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UE/Mercosur : des négociations suspendues à l’investiture de l’Argentin Javier Milei

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L’accélération des discussions techniques autour du protocole additionnel ces dernières semaines devait permettre de finaliser l’accord UE-Mercosur lors d’un sommet prévu le 7 décembre. Las, les réticences du gouvernement argentin à s’engager placent le destin des négociations entre les mains de son futur président, l’ultralibéral Javier Milei, dont les positions sur le sujet sont encore incertaines. Bruxelles veut toutefois rester confiante.

L’accord attendu par les uns et redouté par les autres n’aura pas lieu… pour le moment. Alors que les discussions techniques entre les parties étaient en bonne voie et qu’un voyage diplomatique de la Commission européenne au Brésil était envisagé, la finalisation des négociations entre l’UE et le Mercosur, prévue en marge de la COP 28, a été reportée. Démarrées en 2021, les discussions menées actuellement autour de l’inclusion d’un protocole additionnel doivent permettre à l’UE d’éclaircir les engagements des pays du Mercosur – et du Brésil en particulier – sur la durabilité et la lutte contre la déforestation. Ce texte doit aussi permettre aux gouvernements sud-américains d’obtenir des réponses concernant la mise en œuvre du Green Deal européen, dont l’approche a été publiée après la conclusion des négociations commerciales en 2019.

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Toutefois, dès le début du mois de décembre, le gouvernement argentin actuel a indiqué ne pas être en mesure de prendre de nouveaux engagements et de se prononcer sur l’accord à ce stade. L’explication de cette décision se situe dans la proximité du sommet du Mercosur le 7 décembre avec l’investiture de Javier Milei à la présidence du pays, prévue le 10 décembre. Le destin de l’accord entre l’UE et le Mercosur semble par conséquent être entre les mains du futur chef de l’État argentin dont la position sur le sujet interroge, ce dernier ayant, par le passé, soufflé le chaud et le froid dans ses interventions. Ce contretemps soudain contrarie ainsi les ambitions initiales de l’UE et du Brésil. Le président Lula da Silva se voyait déjà annoncer la finalisation de l’accord avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 7 décembre à Rio de Janeiro, lors d’un sommet à l’issue duquel il doit passer la main à la tête du Mercosur au Paraguay. Mais le président paraguayen Santiago Pena a déjà déclaré qu’il ne poursuivrait pas les discussions avec l’UE, si celles-ci n’aboutissaient pas avant sa prise de fonction.

Sujet sensible

Du côté de la Commission européenne, la confiance reste pourtant présente, au moins dans le discours. Bruxelles maintient sa volonté de poursuivre les pourparlers « dans un esprit constructif » et de les conclure le plus rapidement possible, sans pour autant fournir plus de précision à ce stade. « L’accord commercial UE-Mercosur revêt une importance géopolitique majeure pour l’UE et je n’épargnerai aucun effort pour que cet accord historique soit conclu le plus rapidement possible. Nos régions partagent des liens historiques et culturels profonds et nous souhaitons consolider nos relations grâce à un accord équilibré et mutuellement avantageux », a déclaré le vice-président exécutif en charge du Commerce international, Valdis Dombrovskis.

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Au-delà de la Commission européenne, le sujet demeure sensible auprès des États membres, particulièrement pour l’Allemagne et la France qui ont des vues divergentes. À l’issue d’une rencontre avec le président brésilien le 4 décembre en vue de sauver l’accord, le chancelier allemand Olaf Scholz a appelé les parties impliquées à être pragmatiques et disposées à faire des compromis. Cette déclaration semble ainsi répondre à celle du président français Emmanuel Macron qui, en marge de la COP 28, a fait part une nouvelle fois de ses réticences concernant les possibles conséquences vis-à-vis de l’agriculture et de la déforestation (voir encadré). Les derniers événements provoquent aussi des réactions contrastées au Parlement européen qui, dans le cadre du processus de ratification, devra se prononcer sur l’accord une fois finalisé. L’eurodéputée française Marie-Pierre Vedrenne (centriste) s’oppose à ce texte qui, selon elle, « contrevient à nos ambitions et intérêts ». En revanche, le président de la commission du Commerce international du Parlement européen, Bernd Lange (Allemand, socialiste) et le coordinateur du groupe PPE (droite) dans cette même commission, le Suédois Jörgen Warborn, regrettent cet échec. Dernier tango ou non, l’histoire de cet accord, qui s’écrit sur le temps long, semble encore loin d’être terminée.

Macron se rendra en mars au Brésil

Le président français Emmanuel Macron se rendra fin mars au Brésil à la rencontre du président Lula, avec qui il a « un très grand alignement de vues », a-t-il annoncé le 2 décembre, en indiquant que serait abordée la question de l’accord commercial UE-Mercosur. Après s’être entretenu en tête à tête lors de la COP28 à Dubaï avec Lula, M. Macron a indiqué qu’il irait au Brésil en mars 2024. « Sur la lutte contre la déforestation, une vraie politique amazonienne, sur les questions de défense, les intérêts économiques, les questions culturelles, on a un agenda bilatéral extrêmement dense et un très grand alignement de vues », a-t-il fait valoir, en saluant son homologue, un président « visionnaire » et « courageux ». Selon la présidence brésilienne, cette visite aura lieu le 27 mars. Parmi les grands enjeux figure le devenir de l’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur : cet accord est « complètement contradictoire » avec ce que le président Lula « est en train de faire au Brésil », a estimé M. Macron, faisant valoir qu’il « ne prend pas en compte la biodiversité et le climat ». Il se résume donc à un accord « mal rapiécé », « de démantèlement de tarifs à l’ancienne ». Le président français a notamment plaidé pour que cet accord « rémunère le Brésil sur sa politique forestière ». « La communauté internationale et l’Union européenne doivent vous aider et donc vous donner des crédits carbone pour ne pas déforester parce que vous avez un trésor forestier au Brésil » avec l’Amazonie, a-t-il insisté.