Face à la grogne des agriculteurs, aux perspectives du Brexit et aussi à la rude bataille des élections présidentielles qui se préparent au Brésil, l’UE peine à conclure les négociations d’un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur, comme l’a montré la réunion ministérielle du 30 janvier à Bruxelles.
Les ministres des affaires étrangères de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay ont rencontré les commissaires européens, Cecilia Malmström (Commerce international) et Phil Hogan (Agriculture) au siège de la Commission européenne, le 30 janvier, pour tenter de progresser sur la voie d’un accord de libre-échange UE/Mercosur. Six heures de négociations n’ont pas permis d’annoncer un quelconque progrès et encore moins d’évoquer une conclusion. Un accord politique entre les deux blocs n’est donc pas pour demain tant les positions des uns et des autres divergent. Le niveau des concessions que pourrait accepter l’UE, notamment pour l’accès à son marché de produits agricoles sensibles, bœuf et éthanol en premier lieu, dépend de la réponse que le Mercosur pourrait apporter à ses demandes concernant surtout les marchés publics, la protection des investissements, les services, les affaires maritimes, les normes automobiles et les exportations de produits laitiers. Par ailleurs, la protection des indications géographiques européennes s’avère problématique pour 42 dénominations.
A l’heure actuelle, des questions telles que l’ouverture du marché de l’éthanol, du sucre et du bœuf de l’UE aux entreprises sud-américaines restent les principaux obstacles aux négociations sur le Mercosur. Le mois dernier, l’UE a offert au Mercosur d’importer dans l’UE 70 000 tonnes de viande de bœuf à des tarifs réduits. Certains grands États membres de l’UE sembleraient même disposés à discuter d’une offre de 100 000 tonnes, mais la partie brésilienne s’attend à ce qu’un quota de bœuf d’au moins 130 000 tonnes soit soumis à discussion. Ce qui a amené certains États membres, comme la France ou l’Irlande, à dire que le moment n’est pas opportun pour conclure un accord avec le Mercosur. D’aucuns estiment que le Brexit pourrait encore aggraver la situation notamment pour les exportations de bœuf irlandais.
Par ailleurs, les syndicats agricoles de l’UE se font entendre et à la veille de la réunion ministérielle du 30 janvier en appelant l’UE à ne pas augmenter son offre en matière d’agriculture dans les négociations commerciales. Pour le Copa-Cogeca, l’UE a déjà donné beaucoup trop sur l’agriculture aux pays du Mercosur dans les négociations, sans obtenir grand-chose en retour. Il rappelle que la majorité des importations européennes de viande bovine, de sucre, de volaille et de jus d’orange provient déjà de ces pays. Plus de 75 % de la viande bovine importée dans l’UE, principalement des découpes de haute valeur, sont issus du Mercosur.
En ce qui concerne les poulets de chair, une offre élargie en découpes pourrait, selon le Copa-Cogeca, résulter en une perte de débouchés pour 150 millions de poulets de chair élevés dans l’UE, ce qui aurait pour conséquence une réduction de la croissance et de l’emploi dans des zones rurales européennes. Il demande à l’UE de minimiser l’accès au marché pour les importations de viande bovine, de sucre, de volaille, d’éthanol, de riz et de jus d’orange dans les négociations. « Compte tenu des fortes incertitudes qui pèsent sur le processus du Brexit, ainsi que des discussions concernant l’avenir de la politique agricole commune et du budget communautaire, nous nous opposons à toute concession dans les pourparlers. Les agriculteurs et leurs coopératives ne devraient pas faire les frais d’un accord commercial avec les pays du Mercosur en échange de concessions dans d’autres secteurs », souligne Pekka Pesonen, le secrétaire général du Copa-Cogeca.
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Une réunion des chefs négociateurs de l’UE et du Mercosur est programmée pour le 2 février à Bruxelles pour tenter de donner un nouvel élan aux négociations entre les deux blocs.
Accord UE-Mercosur : la FNB dénonce « l’irresponsabilité » du gouvernement
« Conclure cet accord [de libre-échange entre l’UE et le Mercosur, ndlr] au lendemain des États généraux de l’alimentation ne relève pas seulement de l’incohérence totale des politiques publiques, mais de l’irresponsabilité », a déclaré Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB) dans un communiqué de presse du 30 janvier. La FNB s’insurge contre cet accord de libre-échange dont le contingent concernant la viande bovine serait relevé, selon certaines sources bruxelloises. De son côté, la Confédération paysanne a revendiqué, le même jour, non seulement l’arrêt des négociations entre l’Europe et le Mercosur, mais aussi une vraie politique « publique efficace et cohérente » pour la filière bovine française. Le syndicat propose ainsi une interdiction de vendre en dessous des coûts de production, une gestion des volumes, le développement de l’engraissement à l’herbe et une incitation au changement de modèle grâce à l’aide aux bovins allaitant.