La décision prise dans le cadre de l’Accord UE/Mercosur d’éliminer à terme les droits de douane sur les importations de jus d’orange aura de graves conséquences sur l’industrie de la transformation des agrumes de l’UE, estime une eurodéputée espagnole. Une crainte qui ne semble pas être partagée par Bruxelles qui assure que la menace est sous contrôle.
Dans son interpellation à la Commission européenne, Inma Rodríguez-Piñero (Sociale-Démocrate, Espagne), explique qu’actuellement en Europe, la production d’agrumes est entièrement destinée au marché du frais, si l’on excepte les agrumes qui doivent être retirés du marché pendant les saisons où la demande fait défaut et qui sont transformées directement en jus. Elle précise qu’aujourd’hui, entre 15 et 20 % de la production totale d’agrumes de l’UE sont transformés, ce qui est nécessaire pour valoriser les fruits qui ne peuvent être vendus comme fruits frais en raison du faible prix qu’ils peuvent atteindre. En revanche, souligne-t-elle, « la quasi-totalité de la production brésilienne (entre 12 et 15 millions de tonnes) est destinée à la production de jus à partir de concentré, représentant », selon elle, « 65 % de la production mondiale de jus d’orange ». Pour la députée espagnole, il ne fait pas de doute que l’élimination des droits de douane sur les importations de jus d’orange prévue dans l’Accord UE/Mercosur aura immanquablement de graves répercussions sur l’industrie européenne de transformation des agrumes. Compte tenu de ces perspectives peu encourageantes, elle a donc demandé à la Commission européenne si cette dernière a prévu des clauses de sauvegarde en cas de perturbation du marché et surtout si elle envisage une quelconque compensation de l’impact direct que la mise en œuvre de l’Accord UE/Mercosur aura sur l’industrie de transformation des agrumes.
Mécanisme de sauvegarde
La Commission s’est efforcée d’être la plus rassurante possible, indiquant que « les gammes de jus d’orange qui seront libéralisées dans le cadre de l’Accord UE/Mercosur sont celles où le droit de douane est relativement faible, à savoir 12 %. Pour ces gammes, il y aura une période de transition de sept ans au cours de laquelle le tarif sera progressivement supprimé ». Pour être un peu plus convaincante, elle a précisé : « Le jus d’orange concentré qui est protégé par des droits de douane plus élevés ne sera pas totalement libéralisé ». D’ailleurs, rappelle-t-elle, « l’Accord comprend un mécanisme de sauvegarde bilatéral qui permet à l’UE de suspendre les préférences tarifaires qui entraîneraient une augmentation significative des importations, lesquelles engendreraient un préjudice grave aux producteurs de l’UE ». Pour que son message soit encore plus complet, la Commission a indiqué qu’elle s’est engagée à mettre à disposition un ensemble de mesures de soutien financier, à l’usage exclusif du secteur agricole, « dans le cas peu probable où la mise en œuvre de l’Accord entraînerait des perturbations du marché. L’expérience de ces dernières années a montré que les instruments politiques disponibles dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) sont aptes à intervenir efficacement sur le marché lorsque la situation l’exige ».
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Le Brésil et le jus d’orange
Le Brésil, membre influant du groupe des pays du Mercosur, est le premier exportateur de jus d’agrumes avec plus de 50 % des exportations mondiales. Grâce à l’Accord UE/Mercosur, il pourrait voir sa barrière tarifaire baisser de 12 % à 0 % d’ici une dizaine d’années. En 2018, le Brésil a produit 1,23 million de tonnes de jus d’orange, les États-Unis 327 000 t et le Mexique 210 000 t, ces trois premiers producteurs mondiaux sont suivis par l’Union européenne et la Chine. Près de 90 % du jus d’orange du Brésil sont destinés à l’exportation. Le plus grand importateur de jus d’orange brésilien est l’UE, dont quatre pays sont les premiers consommateurs : le Royaume-Uni où 80 % du jus consommé sont brésiliens, l’Allemagne, les Pays-Bas et la France. Les États-Unis sont le deuxième importateur de jus d’orange brésilien.