Le 12 décembre, 195 pays de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques ont signé un accord sur le climat à Paris, jugé « équilibré », « différencié », « universel », « durable »… Retour sur les points clés de l’accord et la place de l’agriculture dans le texte.
L’accord obtenu le 12 décembre lors de la Cop21 prévoit de limiter le réchauffement de la planète « bien au-dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » à l’horizon 2100 et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C » (1). « Le fait d'avoir 1,5 degré dans l'accord, pas seulement le 2 degré, ce n'était pas gagné », explique Murielle Trouillet, négociatrice et chargée de mission au bureau du changement climatique et de la biodiversité. Néanmoins, jusqu’à présent, les engagements des pays qui se sont prononcés ne contribueraient à réduire ce réchauffement que de 3 °C. L’accord prévoit sur une révision tous les cinq ans des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à partir de 2020. « L'article 4 fixe les modalités pour les réductions d'émissions parmi lesquelles l'obligation de communiquer des contributions nationales et de les revoir tous les cinq ans », développe la négociatrice. Tous les cinq ans, il y aura une vérification de la tenue ou non des engagements, mais pas de sanction en cas de manquement aux objectifs. L’UE s’est engagée à une réduction de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. La répartition de cet effort entre les Vingt-huit sera discutée à l’occasion du Conseil des ministres de l’environnement le 4 mars 2016.
"Equilibré" et "différencié"
L’accord est dit « équilibré » car il met, pour la première fois, au même niveau l’adaptation et l’atténuation. Pour les négociateurs, c’est une grande avancée qui permettra aux États, dans leur contribution, de mentionner leur vulnérabilité au dérèglement climatique. Cette mesure doit permettre de prendre en compte cette vulnérabilité pour la répartition des financements. Les 100 milliards de dollars prévus pour être versés chaque année aux pays du Sud par ceux du Nord deviennent un plancher susceptible d’être relevé. Aucun engagement précis n’a été fixé. Néanmoins, « en 2025, les pays devront revoir leurs objectifs de financement à la hausse », affirme Murielle Trouillet. Le financement sera public et privé. » Par ailleurs, l’accord est dit « différencié ». Il mentionne des responsabilités communes, mais différencie les États entre eux. Ainsi, l’accord acte qu’un « soutien doit être apporté aux pays en développement » par les pays les plus économiquement avancés.
L’agriculture, dans l’accord
Si le terme « agriculture » ne figure pas dans l’accord tout comme le mot « énergie » ou « transport », c’est bien que l’accord est dit « transversal » et non pas « sectoriel ». « L'agriculture est abordée à différents endroits de manière implicite », précise Murielle Trouillet. L’accord reconnaît la spécificité de l’agriculture et souligne l'enjeu de la sécurité alimentaire. Quant à la « production alimentaire », elle ne doit pas être menacée par les mesures mises en œuvre pour lutter contre le dérèglement climatique. Une victoire en demi-teinte pour les ONG qui craignent une instrumentalisation de cet article pour ne pas faire d’efforts. Dans le même temps, certains pays ne peuvent en effet pas se permettre de mettre en péril leur sécurité alimentaire. « L’accord est un ensemble de compromis », expliquent les négociateurs.
Reconnaissance des puits de carbone
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L’article 5 reconnaît les puits de carbone et encourage les pays à les conserver. Le « secteur des terres » a été remplacé par « les émissions et les absorptions anthropiques. ». Il s’agit là d’une reconnaissance du rôle de stockage de l’agriculture et de la forêt. Pour la suite, les 195 pays doivent signer l’accord en avril 2016. D’ici là, « les négociations se poursuivront pour mettre en place un programme de travail pour la mise en oeuvre de l'accord en 2020 », souligne Murielle Trouillet. Par ailleurs, en 2016, des ateliers sur l'agriculture dans le cadre de l'organe scientifique et technologique se poursuivront sur l'échange d'expériences et de pratiques en matière d'adaptation.
(1) Voir n° 3524 du 14/12/2015
Après la Cop21, le Ser optimiste pour le développement des énergies renouvelables
Après la Cop21, le syndicat des énergies renouvelables (Ser) fait partager son optimisme pour le développement des énergies renouvelables. L'engagement de maintenir à moins de 2°C le réchauffement climatique « va permettre de réorienter l'énergie mondiale vers un modèle bas carbone et donner un essor sans précédent aux énergies renouvelables qui, déjà, depuis plusieurs années, représentent les premières nouvelles sources de production d'énergie installées dans le monde », déclare-t-il dans un communiqué publié le 14 décembre. Le Ser « tient à faire part de sa très grande satisfaction devant le succès de la Cop21 qui vient de se tenir à Paris », résume-t-il. « Nous sommes plus que jamais au service de nos entreprises qui apporteront, toutes, leurs savoir-faire dans notre pays et à l'international pour participer à cette révolution énergétique », conclut le communiqué.
« L'agriculture retrouve sa place dans l'agenda des solutions », se réjouit l'APCA
« L'accord de Paris démontre que les gouvernements du monde entier sont capables, avec méthode, de se saisir collectivement de problèmes qui dépassent leurs frontières », selon un communiqué de l'APCA (chambres d'agriculture), le 17 décembre. Les chambres rappellent que les voix des agricultrices et des agriculteurs du monde ont pu être portés grâce aux nombreux évènements portés par l'Organisation mondiale des agriculteurs. Néanmoins, l'APCA souligne aussi que toutes les questions posées ne sont pas réglées : compensation des dommages ou encore tarification du carbone.