat. Jair Bolsonaro avait annoncé que son pays allait se retirer de cet accord. En novembre dernier, le président français, Emmanuel Macron, avait menacé de ne pas signer un éventuel accord de libre-échange UE/Mercosur dans le cas d’un retrait du Brésil de l’accord de Paris.

Ethanol et Amazonie

Dans une question écrite adressée à la Commission de Bruxelles, l’eurodéputée allemande Renate Sommer (PPE) met en parallèle le contingent d’importation annuel « de 600 000 tonnes d’éthanol à un droit très réduit » offert par l’UE au Mercosur dans le cadre des négociations de libre-échange et un projet de loi déposé devant le Sénat brésilien qui vise à « lever le moratoire sur la culture de la canne à sucre pour la production de bioéthanol en Amazonie ».

En réponse, Cecilia Malmström note que le texte en question a été déposé la première fois en 2011 et que, à ce stade, il n’a pas été adopté, mais que la Commission « continue de suivre de près ce sujet ».

L’UE s’est en effet engagée à veiller à ce que les biocarburants à base de cultures, dont l’utilisation compte pour les objectifs de l’UE en matière d’énergie renouvelable, soient produits sans nuire à l’environnement, souligne la commissaire européenne au commerce.

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L’industrie brésilienne de la viande appelée à « s’auto-contrôler »

Tereza Cristina a également annoncé le 18 janvier que le Brésil s’oriente vers un système d’auto-contrôle de l’industrie alimentaire, y compris de l’industrie de la viande qui a été en 2017 à l’origine de scandales sanitaires ayant affecté les exportations du pays. Un projet de loi en ce sens sera transmis au Congrès au cours du premier semestre de cette année, a-t-elle précisé.

« Pourquoi le Brésil ne peut-il pas recourir à l’auto-contrôle alors que l’Europe et les États-Unis l’utilisent ? », a demandé la ministre de l’agriculture, de l’élevage et de l’approvisionnement. Ce système serait introduit graduellement dans divers secteurs agricoles et finalement étendu à celui de la transformation de la viande.

(1) Voir n° 3674 du 07/01/19

Les Verts européens demandent l’arrêt « immédiat » des négociations

Le groupe des Verts du Parlement européen a appelé le 18 janvier, dans une lettre ouverte, la Commission de Bruxelles à « arrêter immédiatement les négociations en vue d’un accord d’association UE-Mercosur ». Selon lui, « après l’arrivée à la présidence brésilienne de M. Jair Bolsonaro, le 1er janvier 2019, nous sommes confrontés à une approche politique et économique de la part du gouvernement leader au sein du Mercosur qui est incompatible avec les valeurs européennes et avec le besoin urgent de sauver notre planète ».

Les « questions en suspens », selon Phil Hogan

« Des progrès significatifs ont été enregistrés au cours des deux dernières années » depuis que les négociations (entre l’UE et le Mercosur) ont été relancées, assure Phil Hogan dans sa réponse datée du 21 janvier à une question écrite parlementaire. « Un effort considérable a été fait des deux côtés pour en arriver là mais certaines questions difficiles restent en suspens », tempère toutefois le commissaire européen à l’agriculture. Celles-ci concernent « l’accès au marché pour les automobiles et les pièces détachées, les produits laitiers, ainsi que le vin et l’huile d’olive, les services maritimes et la protection adéquate des indications géographiques de l’UE », précise-t-il, ajoutant que, « dans tous ces domaines, un travail de fond est en cours ».

L’Arabie saoudite suspend l’importation de volailles brésiliennes

L’Arabie saoudite a suspendu ses importations de volailles de cinq groupes agroalimentaires brésiliens, faisant valoir des raisons techniques, ont indiqué des sources officielles à Brasilia le 22 janvier. Ce qui a suscité des interrogations sur d’éventuelles représailles saoudiennes contre le choix du président Jair Bolsonaro de déplacer de Tel Aviv vers Jérusalem l’ambassade du Brésil en Israël. La ministre brésilienne de l’agriculture, Tereza Cristina, a organisé une réunion de crise avec les exportateurs visés dont ferait partie le géant BRF.