La prochaine session de négociations de libre-échange entre l’UE et le Mercosur sera-t-elle conclusive ? En tout cas, les organisations agricoles européennes multiplient les mises en garde à la Commission de Bruxelles, l’appelant à éviter toute amélioration des concessions envisagées sur les produits sensibles pour parvenir à un compromis dont, selon elles, le bœuf et le sucre notamment feraient les frais.
Une nouvelle session de négociations sur le volet commercial d’un accord d’association entre l’UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) est prévue du 4 au 8 juin à Montevideo. Se conclura-t-elle par un compromis qui pourrait être officialisé en juillet ? Les organisations et coopératives agricoles de l’Union (Copa-Cogeca) semblent le redouter. Elles ont adressé le 24 mai un nouveau courrier à la commissaire européenne au commerce Cecilia Malmström, avec copie à son collègue chargé de l’agriculture, Phil Hogan, pour la mettre en garde contre d’éventuelles améliorations des concessions qui seraient octroyées au bloc sud-américain sous forme de contingents tarifaires d’importation pour les produits sensibles que sont le bœuf, le sucre, l’éthanol, la volaille, le riz et le jus d’orange.
Sucre
Les négociateurs européens pourraient, selon certaines sources, améliorer leur offre d’accès au marché de l’UE pour le sucre, voire l’éthanol, afin d’obtenir notamment les concessions qu'attend cette dernière du Mercosur dans le secteur automobile.
Dans un courrier adressé le 14 mai à Cecilia Malmström, les betteraviers (Cibe), fabricants de sucre (CEFS) et syndicats du secteur alimentaire (Effat) de l’Union demandent à la commissaire européenne de « ne pas accepter les demandes du Brésil » qui veut obtenir « un contingent d’importation de sucre en franchise de droits ».
Faisant référence à la conclusion des négociations commerciales avec le Mexique, à l’issue desquelles l’UE a octroyé à ce pays un contingent de 30 000 tonnes de sucre au droit de 49 €/t mis en œuvre sur 3 ans (1), les signataires soulignent que « le maintien d’un droit à l’intérieur du contingent d’importation est incommensurablement plus important dans le contexte des négociations avec le Mercosur ». « Dans ces discussions, le droit doit être fixé à 98 €/t, pour refléter l’assistance gouvernementale que reçoivent les secteurs brésiliens du sucre et de l’éthanol », précisent-ils.
… bœuf
Pour le bœuf, les négociateurs de la Commission européenne devraient offrir formellement un contingent d’importation de 99 000 t, dont 50 % de viande fraîche et réfrigérée et 50 % de viande congelée (sans autres subdivisions), avec un droit de 7,5 %. Les organisations agricoles de l’Union appellent toutefois à prendre en considération l’impact cumulé sur ce secteur des accords commerciaux déjà conclus (« jusqu’à 65 000 t pour le Canada et jusqu’à 20 000 t pour le Mexique »), combinés aux négociations qui vont s’ouvrir avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande (2), et auxquels s’ajoute l’incertitude créée par le Brexit.
Répondant le 16 mai à une précédente démarche du Copa-Cogeca, Cecilia Malmström et Phil Hogan ont assuré « tenir compte du fait que le Mercosur exporte déjà 75 % du bœuf importé dans l’UE, presque exclusivement sous la forme de découpes de haute valeur », ainsi que de la baisse de consommation dans l’Union (« -8 % entre 2005 et 2016 »), « en dépit de la reprise enregistrée depuis 2013 pour atteindre le chiffre de 7,9 millions de tonnes entre 2015 et 2017 ».
… et normes sanitaires
Dans leur courrier du 24 mai aux deux commissaires européens, les organisations agricoles de l’UE insistent aussi sur le problème sanitaire soulevé par les récents scandales au Brésil qui ont amené au blocage des importations de viande de 20 unités de transformation (de volaille essentiellement) de ce pays (3) et à l’envoi d’une mission d’eurodéputés sur place début avril (4).
« Les importations de bœuf du Mercosur, qui représentent aujourd’hui environ 185 000 tonnes par an, continueront toujours de satisfaire aux exigences sanitaires et phytosanitaires de l’UE afin d’entrer sur son marché après la signature d’un accord d’association », a toutefois assuré récemment la commissaire au commerce en réponse à une question parlementaire.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Et, dans leur courrier au Copa-Cogeca, Cecilia Malmström et Phil Hogan affirment que la négociation avec le bloc sud-américain garantira « une coopération renforcée sur l’application des prescriptions sanitaires et phytosanitaires, de même que sur la résistance anti-microbienne, et consolidera ainsi la référence aux choix sociétaux de l’UE ».
(1) Voir n° 3642 du 30/04/18
(2) Voir n° 3646 du 28/05/18
(3) Voir n° 3645 du 21/05/18
(4) Voir n° 3640 du 16/04/18 et n° 3645 du 21/05/18
« Un avantage sur les concurrents »
« Considérant que le Mercosur n’est encore engagé dans des négociations de libre-échange avec aucun de ses principaux autres partenaires commerciaux, un accord (avec le bloc sud-américain) donnerait aux exportateurs de l’UE un avantage sur leurs concurrents dans le reste du monde », font valoir Cecilia Malmström et Phil Hogan dans le courrier qu’ils ont adressé le 16 mai au Copa-Cogeca.
« S’agissant des importations, l’accès à des matières premières moins chères est une question importante dans la négociation, car certains membres du Mercosur imposent des droits à l’exportation sur le soja et les tourteaux de soja – dont ils sont des fournisseurs majeurs de l’Europe », soulignent aussi les commissaires au commerce et à l’agriculture. « En garantissant un accès meilleur et plus stable à ces intrants, nous pouvons améliorer la compétitivité des secteurs européens de la viande », ajoutent-ils.
L’UE réclame un « effort considérable » au Mercosur
« Il reste encore du travail à faire sur les sujets en suspens. Cela nécessitera un effort considérable de la part de nos partenaires du Mercosur », a prévenu le 29 mai un porte-parole de la Commission européenne, interrogé sur le prochain cycle de négociations commerciales entre l’UE et le bloc sud-américain prévu à Montevideo. Outre les voitures et les pièces détachées, Bruxelles souhaite avancer sur « les indications géographiques, le transport maritime ainsi que les produits laitiers », a-t-il dit, ajoutant que, « à ce stade, on ne peut préjuger des résultats » de cette nouvelle série de pourparlers.