Le Portugal et l’Espagne ont plaidé lors du dernier sommet européen pour une conclusion rapide des négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. À l’inverse, la France et l’Irlande ont appelé à la prudence, compte tenu des risques pour les secteurs agricoles sensibles de l’Union.
Les premiers ministres portugais António Costa et espagnol Mariano Rajoy ont tenu à souligner l’importance des négociations commerciales en cours entre l’UE et le Mercosur et la nécessité de parvenir rapidement à un accord lors du dîner des chefs d’État et de gouvernement des Vingt-huit réunis le 14 décembre à Bruxelles. Leurs partenaires français et irlandais ont, en revanche, appelé à la prudence. La France sera « très vigilante » sur l’impact d’un accord avec le bloc sud-américain sur le secteur agricole, a indiqué une source diplomatique française (voir encadré). « L’Irlande, comme la France, a des inquiétudes à propos du secteur agricole et notamment la viande bovine », a souligné le chef du gouvernement irlandais, Leo Varadkar, ajoutant que « les normes de sûreté alimentaire sont importantes » (1).
Pour sa part, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a indiqué qu’il allait discuter de l’état de ces négociations avec les commissaires après la pause de Noël, ajoutant qu’il ne peut pas forcer les États membres à conclure un accord s’ils ne sont pas satisfaits du résultat.
Les pourparlers avec le Mercosur, qui s’étaient poursuivis à Buenos Aires en marge de la conférence ministérielle de l’OMC, doivent reprendre en janvier (2).
Mise en garde des organisations agricoles
« Face à la pression accrue exercée par le Mercosur », les organisations et coopératives agricoles des Vingt-huit (Copa-Cogeca) ont demandé à l’UE de ne pas accorder d’autres concessions. « Les négociateurs européens ont déjà mis sur la table une offre bien trop généreuse », estiment-elles (3). « Nous importons déjà des volumes substantiels de ces pays et n’en obtenons aucune réciprocité. Il est inadmissible que ceux-ci appellent à de nouvelles concessions alors qu’ils remettent encore en question la politique agricole de l’Union, qu’ils continuent d’utiliser des régimes de soutien nationaux pour les biocarburants et qu’ils imposent des taxes aux exportations de produits de base agricoles ». De plus, « ils n’ont pas les mêmes normes en matière de sûreté des aliments, ni les mêmes exigences de traçabilité du bétail ».
Selon le secrétaire général du Copa-Cogeca, Pekka Pesonen, « toute nouvelle concession aurait pour conséquence des surplus sur le marché, menaçant d’effondrement certains de nos secteurs, en particulier le secteur bovin et les autres viandes, le sucre et les fruits ».
Viande bovine : les éleveurs plaident leur cause à la Commission européenne
Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne chargé de l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité, a reçu le 15 décembre les représentants des producteurs irlandais, français et polonais de viande bovine pour, a-t-il tweeté, « mieux comprendre » la situation du secteur et ses « contraintes, en particulier sur les négociations UE-Mercosur ».
« J’ai appris beaucoup, noté leurs sensibilités », ajoute-t-il. « À l’avenir, l’UE doit améliorer ses exportations sur les marchés émergents où il y a une demande pour notre viande bovine ».
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Un contingent tarifaire de 70 000 tonnes de bœuf équivalent carcasses (dont 35 000 t de viande fraîche, y compris de haute qualité, et 35 000 t de viande congelée pour la transformation), au droit de 7,5 %, est proposé au Mercosur par les négociateurs de l’UE.
Sucre : les betteraviers et fabricants de l’UE maintiennent la pression
Les betteraviers (Cibe) et fabricants de sucre (CEFS) de l’UE réitèrent « fermement » leur demande d’exclusion de ce produit des négociations commerciales avec le Mercosur dans un courrier adressé le 20 décembre à Jean-Claude Juncker. Selon eux, alors que le régime européen des quotas a pris fin le 1er octobre dernier, l’Union « ne peut se permettre d’ouvrir encore plus son marché au sucre de pays qui recourent à un soutien financier et réglementaire pour stimuler artificiellement leur compétitivité », ce qui est, précisent-ils, le cas du Brésil.
Les négociateurs de l’UE envisagent d’offrir au Mercosur un contingent tarifaire d’importation pour 100 000 t de sucre destiné au raffinage avec un droit de 98 €/t.
(1) Voir même numéro
(2) Voir n° 3623 du 18/12/17
(3) Voir n° 3622 du 11/12/17
Des risques de « déstabilisation économique », selon Emmanuel Macron
Emmanuel Macron a adressé le 15 novembre au président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, un courrier pour l’alerter sur les risques de « déstabilisation économique » de certaines filières – élevages bovin, porcin, de volaille, éthanol, sucre, produits amylacés – liés à un accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur. « Une large part du différentiel de compétitivité trouve son origine dans les exigences européennes renforcées sur les modes de production, qui n’ont pas vocation à être allégées », souligne le chef de l’État français. « Pour limiter l’impact des concessions sur les filières sensibles, et singulièrement sur la filière bovine, les contingents envisagés avec le Mercosur devraient être encadrés », précise-t-il, ajoutant par ailleurs que les récents accords de l’UE nivellent vers le bas les exigences environnementales et sanitaires et que des dispositions concrètes de renforcement des exigences devraient être négociées avec le bloc sud-américain, notamment pour accélérer la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat.