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UE/Nouvelle-Zélande : des négociations de libre-échange peu porteuses pour l’agriculture européenne

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Les organisations agricoles de l’UE estiment que leur secteur n’a pas grand-chose à gagner, au contraire, d’un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, dont la négociation se poursuivra le 18 février malgré les incertitudes créées par le Brexit. Les deux parties ont déjà échangé leurs offres d’accès au marché, mais pas pour les secteurs sensibles que sont les produits laitiers, les viandes ovine et bovine et certains fruits et légumes.

L’UE tiendra dans la semaine du 18 février une troisième série de négociations de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande, pays où était attendu les 14 et 15 février le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan pour, notamment, des entretiens avec les ministres du commerce et de l’agriculture, David Parker et Damien O’Connor. Bruxelles et Wellington comptent poursuivre ensuite leurs pourparlers au cours de deux réunions supplémentaires d’ici juillet (1). Les deux parties ont déjà échangé, le 7 février, leurs offres d’accès au marché, sauf pour les secteurs sensibles – produits laitiers, viandes ovine et bovine, certains fruits et légumes.

Des négociations du même type se tiennent également entre l’UE et le Canada, pays où Phil Hogan a aussi effectué une visite du 9 au 13 février et où il a rencontré, entre autres, les ministres du commerce et de l’agriculture, Simon Birmingham et David Littleproud (voir encadré).

Une protection douanière déjà faible

La conclusion d’un accord de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande est loin d’être une priorité pour les organisations agricoles de l’UE qui constatent que la majorité des produits de leur secteur ayant un potentiel d’exportation vers ce pays de quelque 4,9 millions d’habitants y sont déjà disponibles, viande porcine et préparations à base de fruits et légumes notamment. Elles estiment également que les négociations tarifaires avec Wellington ont peu d’intérêt, 73 % des droits de douane néo-zélandais pour les produits agricoles ayant déjà été réduits à zéro.

En revanche, la Nouvelle-Zélande (comme l’Australie) applique des droits à l’importation relativement élevés sur les produits agricoles transformés et alimentaires, produits pour lesquels l’UE est globalement compétitive.

Enfin, compte tenu des incertitudes créées par le Brexit, les organisations agricoles de l’UE jugent qu’il n’est pas raisonnable de négocier avec ce pays son accès au marché européen pour les produits sensibles tant que n’est pas connu le type de relations commerciales que l’Union entretiendra dans le futur avec le Royaume-Uni.

45e destination et 17e fournisseur

Pour les produits agroalimentaires, la Nouvelle-Zélande est la 45e destination de l’UE, mais son 17e fournisseur. En 2017, ses exportations sur le marché européen dans ce secteur ont atteint 2,333 milliards €, la viande ovine représentant 36 % de ce montant, les fruits 18 %, les vins 17 %. Les exportations européennes vers ce pays se sont élevées à 556 Mio €, la viande porcine représentant 13 % de ce total, les poudres de lait et le lactosérum 9 %, les vins 6 % tout comme les spiritueux et les préparations de fruits et légumes.

La Nouvelle-Zélande est fortement dépendante du commerce international, notamment pour les produits agricoles qui représentaient en 2015 quelque 70 % de ses exportations totales de marchandises. Cette année-là, elle a exporté, par exemple, 83,7 % de sa production de viande bovine, 96,8 % de sa viande ovine, 88,7 % de son beurre et 75,1 % de son fromage. Ses principaux clients sont l’Australie, les États-Unis, le Japon, la Chine et le Royaume-Uni. En 2017, elle était le premier exportateur mondial de beurre et de poudre de lait entier.

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(1) Voir n° 3678 du 04/02/19

(2) Voir n° 3668 du 19/11/18

Brexit et contingents d’importation

Les propositions de Bruxelles et de Londres concernant la répartition post-Brexit, entre les Vingt-sept et le Royaume-Uni, des contingents tarifaires d’importation, de produits agricoles octroyés actuellement par l’Union au titre de ses engagements internationaux ne satisfont pas du tout la Nouvelle-Zélande. En novembre dernier, elle l’avait fait savoir dans une communication présentée à Genève avec 11 autres membres de l’OMC (2).

Les organisations agricoles de l’UE craignent que Bruxelles mette à profit les négociations commerciales bilatérales avec Wellington pour lui offrir, en compensation, des concessions supplémentaires.

UE/Australie : les conditions d’un accord selon Phil Hogan

L’agriculture est « un des domaines les plus difficiles » des négociations de libre-échange entre l’UE et l’Australie, dont une 3e session se tiendra en mars, a déclaré le 13 février Phil Hogan en visite à Canberra. Il est possible de parvenir à un compromis « mutuellement bénéfique » à condition que les secteurs sensibles de l’UE soient « pleinement pris en compte », a estimé le commissaire européen à l’agriculture, citant les viandes bovine et ovine, le sucre et le riz.

« Du côté offensif, nous avons de fortes lignes rouges sur les questions sanitaires et phytosanitaires et sur les indications géographiques », a-t-il ajouté.